Iconoclasme punk

« Out of this world »,  2018, huile sur toile, 200 × 300 cm, 14.000 euros.
« Out of this world », 2018, huile sur toile, 200 × 300 cm, 14.000 euros. - DR

E den, Mountain Boat, Out of this World » : les titres que l’on découvre en arpentant cette exposition sont tout autant faussement optimistes qu’indiciels d’une sortie possible du monde contemporain, représenté à la fois comme fantasmagorique, invivable et chatoyant.

Première exposition personnelle de Laurent Impeduglia à la galerie Triangle Bleu, Out of This World constitue une somme de son travail, représentative de sa démarche tant dans l’univers déployé que dans les pratiques et les formats. Elle réunit également des dessins et des pièces en volume, constituants de l’œuvre depuis l’aube de sa carrière.

Né à Liège en 1974, où il étudie à l’Académie des Beaux-Arts avant d’y revenir comme professeur, Impeduglia (en sicilien, « qui s’emmêle les pinceaux ») est joyeusement postmoderne dans ses appellations. « Néo Post Retro Futuring », « Iconoclassicisme » ou encore « Post Néo Crétinisme » : voici quelques-unes des classifications « punk-rock » qui ont, depuis le début des années 2000, servi de titres à ses œuvres tapageuses autant que vivifiantes.

« Mountain Boat »,  2018, fusain  et mine de plomb, 58 × 42 cm,  1.000 euros.
« Mountain Boat », 2018, fusain et mine de plomb, 58 × 42 cm, 1.000 euros. - DR

Tout jeune artiste, il n’hésitait pas à s’attaquer frontalement au marché de l’art avec « In Gold We Trust », tout en collaborant à l’aventure underground du collectif liégeois Mycose, producteur de fanzines aujourd’hui disparu. Depuis une dizaine d’années, l’artiste développe une œuvre « furieusement nourrie de couleurs vives et de lettrages explosifs, manipulant une forte charge iconoclastique et de solides cartouches d’humour burlesque pour mieux faire sauter quelques valeurs sociétales – qu’on pourrait dans un monde global identifier à l’art, l’argent, le travail, les religions et croyances de tout ordre » , ainsi que le décrit Alain Delaunois lors de l’exposition Voyages au centre de la terre en 2015, n’hésitant pas à comparer l’artiste à l’Axel de Jules Verne, mais « barbichu et à casquette ».

Une œuvre singulière, nourrie de culture populaire autant que d’une très bonne connaissance de l’histoire de l’art, comme en attestent ces scènes de genre où se croisent habilement les clins d’œil à la peinture ancienne. «  Les architectures énigmatiques qui habitent son œuvre oscillent entre lieux de culte et bâtiments dédiés à l’industrie de la mort, un peu à la manière de ce que serait Bosch à l’heure de la télévision et des vidéo-games » précise Jérôme Lefèvre, commissaire de cette nouvelle exposition.

L’artiste liégeois multiplie les références populaires issues des écrans et du monde des comics mais, au-delà de l’ironie et de l’absurde, ses œuvres possèdent aussi une force d’anticipation et dévoilent un fond de vérité dans de nombreux domaines : « Ce qui est très beau c’est qu’en intégrant toutes ces références, il rejoue des standards de l’histoire de l’art mais en distillant des choses triviales, toute une culture vernaculaire », explique Lefèvre.

Foisonnement aux cimaises

Fasciné par la personnalité du Liégeois, « simple et attachant comme peu d’artistes savent l’être », Jérôme Lefèvre a travaillé de concert avec l’artiste pour monter le projet : « On avait envie de faire deux choses : un mur composite et une pièce sonore pour accueillir le public » (une sculpture de dauphin qui attend les visiteurs à l’entrée de l’exposition, son cri – proche du rire humain – se déclenchant à l’approche du public).

Dans la première salle, de grandes compositions foncées dans les tons bleus et verts explosent à la figure des visiteurs – les œuvres les plus récentes de l’artiste, qui témoignent d’une manière nouvelle de travailler, plus rapide mais toujours précise, et relèvent d’une dextérité et d’une immédiateté acquises avec le temps. « Laurent est quelqu’un qui expérimente beaucoup et n’a pas peur de tâtonner ! Au début, il repeignait régulièrement par-dessus ses ratés, ce qui laisse entrevoir certains repentirs dans les épaisseurs picturales », explique Lefèvre.

Avec le temps, l’artiste s’est confronté à des compositions de plus en plus riches et complexes : « La galerie offre un très bel espace, qui appelle des accrochages un peu muséaux, à la fois sobres et classiques. Je voulais y montrer ses plus grands tableaux et proposer aussi quelque chose de plus fou que d’habitude, en créant un grand mur composite fait d’une profusion de formats différents – des peintures et du texte. C’est toujours une gageure à réaliser mais ici ça marche vraiment bien, grâce à la beauté et à l’intelligence des œuvres mises en scène. C’était un parti pris et j’en suis heureux. »

« Laurent Impeduglia. Out of this World », Galerie Triangle Bleu, jusqu’au 23 septembre, du jeudi au dimanche de 14 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, 5 cour de l’Abbaye, 4970 Stavelot, 080-86.42.94, www.trianglebleu.be

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