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En Irlande, le pape François demande pardon (vidéos)

Des excuses, mais pas d’annonce de sanctions concrètes : un bilan mitigé pour la société irlandaise.

Temps de lecture: 6 min

Si l’on devait résumer la visite du pape en un seul mot, ce serait « forgiveness », pardon. Que ce soit aux côtés du premier ministre irlandais Leo Varadkar ou devant la masse de fidèles venue assister aux Rencontres Mondiales des Familles : c’est le message qu’a martelé tout le long de son voyage le Pape François.

Le pardon devant tout un peuple

Il a évoqué samedi à Dublin sa « honte » et sa « souffrance » face à « l’échec des autorités ecclésiastiques » dans son combat contre les « crimes ignobles » du clergé en Irlande. « L’échec des autorités ecclésiastiques – évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres – pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles a justement suscité l’indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique. Moi-même, je partage ces sentiments », a-t-il continué. « Je ne peux que reconnaître le grave scandale causé en Irlande par les abus sur les mineurs de la part des membres de l’Église chargés de les protéger et de les éduquer » Il a également eu une pensée particulière pour « les femmes qui, dans le passé, ont subi des situations particulièrement difficiles ».

Cette déclaration faisait suite à celle du premier ministre Léo Varadkar. Dans son discours, celui-ci déclare que « nous devons nous assurer que des mots, découlent des actes », un nouveau contrat doit être établi entre l’Irlande du XXIe siècle et l’Église Catholique. Il fait bien sûr référence aux nombreuses réformes progressistes comme la dépénalisation de l’avortement. Une réforme qui ne passe pas pour certains Irlandais, qui y ont fait référence au cours de la grande messe finale.

Compréhensif envers les victimes, beaucoup moins envers les progressistes

Un des moments les plus attendus de cette visite était bien sûr la rencontre avec les victimes des différents scandales sexuels qui ont frappé l’Irlande et qui ont contribué à la perte de foi envers l’Église Catholique. Le souverain pontife fut « choqué » d’apprendre l’histoire des blanchisseries de la Madeleine mais aussi celle des « Mother and Baby Homes », où des générations de jeunes filles enceintes hors mariage ont été enfermées contre leur gré, asservies et séparées de force de leurs nouveau-nés, donnés à d’autres ou élevés dans une négligence souvent fatale.

Et là où devant ces victimes, le pape s’est montré très compréhensif (il a même qualifié ceux qui ont couvert ces agissements de « saleté qu’on trouverait dans les toilettes   »), il n’a pas pour autant assuré de mesures concrètes. C’est ce qu’a déclaré notamment Marie Collins, victime d’un prêtre pédophile et figure de proue de la lutte contre les abus sexuels en Irlande.

Si le pape était en Irlande, ce n’était pas uniquement dans le but d’adresser des excuses de la part de l’Église contre ces atrocités, mais surtout d’assister aux Rencontres Mondiales et de la Famille, et de parler de cette thématique. Ce qu’il ne s’est évidemment pas retenu de faire. Comme le relève le Telegraph, dans son discours donné au château de Dublin, il a mentionné le récent référendum qui a permis la légalisation de l’avortement. Le pape François, dont le pays d’origine a rejeté une réforme similaire par pression de l’Église, a insinué que « l’essor d’une culture jetable et matérialiste nous a rendu indifférent aux pauvres et aux membres les plus vulnérables de notre famille, comme les enfants à naître, privés du droit même de vivre  ? ».

Une anaphore et des fidèles moins nombreux qu’espéré

Durant la grande messe qui clôturait cette venue à Phoenix Park, le pape a commencé par un discours, où il a réitéré sa volonté de reconnaître les actes horribles menés par l’Église sur l’Île d’Émeraude. Un discours marqué par l’anaphore « we ask for forgiveness », « nous demandons le pardon ». Dressant ainsi une liste de tous les « crimes », en particulier ceux commis dans des « institutions dirigées par des religieux et des religieuses », il a notamment demandé pardon pour « les enfants qui furent éloignés de leurs mères », parce qu’elles étaient tombées enceintes hors mariage. Enfin, il a pointé du doigt « des membres de la hiérarchie de l’Église » qui ont « gardé le silence ».

Seule nouveauté de cet événement, cette déclaration : « Que le Seigneur maintienne et augmente notre honte et qu’il nous donne la force de nous mettre au travail pour que cela n’arrive plus et que justice soit faite ». Un vœu pieux, diront les sceptiques, car certains ont comparé cette anaphore à de la langue de bois pure et simple

Un demi-million de fidèles était attendu au parc Phoenix mais il semble que les résultats soient bien inférieurs à cette estimation : selon Thejournal.ie, moins de 130.000 personnes se seraient déplacées pour la messe papale. C’est dix fois moins qu’en 1979, l’année où Jean-Paul II avait attiré plus d’un million et demi de personnes, dans une Irlande bien moins sécularisée qu’aujourd’hui. Des internautes l’ont d’ailleurs fait remarquer.

Le temps n’a pas agi en faveur des fidèles, et les blocages routiers ont certainement poussé certains à regarder la célébration sur leur poste de télévision. Reste qu’il existe aussi d’autres facteurs qui ont pu contribuer à cette « désertion ».

Des manifestations très suivies ;

Car pendant ce temps, en marge de la messe de Phoenix Park, des milliers de personnes se réunissaient dans le centre de Dublin pour critiquer la gestion des abus sexuels par l’Église. Intitulé « Stand For Truth », le ralliement, notamment organisé par Colm O’Gorman, directeur d’Amnesty International Ireland et ancienne victime, s’est fait au Jardin du Souvenir, au moment même où le pape inaugurait la célébration. Des marches avaient également lieu à Tuam, lieu de la tragédie du même nom.

Aussi, une campagne appelée « Say Nope to The Pope » avait également éclaté sur les réseaux sociaux, consistant à prendre des places pour assister aux célébrations, mais en n’y allant pas, pour manifester leur mécontentement.

Au final, le communiqué du porte-parole du Vatican, résumerait assez bien cette visite papale : « Je pense que la première chose que le pape va faire, c’est de reconnaître (le problème). Pour ce qui est de passer à l’action, cela se produira. Mais cela ne se fait pas du jour au lendemain   ». Une frustration pour les victimes qui attendaient plus de la part de la plus haute autorité de l’Église qu’une simple médaille des Rencontres Mondiales de la Famille et des prières.

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