Revoilà Viallat!

A 82 ans, Claude Viallat ne s’arrête pas une seconde : après deux expositions bruxelloises ce printemps, chez Daniel Templon et Benjamin Sebban, le peintre nîmois expose à Knokke, où il s’est rendu pour la première fois de sa vie, désirant collaborer à l’accrochage de ses œuvres.

Ce fondateur du mouvement Supports/Surfaces ne cesse de se répéter tout en parvenant toujours à étonner et enchanter ! Une prouesse suffisamment rare pour être soulignée.

Voici quatre ans, le Musée Fabre de Montpellier lui consacrait une grande rétrospective, car Viallat s’est rendu incontournable de par l’influence qu’il a eue sur la scène américaine contemporaine.

Répétition, pauvreté des matériaux, exploitation de l’erreur, réflexion sur la surface : l’attention portée à cette nouvelle génération de peintres abstraits d’outre-Atlantique (citons Wade Guyton, Jacob Kassay, Israël Lund et Ethan Cook) a permis de relire autrement le travail de Claude Viallat, et ce, d’autant plus qu’un retour aux Arts & Crafts, à la tapisserie et au vernaculaire se manifeste dans l’art contemporain français et international.

« Après deux expositions de groupe, nous souhaitions consacrer notre première exposition monographique à un artiste déjà inscrit dans l’histoire de l’art, en ne montrant de lui que des œuvres récentes, principalement de 2017 et 2018 », explique Yoko Uhoda, qui a ouvert cette galerie au printemps dernier en collaboration avec Albert Baronian.

Les beaux fruits du hasard

Né à Nîmes en 1936, Claude Viallat est l’un des fondateurs de Supports/Surfaces, mouvement d’avant-garde qui éclot en France au début des années 70 et remet en question l’usage de la toile et du chevalet en annihilant la notion même de sujet. Rassemblant entre autres Vincent Bioulès, Louis Cane, Daniel Dezeuze, Jean-Pierre Pincemin et Noël Dolla, ce groupement à la fois théorique et politique en appelle à un renouvellement de l’art par la remise en cause des moyens et des matériaux traditionnels.

Claude Viallat commence ainsi à travailler sur des bâches industrielles, libres de tout châssis, sur lesquelles il répète à l’infini une même forme abstraite, correspondant à la définition de l’art qu’il s’est lui-même donnée comme postulat de départ : l’impression, à intervalles réguliers, d’une forme monochrome simple, que nombre de commentateurs désignent comme un « haricot » alors que, pour l’artiste, elle n’a ni nom ni sens, bien au contraire, puisqu’elle est le fruit d’un accident de parcours – une tache apparue sur un tissu plongé dans un bain d’eau de javel !

«
2018/056
», 2018, Acrylique sur montage de tissu, 161
×
164 cm, 25.000 euros.
« 2018/056 », 2018, Acrylique sur montage de tissu, 161 × 164 cm, 25.000 euros. - Gilles Lemoine.

L’histoire et la logique de cette forme sont connues : elle apparaît en 1966 et se systématise l’année suivante, peu avant que Claude Viallat ne participe à la fondation de Supports/Surfaces. Evoquant tour à tour une éponge, un osselet ou une main, ce motif est devenu au fil du temps sa signature. Répété au pochoir, décliné dans des couleurs variées et sur des supports divers (tissus d’ameublement, tapis, matériaux de récupération), il permet à Viallat de mener une réflexion sur le sens du geste créatif et le statut d’œuvre d’art : «  Mon travail n’a jamais quitté Supports/Surfaces : j’ai déconstruit tout ce que j’avais appris en bien ou en mal de la peinture pour arriver à créer des ouvertures possibles » précise l’artiste. « Mon propos est de trouver un rythme pour travailler. Je mets des couleurs que le tissu va modifier : je ne sais pas ce que ça va devenir. D’emblée j’accepte le résultat. Je ne refuse rien et je ne me trompe jamais. Je pars du principe que si l’œuvre me déconcerte, c’est que je n’ai pas la maturité de la recevoir et qu’elle préfigure quelque chose d’autre. Le travail va arriver à l’intégrer petit à petit. Il y a aussi un côté parodique, à la fois du street art et du pop art, qui m’excite beaucoup. »

Cette fois encore, l’étonnement est au rendez-vous face à l’inépuisable énergie qui émane des œuvres présentes aux cimaises, en front de mer !

« Claude Viallat. Recent Works », Galerie Albert Baronian/Yoko Uhoda Knokke, jusqu’au 16 septembre, ouvert tous les jours en août, les samedis et dimanches de septembre de 11 à 18 heures , 731 Zeedijk, 8300 Knokke-Heist, 0478-91.05.53.

 
 
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