Démission de Nicolas Hulot: l’intégralité de ses propos (vidéo)

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Au début de son grand entretien, à 8 h20 sur France Inter, Nicolas Hulot a commencé par exprimer sa colère par rapport au fait que l’écologie soit toujours reléguée dans les dernières priorités

« Est-ce que nous avons commencé à réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? la réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à réduire l’utilisation des pesticides ? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l’érosion de la biodiversité ? la réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d’arrêter l’artificialisation des sols ? la réponse est non. ».

C’est après cet exposé que le ministre de Nicolas Hulot annonce son retrait du gouvernement :

« Je vais prendre pour la première fois la décision la plus difficile de ma vie. Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là. Et donc je prends la décision de quitter le gouvernement. ».

« C’est la décision la plus douloureuse. Que personne n’en tire profit parce que la responsabilité, elle est collégiale, elle est collective, elle est sociétale. Et j’espère que cette décision que cette décision qui est lourde, qui me bouleverse, qui est mûrie depuis de longs mois, ne profitera pas à des joutes ou à des récupérations politiciennes mais à ce que nos sociétés se retrouvent sur l’essentiel. ».

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Nicolas Hulot dans la vidéo ci-dessous :

Aucune animosité envers le gouvernement mais un sentiment d’impuissance

« J’ai une immense amitié pour ce gouvernement, auquel je m’excuse de faire une mauvaise manière. Mais sur un enjeu aussi important, je me surprends tous les jours à me résigner, tous les jours à m’accommoder de petits pas alors que la situation universelle, à un moment où la planète devient une étuve, mérite qu’on se retrouve et qu’on change d’échelle qu’on change de scope, qu’on change de paradigme. C’est donc une décision qui était un véritable dilemme entre soit m’accommoder des petits pas, en sachant que si je m’en vais je crains ce ne soit pire, soir rester mais donner ce sentiment que, par ma seule présence, nous nous mettons en France ou en Europe dans une situation d’être à la hauteur sur le pire défi que l’humanité n’a jamais rencontré, et je décide de prendre cette décision, qui est une décision d’honnêteté et de responsabilité. Et j’insiste bien : je ne souhaite que personne, personne, ne récupère et ne fustige le gouvernement parce qu’à l’observation, c’est l’ensemble de la société, et je peux m’y mettre également, qui portons nos contradictions. Peut-être n’ai-je pas su convaincre, peut-être n’ai-je pas les codes mais je sais que si je repars pour un an, oh nous aurons quelques avancées, mais ça ne changera pas l’issue. »

« J’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir. »

Ce sentiment d’impuissance, Nicolas Hulot l’explicite dans une anecdote récente : « Ça va paraître anecdotique, mais pour moi c’était symptomatique et c’était probablement un élément qui m’a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner : on avait une réunion sur la chasse, avec une réforme, peut-être une réforme importante pour les chasseurs mais surtout pour la biodiversité. Mais j’ai découvert la présence d’un lobbyiste, qui n’était pas invité à cette réunion, et c’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir. Et il faut, à un moment ou à un autre, poser ce sujet sur la table car c’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?  ».

Une foi mise à mal par la frustration.

« C’est une accumulation de déceptions, mais c’est surtout parce que je n’y crois plus. Pas en l’état, pas dans ce mode de fonctionnement, pas tant que l’opposition ne sera pas capable de se hisser au-dessus des querelles habituelles pour se retrouver sur un sujet qui est un enjeu supérieur, qui détermine tout. je pensais qu’à la sortie de l’été, où la Californie brûle, où la Grèce brûle, où l’Inde subit des inondations, mais après nous-mêmes, une année terrible, à Saint-Martin mais y compris en métropole. Quand je vais en Guadeloupe et que je vois une petite conséquence des changements climatiques, petite pardon pour les Guadeloupéens et la Martinique(…) petit à petit on s’accommode de la gravité, et on se fait complice de la tragédie qui est en cours de gestation. je n’ai pas forcément de solutions. Je n’y suis pas parvenu, j’ai obtenu un certain nombre d’avancées mais si vous n’avez plus la foi (…) On se fixe des objectifs mais on n’en a pas les moyens, parce qu’avec les contraintes budgétaires, on sait très bien à l’avance que les objectifs que l’on se fixe, on ne pourra pas les réaliser. Voilà la vérité. »

« On me dit prends ton temps, soit patient, mais ça fait 30 ans qu’on est patient (…) on me dit fixes toi deux trois priorités mais tout est prioritaire. »

Une divergence de vision dont il tire les conséquences

Il explique également les raisons pour lesquelles il n’a pas prévenu sa hiérarchie : m « Je sais que ça n’est pas forcément très protocolaire. Je sais que si je les avais prévenu avant, peut-être qu’ils m’en auraient une fois encore dissuadé. Mais c’est une décision entre moi et moi. Et je ne veux pas me mentir. Je ne veux pas encore une fois donner ce sentiment que si je repars c’est que j’y crois. (…) Qui serais à la hauteur tout seul ? b Où sont mes troupes ? Qui sais-je derrière moi ? J’ai une profonde admiration pour Emmanuel Macron et Édouard Philippe, mais sur les sujets que je porte, on n’a pas la même grille de lecture. »

« J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde (…) Remettons les priorités dans le bon ordre. (…) C’est autant de sujets sur lesquels je n’ai pas réussi à convaincre : j’en prends ma part de responsabilité. Et je pense que ce que les gens attendent d’un ministre, c’est que s’il n’est pas à la hauteur, s’il n’arrive pas à ses fins, il doit en tirer ses leçons, je l’ai toujours dit et les tire ce matin. »

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