Une horloge de 1705 vendue un peu moins de 575.000 euros!

Ce chef-d’œuvre au sens premier du terme de Hieronymus Syx a été négocié 512.750
livres le 5 juillet dernier à Londres.
Ce chef-d’œuvre au sens premier du terme de Hieronymus Syx a été négocié 512.750 livres le 5 juillet dernier à Londres. - D.R.

Estimée entre 400.000 et 600.000 livres sterling, cette pièce a tenu ses promesses en s’échangeant contre 512.750 livres.

D.R.

Haute de près de 80 centimètres et large de 32 centimètres, elle fut réalisée par un certain Hieronymus Syx à Augsbourg au tout début du XVIIIe  siècle. Sommée par un Atlas agenouillé portant le globe terrestre, elle est réalisée en bronze doré et en verre. Particulièrement travaillée, elle témoigne du haut degré d’expertise des meilleurs artisans de la ville bavaroise.

Apprentissage

Cette magnifique pièce sonne la fin de l’apprentissage de son auteur en lui conférant l’accès à la maîtrise. Pour ce faire, il a dû réaliser ce « chef-d’œuvre » qui prouve son habileté et sa capacité à faire partie de la guilde des horlogers d’Augsbourg. Pour y arriver, Hieronymus Syx ne disposa que de six mois et il dut se conformer aux statuts de la Guilde arrêtés en 1577, ce qui explique le style un peu archaïsant de l’horloge avec sa silhouette en forme de tour.

Syx est né en 1680 et il a donc 25 ans lorsqu’il réalisa cette pièce exceptionnelle. Auparavant, il avait dû se former pendant six années, trois comme apprenti et trois comme ouvrier dans différents ateliers. Il mourut en 1726. Sa vie et sa production sont hélas peu documentées et l’on ne connaît apparemment pas d’autres œuvres de sa main.

Provenance

Augsbourg est l’un des centres les plus prestigieux, sinon le plus prestigieux, de l’orfèvrerie du Nord de l’Europe à la Renaissance et au XVIIe siècle. La cité souabe, autrefois indépendante et actuellement située dans le land de Bavière, était extrêmement prospère et fut le berceau de la célèbre famille de banquiers Fugger, qui financèrent de nombreux princes et souverains du Saint-Empire germanique, parmi lesquels le plus prestigieux d’entre eux, Charles Quint. Cette ville très riche continua à cultiver sa notoriété en matière d’orfèvrerie jusqu’au XVIIIe siècle.

Etonnamment, la première mention de l’horloge dont nous parlons ne remonte qu’au milieu du XXe siècle, lorsqu’elle est proposée à la vente à Zürich en novembre 1956. On a donc perdu toute trace de l’objet pendant un quart de millénaire ! Elle tomba alors dans l’escarcelle d’un couple de Hollandais qui s’en sépara en 1981 chez Sotheby Mak Van Waay en avril 1981 à Amsterdam. Elle rejoignit ensuite la prestigieuse collection Al-Tajir consacrée à l’orfèvrerie, d’où la tenait le vendeur actuel.

A ce jour, l’on ignore sa destination. Peut-être la reverra-t-on lors d’une foire de prestige comme Frieze Masters début octobre à Londres ou à la Tefaf de Maastricht en mars prochain ? Ou bien a-t-elle déjà rejoint un salon discret où elle demeurera à l’abri des regards pour les quelques dizaines d’années à venir ?

Un marché pointu

Le prix obtenu reflète la rareté des objets de cette qualité. Il aurait encore pu être plus élevé si la pièce n’avait pas subi quelques petites modifications au cours des siècles. Et, surtout, il aurait pu être payé encore plus cher s’il n’intéressait pas qu’un petit cénacle de collectionneurs. Il s’agit en effet d’un marché qui est devenu aujourd’hui très restreint, car les collectionneurs pour ces objets de curiosité ou de cabinet sont de moins en moins nombreux. Certes, 575.000 euros représentent un budget important, mais il s’agit aussi d’une somme qui est « facilement » déboursée pour une œuvre d’art contemporain d’un artiste à la mode. Mais il est vrai qu’il s’agit là de comparer des pommes et des poires, tant il s’agit de marchés différents…

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