Un peu moins de 6 millions d’euros pour ce buste par Canova!

« Buste de la Paix » par Antonio Canova vendu par Sotheby’s le 4 juillet dernier.
« Buste de la Paix » par Antonio Canova vendu par Sotheby’s le 4 juillet dernier. - D.R.

Réalisé en 1814 à Rome par Antonio Canova (1757-1822), le plus grand sculpteur néo-classique de son temps – encore que le Danois Bertel Thorvaldsen (1770-1844) puisse rivaliser pour ce titre –, ce buste représente une allégorie de la Paix. En l’observant, l’on comprend bien pourquoi il est ici question de « néo- » classicisme. Avec son nez grec, les proportions parfaites de son visage, ses traits finement ciselés et sa chevelure à l’antique, l’œuvre fait référence à l’art classique de l’antiquité. Elle représente un type de beauté « idéal ».

Le mouvement néo-classique est né suite à la redécouverte des ruines de Pompéi et Herculanum dès le milieu du XVIIIe siècle. Il influence les arts majeurs, comme la peinture, la sculpture ou encore l’architecture, mais également les arts décoratifs. Le style Louis XVI avec sa rigueur et son vocabulaire stylistique en est issu. Le néo-classicisme va durer jusqu’au premier quart du XIXe siècle avant de mourir dans l’académisme, la peinture officielle contre laquelle les artistes novateurs vont se battre et finir par gagner…

Contexte

Ce n’est en rien un hasard si Canova sculpte cette œuvre en marbre (53 centimètres de haut) à cette époque, lorsque les armées napoléoniennes connaissent déjà de nombreux revers, et sans doute au moment où Napoléon Bonaparte est exilé à l’île d’Elbe, où on le croit hors d’état de nuire. Ce ne fut malheureusement pas le cas, mais en juin 1815, la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo laisse enfin augurer la paix après des années de guerres sanglantes.

Le pape Pie VII ne tarda pas pour envoyer le sculpteur à Paris afin de renégocier le rapatriement des œuvres antiques pillées par l’empereur des Français dans la Ville éternelle. Il y reverra John Campbell, le premier Baron Cawdor, qui fut son premier protecteur britannique à Rome, envoyé lui aussi dans la capitale française par le roi d’Angleterre avec trois autres de ses compatriotes. A chacun de ces ambassadeurs, il offrit un buste et Cawdor reçut « la Paix », à la fin de 1815. Deux ans plus tard, il était exposé temporairement à la Royal Academy de Londres et, depuis lors, l’œuvre n’avait plus jamais été vue en public, hormis lors de la vente du contenu de la propriété des Cawdor en 1962, puis chez Bonhams en 2012.

Redécouverte

Et encore, lors de ces deux ventes, l’on avait perdu le souvenir de l’auteur, si bien que l’œuvre avait été vendue sous une autre attribution et, bien entendu, à un autre prix. Ce n’est que grâce à de patientes recherches que l’œuvre retrouva sa pristine identité, qui fut confirmée par les spécialistes de l’artiste.

Il est difficile de savoir si Sotheby’s fut contente des 5.303.500 livres sterling obtenus l’après-midi du 4 juillet, car aucune estimation n’avait été publiée dans le catalogue, mais la rumeur faisait état d’une somme bien inférieure. Il est vrai qu’il est difficile d’estimer une œuvre aussi rare ayant une telle connotation historique et une provenance qui remonte jusqu’à sa création.

Un point de comparaison récent pouvait cependant aider, puisque, un peu plus de six mois plus tôt, en novembre 2017, Christie’s avait vendu à Paris pour un peu plus de 4,3 millions d’euros le buste du prince Joachim Murat, roi de Naples et époux de Caroline Bonaparte, la propre sœur de l’empereur déchu. Le visage idéalisé d’une jeune femme représentant la paix ne pouvait certainement pas se vendre moins cher que le portrait martial d’un homme de guerre…

 
 
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