Le site de la prison de Haren évacué dans la fumée

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Des pelleteuses et des flammes. Ce lundi aux alentours de 6h30, la police de la zone de Bruxelles-Ixelles est intervenue pour exécuter un ordre d’expulsion à l’encontre des militants engagés dans l’occupation du site du Keelbeek, désigné comme écrin pour la future prison de Haren. Depuis des années, le terrain situé au confins nords de la Région bruxelloise est en effet occupé par des activistes qui contestent la construction de ce projet carcéral d’une échelle inédite en Belgique car voué à emprisonner 1.190 détenus sur 116.000 m².

Si l’opération s’est effectuée sans heurts et n’a mené à l’arrestation d’aucun des 3 militants présents sur les lieux au début de l’intervention, plusieurs aspects liés à cette action sont sujets à débat, à commencer par les moyens utilisés pour vider l’espace.

Cabanes incendiées

En effet, dans le cadre de l’évacuation, les installations de fortune construites par les occupants du site ont été incendiées, sous la supervision des agents de la police locale. Des feux qui ont provoqué d’importants dégagements de fumée. « Après de nombreuses semaines de sécheresse, et à quelques pas des habitations, d’une station de gaz, d’une école, de zones Seveso (soit considérées comme portant un risque chimique, NDLR), on peut se poser des questions sur les précautions employées… », écrit le collectif Keelbeek Libre, plateforme regroupant l’opposition à la prison, sur ses réseaux.

En effet, ce n’est qu’après avoir été interpellés par des riverains que les pompiers ont pris connaissance de l’opération en cours. « Nous avons effectivement envoyé une autopompe qui a constaté que la police, de façon contrôlée, avait procédé à des incinérations » rapporte Tanguy Du Bus de Warnaffe, chef de corps du Siamu (Service d’incendie et d’aide médicale urgente) bruxellois. « Nous avons donc laissé la police faire son travail ».

Sous huissier de justice

Questionnée sur la méthode utilisée et sur cette absence de coordination avec le Siamu, la zone de police Bruxelles-Ixelles fait savoir qu’elle n’a fait que répondre à une demande d’encadrement émanant d’un huissier de justice, chargé lui-même de donner suite à une demande d’expulsion faite par la Régie fédérale des bâtiments, propriétaire du terrain (voir encadré). Selon Olivier Slosse, porte-parole des forces locales, ce ne sont par ailleurs pas des ouvriers mandatés par la zone qui ont procédé aux démolitions et incinérations, mais bien du personnel mandaté par l’huissier lui-même. Dès lors, la police n’aurait fait que « surveiller une incinération contrôlée. »

Ce contrôle du feu par les seules forces de police n’est en tout cas pas de nature à apaiser l’opposition locale. « On trouve cela inquiétant », considère Catherine Lemaitre, conseillère verte à la Ville de Bruxelles, qui entend bien demander des explications sur les conditions de l’intervention au bourgmestre Philippe Close (PS). « On est dans une période de sécheresse et il n’y a visiblement pas eu de sécurisation de l’opération. »

Juste avant l’examen d’un recours

L’autre point qui fâche militants et opposition, c’est la date choisie pour mener à bien cette opération. C’était en effet ce lundi qu’une audience était fixée pour trancher sur une demande de recours émise par des occupants face à l’ordre d’expulsion auquel ils étaient soumis. Celle-ci était programmée à 9h, soit 2h30 après l’arrivée de la police.

Une méthode qui avait déjà été utilisée en 2015 lors d’une précédente expulsion. « Les policiers étaient intervenus au moment même où l’on défendait notre cas devant la Justice » rappelle Jean-Baptiste Godinot, Harenois engagé de longue date contre le projet.

Dans l’opposition, le conseiller communal Fabian Magain (Défi) va jusqu’à parler d’une « négation de l’Etat de droit » par la Régie des bâtiments (qui garantit, elle, que le recours en question n’était pas suspensif) et se demande pourquoi le bourgmestre n’a pas usé de son pouvoir sur les forces de police locales pour prévenir cette action. Contacté, le cabinet du maïeur estime pourtant ce dernier impuissant face à ce genre de demande. « La police locale est dans l’obligation de répondre à la demande de l’huissier de justice. »

Quatre recours et un contrat

Par A.SE.

Mi-juillet dernier, la Régie des bâtiments annonçait qu’une « passation de contrat » avait bel et bien été conclue avec Cafasso, le consortium belgo-néerlando-australien désigné pour mener à bien la construction et la maintenance du futur complexe carcéral harenois. Cette décision, annoncée au travers d’un communiqué laconique et synonyme d’un passage à la vitesse supérieure dans la procédure d’exécution du chantier, a pris beaucoup de monde par surprise. En effet, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA), également chargé de la tutelle sur la Régie des bâtiments, avait laissé entendre un mois plus tôt en commission parlementaire de la Chambre que les travaux ne commenceraient pas tant que des recours suspensifs liés au projet étaient encore pendants devant le Conseil d’État. « Pour autant que le recours en suspension dans la procédure Keelbeek ait également été rejeté, la Régie des bâtiments aurait, comme indiqué par la commission, pu se consacrer aux conditions du contrat à la fin de l’année 2017, » disait-il alors. « Étant donné que le permis de base était recevable, il a été décidé de commencer l’abattage des arbres avant l’arrêt biologique, dans l’attente de la décision dans la procédure Keelbeek. Jusqu’à présent, cette décision n’a pas encore été prise par le Conseil d’État et nous ne disposons d’aucune inforÉmation quant à une prochaine échéance pour celle-ci ». Des propos qui avaient aussitôt été compris par l’opposition, Ecolo en tête, comme une promesse de ne pas doubler le Conseil d’État. Il n’en fut finalement rien : le fait qu’un recours suspensif (portant sur la décision de la Ville de Bruxelles de détourner un sentier passant par le site du Keelbeek afin de permettre la construction de l’édifice) soit encore pendant n’a finalement pas suffi à ralentir les ardeurs du fédéral et du constructeur. « Un avis juridique offrant une sécurité légale suffisante sur ce point a été remis entre-temps », explique aujourd’hui Anne-Laure Mouligneaux, porte-parole de Jan Jambon, pour justifier cette décision.

Notons par ailleurs que, selon le service de presse du Conseil d’État, deux autres recours (en annulation, cette fois) portant respectivement sur les permis d’urbanisme et d’environnement du projet doivent encore être tranchés. Ceux-ci devraient être traités sur le fond avant la fin de l’année.

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