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Elections communales: pourquoi le PS ne doit pas s’allier avec le MR

Rien n’est fait, mais la rumeur court. Après le scrutin du 14 octobre, le PS pourrait multiplier les alliances locales avec le MR. Pour l’auteur de cette carte blanche, ce serait un fort mauvais choix : il enverrait un message calamiteux au peuple de gauche qui espère des politiques plus sociales. Celles-ci sont impossibles à mettre sur les rails avec un partenaire de droite.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Liège, Charleroi, Bruxelles-Ville… se préparent-elles à de beaux mariages PS-MR ? Entre les rouges et les bleus, ce n’est pas l’amour fou, mais un certain « réalisme » pousserait les deux partis à privilégier des duos à la tête de la plupart des grandes villes. L’argument est connu : le MR est un allié stable, plus fiable que le CDH, plus prévisible qu’Ecolo, sans parler du PTB, carrément indomptable. Certes, le MR n’est guère progressiste – hormis l’une ou l’autre personnalité, comme Christine Defraigne – mais les partisans de l’alliance violette minimisent : à l’échelon local, le clivage gauche-droite est moins pertinent.

Les néolibéraux ne sont pas des camarades

Coupons d’abord court à un bobard : il existe bien sûr des façons différentes de gérer une ville, plus encore une grande ville. Ada Colau, maire de Barcelone le démontre depuis son élection, en 2015, avec le soutien du parti de gauche radicale, Podemos. Elle a diminué son salaire de 8.000 à 2.000 euros et développe un projet de ville durable, à l’opposé des constructions bling-bling de tant d’élus locaux, chez nous comme ailleurs. Par paresse intellectuelle et parce qu’ils se méfient des idées novatrices, certains sociaux-démocrates colportent la fable du « tous pareils dans la gestion communale ». Rien de plus fallacieux. Et de plus pervers car comment expliquer dans le même temps que le néolibéralisme est l’ennemi à combattre, mais que les néolibéraux sont presque des camarades comme les autres, dans la gestion quotidienne ?

Pas de simplisme : dans un système proportionnel « à la belge », il existe des cas de figure où une alliance gauche-droite est incontournable. Il est cependant peu probable qu’un scénario de ce type se produise dans les villes wallonnes et à Bruxelles. Au lendemain du scrutin du 14 octobre, dans beaucoup d’entités, le PS aura le choix, soit opter pour des alliances illisibles conservateurs-progressistes, soit tenter de concocter des alliances à gauche, avec Ecolo et/ou le PTB, partout où cela sera possible. Voire, à Bruxelles-Ville notamment, une alliance avec Défi, qui est un parti progressiste de centre-gauche.

Ecolo et PTB, des alliés trop inconfortables ?

Nombre de socialistes se méfient d’Ecolo. Gérer avec le parti vert et ses militants parfois imprévisibles, est sans doute moins confortable que de gérer avec des notables libéraux en pilotage automatique. Il n’empêche qu’Ecolo est solidement ancré à gauche, même si une frange minoritaire du parti hésite encore à assumer l’étiquette. « Ni gauche, ni droite » n’est plus un slogan porteur au sein d’Ecolo, et c’est un « plus » pour la clarté du débat démocratique.

Le cas du PTB est plus complexe car ce parti n’a jamais participé au pouvoir, sauf marginalement, dans le district anversois de Borgerhout. Circonstance aggravante, le PTB a parfois donné l’impression qu’il ne souhaitait pas gouverner mais plutôt renforcer son rôle de contre-pouvoir. Ces dernières semaines, le PTB a clarifié sa position : il serait prêt à l’une ou l’autre expérience de gouvernance locale, à condition que ses propositions d’« autre politique » ne finissent pas à la poubelle. L’évolution est réelle mais pas sûr que cela suffise pour jeter des ponts entre le PS (vendu aux promoteurs immobiliers, selon les ptbistes) et le PTB (parti populiste, selon les socialistes).

Oser prendre des risques, bousculer les chapelles

L’état de la gauche, catastrophique un peu partout en Europe, impose d’oser prendre des risques. D’éventuelles alliances locales PS-Ecolo et/ou PTB ne seraient certainement pas de longs fleuves tranquilles. Il n’est pas certain que cet attelage fonctionne. Ce qui ne fait aucun doute, par contre, c’est que le PS se tirera une balle dans le pied s’il mise largement sur des coalitions avec le MR. Quelle crédibilité aurait en effet un parti qui déclare vouloir appliquer demain une politique de gauche au fédéral, mais qui à l’échelon local, se blottit dans les bras du parti francophone le plus à droite de l’échiquier politique (hormis le Parti populaire, qui flirte de plus en plus avec les thèses d’extrême droite) ?

Si les progressistes restent cloîtrés chacun dans leur chapelle, la gauche continuera sa descente aux enfers. Marquer sa préférence pour des coalitions avec le MR, c’est accorder curieusement une prime à la droitisation. En s’arrimant avec la NV-A au fédéral, les libéraux ont opéré, bien qu’ils le nient, un spectaculaire mouvement de droitisation, dans tous les domaines. La logique voudrait que le PS, autant que faire se peut, garde ses distances avec ce MR-là.

Un laboratoire pour la gauche

Les élections communales du 14 octobre peuvent servir de laboratoire pour la gauche. Elles constitueront un test de maturité, particulièrement pour le PTB et le PS. Pour le PTB, parce que ce parti devra démontrer qu’il est prêt à prendre des responsabilités et à nouer des compromis, loin du confort de l’opposition. Pour le PS, parce que ce parti doit adapter sa stratégie à la nouvelle donne à gauche : un PS moins hégémonique, une gauche davantage plurielle, face à une droite plus agressive, qui est en train de gagner la bataille des idées.

S’il privilégie des coalitions avec le MR dans les grandes villes, le PS apparaîtra encore un peu moins socialiste, encore un peu plus social-libéral. Ce serait la pire façon de préparer le scrutin fédéral de mai 2019.

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2 Commentaires

  • Posté par Pasquarelli Rita, mardi 28 août 2018, 11:19

    Drôle de la part d'un type qui partage des points de vue avec Alain Destexhe ( cfr sa bibliographie) de considérer le MR comme anti-progressiste. Le progressisme se révèle pourtant nettement davantage sur les enjeux sociétaux (laïcité vs religiosité) que matériels. Si l'élite du PS est de type bobo, n'oublions pas que sa base est plutôt beauf comme un échevin d'Ans nous l'a encore démontré ( cela après l'épisode Massin)

  • Posté par Michel Raurif, lundi 27 août 2018, 12:29

    C'est l’évidence même ! Ce pose alors la question suivante : pourquoi devons-nous encore aller voter ? Ils tellement avide de pouvoirs !!!!

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