Après les records de chaleur, les éleveurs européens s’inquiètent de l’envolée des prix

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Une sécheresse exceptionnelle s’est abattue cet été sur les pays d’Europe. En Wallonie, on a déjà parlé de l’impact important de ces chaleurs extrêmes sur le secteur agricole. Mais aujourd’hui, c’est les pays du nord, et plus particulièrement leurs éleveurs, qui commencent à s’inquiéter. Ils ont subi de plein fouet cet épisode climatique, désastreux pour certains d’entre eux.

En Suède, les violents feux ont ravagé des milliers d’hectares. La fédération des agriculteurs a parlé de la « pire crise depuis plus de 50 ans ». Harald Svensson, chef économiste de l’Agence gouvernementale suédoise de l’Agriculture, explique à l’AFP que le bétail manquera de nourriture dès cet hiver « La plupart des agriculteurs ont distribué aux animaux durant l’été les réserves de fourrage qu’ils avaient constituées pour l’hiver ». Svensson prévoit même une chute historique de la production suédoise de céréales de « 29 % par rapport à 2017 ».

En Allemagne, c’est une ferme sur vingt-cinq qui est menacée de fermeture. Par exemple, en Basse-Saxe, les exploitants de plantes fourragères (utilisées pour nourrir les animaux) voient leur production baisser de 40 % par rapport à une année « normale ». Ces baisses de production pour ce type d’agriculture sont aussi perceptibles aux Pays-Bas, où l’organisation agricole LTO enregistre un déficit de 40 à 60 %. Ce déficit est estimé à 20 % pour les céréaliers.

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La Grande-Bretagne n’avait quant à elle pas connu une telle sécheresse depuis quatre-vingts ans selon l’organisme public « Agriculture and Horticulture Development Board » (AHDB). Idem côté français. Patrick Bénézit, responsable de l’organisation agricole FNSEA, a déclaré à l’AFP : « l’est du pays souffre depuis début juillet, et le reste du pays depuis août avec la vague de chaleur et de canicule prolongée.  […] Dans beaucoup d’endroits, même dans le Massif Central, le ‘château d’eau’ de la France, il n’y a pas de deuxième coupe d’herbe, c’est très préoccupant ». Le responsable compare l’événement météorologique à celui de 2003, où une vague de chaleurs extrêmes historique avait fait suffoquer toute l’Europe.

Des produits qui vont coûter plus chers

Patrick Bénézit dénonce également « une spéculation assez désagréable » sur les prix de la paille. Selon lui, les négociants profitent du fait que « les éleveurs ont besoin d’acheter de la paille pour la mélanger au foin afin de nourrir leurs bêtes ». Toujours d’après ses propos recueillis par l’AFP, les négociants réclament jusqu’à cent euros la tonne, comprise entre 60 et 80 euros l’an dernier.

Autre conséquence, l’augmentation de l’abattage des bêtes. Avec le prix du fourrage qui a bondi, les exploitants envoient les animaux à l’abattoir plus tôt que prévu. Côté allemand, une augmentation de 10 % des abattages a été enregistrée les deux premières semaines de juillet, selon l’Agence allemande pour l’agriculture et la nutrition. En Grande-Bretagne, selon l’AHDB, l’abattage de bovins a été 18 % plus importants que l’an dernier au mois de juillet. Une partie importante de ces bovins étant des vaches laitières. Et justement, le secteur laitier va être durement impacté selon des agriculteurs.

Des éleveurs de vaches laitières ont confié à l’AFP que « l’hiver risque d’être catastrophique. […]Pour compléter les rations des animaux, il va falloir acheter des céréales qui, elles, ont vu leur prix monter cet été, le lait va être de plus en plus cher à produire, les coûts de revient vont augmenter ». Le secteur est donc inquiet comme le confirme Erwin Schöpges, président de l’European Milk Board à Bruxelles. Cette organisation regroupe 100.000 petits producteurs laitiers européens. « Sans cette sécheresse, les coûts de production sont déjà loin d’être couverts. On parle, pour toute l’Europe, de coûts autour de 40 à 45 centimes alors que le prix de vente du lait en Europe tourne autour de 30 à 33 centimes. […] Alors comment voulez-vous, avec la sécheresse qui va encore augmenter les frais, que la situation s’améliore ? »

Des aides attendues de l’Europe

La Commission européenne a promis des aides exceptionnelles, notamment le versement anticipé de certaines aides et des dérogations. Début août, l’organisation avait communiqué « Les agriculteurs pourront recevoir à l’avance les paiements directs et les paiements au titre du développement rural qui leur sont destinés, et ils disposeront d’une plus grande souplesse quant à l’exploitation des terres qui, en temps normal, ne seraient pas utilisées à des fins de production, afin de pouvoir nourrir leurs animaux. ». Dans ces aides, la Commission européenne compte utiliser la PAC (Politique Agricole Commune). Par exemple, l’achat de fourrage peut donner droit à une aide au titre de dommages matériels ou de perte de revenus.

Mais un problème de taille va commencer à pointer son nez dans les prochaines années. Alors que l’on annonce des vagues de chaleurs de plus en plus importantes, la Commission européenne a envisagé la baisse de la PAC. En effet, dans son budget 2021 – 2027, le premier sans le Royaume-Uni, l’Union européenne veut faire des économies. Et c’est la politique agricole commune qui devrait en pâtir, avec une baisse estimée à 12 %. Contradictoire dans un avenir où les agriculteurs et les exploitants seront parmi les premiers à subir les conséquences du réchauffement climatique et donc, les premiers à devoir aider.

 
 
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