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Donald Trump ou le succès de l'estompement systématique de la norme

Traduits en justice, les anciens conseillers de Donald Trump « balancent ». L’image de la fonction présidentielle ne cesse de se dégrader. Irrémédiablement ?

Commentaire - Chef du service Forum Temps de lecture: 3 min

Les destins s’accomplissent au travers des frustes comme des gentlemen, des épais comme des boules. Et à ceux qui s’étonnent de voir les premiers cités installés à la Maison-Blanche, Régis Debray conseille de relire leur manuel d’histoire romaine : les Auguste, Hadrien et Marc Aurèle furent des exceptions dans la Rome antique comme les Wilson, Roosevelt et Obama dans la Nouvelle Rome.

De Caracalla à Nixon

Mais si Caracalla était une brute sanguinaire, en 212 il eut l’idée très sage de prendre un édit – qui porte son nom – étendant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire. De même Nixon, menteur et paranoïaque patenté, ramena la Chine rouge dans le concert des nations, arrêta la guerre du Vietnam, mit en place une politique expérimentale de revenu minimum et imposa des réglementations sur la préservation de l’environnement et contre la discrimination raciale et sexuelle dans l’emploi.

Si, à mi-mandat, Donald Trump pouvait avancer le dixième du bilan de « Tricky Dick », il ferait taire ceux qui le cherchent pour avoir fait acheter le silence d’une professionnelle du sexe – dernière casserole d’une longue batterie et, soit dit entre nous, fredaine au regard des frasques d’un John Fitzgerald Kennedy… Mais il se trouve que Trump n’est pas et ne sera assurément jamais Kennedy. Ni même Nixon.

Devant ses étudiants, à Harvard, Kissinger avait coutume de lancer : « Quand vous passez trente minutes avec Reagan, vous vous dites : “Mon Dieu, le monde libre est entre les mains de ce type”  ». Mais d’ajouter, jetant un froid dans l’assistance : « Mais il a toujours pris les bonnes décisions ».

S’il devait actualiser son exemple, l’ancien secrétaire d’État ne pourrait qu’acter que Trump a presque toujours pris les mauvaises – son bon mot prenant alors un tour sinistre.

L’estompement systématique de la norme

Les plus philosophes rétorqueront que le temps finit toujours par arranger les choses, question de patience. Vespasien succéda à Neron et Obama à Bush. Sauf que l’empreinte laissée par Trump pourrait paradoxalement – au regard de son bilan – se révéler indélébile.

Son absence de scrupules, son agressivité, ses propos à l’égard des femmes, des étrangers, des minorités, ses simplismes, ses libertés prises avec la vérité et plus fondamentalement son dédain affiché pour les idées et la grande tradition démocratique américaine – cette conscience claire que le pouvoir n’appartient pas personnellement à celui à qui il a été confié – sont non seulement totalement inédits dans le chef d’un président des États-Unis, mais c’est précisément cet estompement systématique de la norme qui a fait son succès. Le vrai et grand danger, par-delà toutes les turpitudes du moment, c’est qu’après lui il devienne la norme.

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3 Commentaires

  • Posté par Gratter Poil, jeudi 23 août 2018, 13:18

    Ouh ouh. Rappelez-vous que ce ne sont pas les Européens qui élisent le président américain mais les Américains. Alors, votre avis sur Trump, on n’en a rien à foutre. Il est là et bien là pour deux ans encore. Et sans doute même 6. Quelle est votre légitimité pour juger l’action d’un homme ? Pire : vous invoquez des faits relevant de sa vue privée pour étayer votre piètre argumentation. Moi, je n’ai retenu qu’une chose de Trump : sa formidable réforme fiscale. Bien sûr, vous n’en avez rien à cirer puisque vous êtes un contribuable belge. Alors continuez de payer vos impôts exorbitants à la Belgique; pendant ce temps, l’Amérique avance (sans vous et en laissant l’Europe sur le côté, cette région du monde en perdition économique mais dont les valeurs morales sont si universelles... à nos yeux).

  • Posté par Thill-goelff Frédéric, vendredi 24 août 2018, 6:27

    Si on en reste au niveau de sa réforme fiscale. Elle ne profite qu'aux entreprises et aux riches (voire aux super riches). Elle n'est pas financée, ou alors, vu la puissance économique des EU, par le reste du monde. Avec Trump, la phrase "le dollar est notre monnaie, mais votre problème" est plus que jamais d'actualité. Mais on peut l'étendre à presque toutes ses décisions: climat, commerce mondial entre autres.

  • Posté par Van Wemmel Thierry, jeudi 23 août 2018, 11:20

    Ce risque n'est effectivement pas à exclure. Il a déjà pas mal d'émule dans d'autres pays. Et certains élus en Wallonie, même de partis respectables en prennent tout doucement le chemin. Par contre, pour les EU, je pense que la leçon aura servi tant aux républicains qu'aux démocrates et qu'un tel candidat pourrait ne plus être propulsé candidat, même s'il gagnait les primaires.

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