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Donnons aux employés un sens de la responsabilité

La chaîne de magasins Lidl a décidé de suspendre son trafic interne d’e-mails entre dix-huit heures et sept heures du matin, ainsi que les week-ends. Ce qui pourrait ressembler à une victoire pour l’employé n’en est pas vraiment une, estime l’auteur de cette carte blanche.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Stress au travail. Stress à la maison. Il semblerait que notre société tourne en overdrive. Les chiffres pour le burn-out sont plus élevés que jamais. Et c’est souvent vers l’employeur qu’on pointe un doigt accusateur. Les personnes n’arrivent plus à suivre, la rat race se déroule aussi bien au travail, que dans la vie privée. Le gouvernement demande aux entreprises de miser plus sur la flexibilité, et d’avoir plus d’attention pour la balance entre le travail et la vie privée. Aujourd’hui une grande chaîne de supermarchés met le trafic de mails en pause après les heures de bureau. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Est-ce que ce ne serait pas mieux qu’on prenne à nouveau comme individu plus de responsabilité pour nos choix ?

Des solutions standards trop strictes

Que cela soit clair : je ne trouve pas que cela soit une bonne idée que l’employeur pousse sur le bouton pause du trafic de mails après les heures de travail. Pour certaines personnes ça peut donner un peu de paix mentale. Mais je connais aussi des personnes qui aiment bien jeter un coup d’œil le dimanche soir à leurs mails, pour voir ce qui les attend le jour suivant. Ces solutions standards vont trop loin pour moi. Pour moi c’est un emplâtre sur une jambe de bois qui ne résout pas le problème. Ce n’est pas cette mesure qui va aider à lutter contre les burn-outs, le stress ou la disproportion entre le temps accordé au travail et à la vie privée.

Une question de culture d’entreprise

Le but n’est bien sûr pas, comme employeur, de fermer les yeux sur le niveau de stress et de burn-out qui augmente chez notre personnel. Mais les causes sont bien plus complexes que lire un mail ou deux après le travail. La culture d’entreprise, le sens de responsabilité et l’éducation des employés jouent aussi un rôle, ainsi que l’accompagnement que l’on donne comme entreprise au personnel. Les employeurs qui investissent dans ces aspects, atteignent beaucoup plus.

Donner et recevoir

Aujourd’hui de plus en plus, le travail et la vie privée s’entremêlent. Nous ne connaissons plus les journées traditionnelles de travail comme il y a une vingtaine d’années. A ce moment-là, une séparation très stricte existait entre le travail et la vie privée. Mais avec l’arrivée de l’internet et plus tard des smartphones, nous répondons encore en soirée aux mails du travail ou nous travaillons encore à des dossiers. Mais pendant les heures de travail, nous sommes aussi sur les réseaux sociaux, nous jetons un œil à nos mails privés, nous commandons un cadeau en ligne pour les enfants, etc. Cette liberté doit être possible et les employeurs doivent la donner à leur personnel. C’est une question de donner et recevoir. Les entreprises permettent un peu de vie privé pendant les heures de travail, les employés ouvrent leur ordinateur portable une heure le soir. Comment il s’organise, c’est à chaque employé à le décider lui-même.

Employés, faites vous-même des choix !

Le plus important, c’est que cela ne soit pas seulement une histoire de « prendre » et « recevoir ». Car c’est là que cela coince : les individus, dans ce cas les employés, sont de moins en moins résistants. Ils veulent tout en même temps et de préférence le plus vite possible. Mais ainsi ils ne savent pas comment affronter l’adversité ou comment répondre à un simple « non ». Il semble que nous – parents, instituteurs, gouvernement, société… – ne leur avons pas assez transmis lors de leur éducation. Dommage, car dans la vraie vie on doit, ou plutôt on peut, aussi bien sur le plan privé que sur le plan professionnel, faire des choix. Et c’est justement la responsabilité de l’individu. Même si ce n’est pas ce qu’on préfère, parfois on connaît un échec, ou on doit digérer un « non ». Nous devons vraiment apprendre à nouveau à « mordre sur notre chique », quand quelque chose n’apporte pas directement ce qu’on avait espéré, quand une image idéale qu’on aurait voulu avoir ne se réalise pas à 100 %. Comme individu, la patience est devenue quelque chose de très compliqué. Les jeunes changent parfois de travail après deux ou trois semaines parce que ce n’est pas le job qu’ils avaient espéré, parce qu’ils doivent effectuer trop de tâches administratives ou répétitives à leur goût, ou parce qu’ils savent déjà tout faire et qu’ils veulent évoluer vers autre chose.

Employeurs, responsabilisez votre personnel !

C’est évidemment logique qu’il est impossible d’arrêter de penser à des choses privées, comme des problèmes dans la relation, des problèmes d’argent ou des soucis de santé de ses parents sur le lieu de travail. Cela fait partie du monde « hybride » dans lequel nous vivons.

Il faut aussi continuer à prendre la problématique du burn-out et du stress au travail au sérieux. Avec l’employé, l’employeur doit trouver de bonnes solutions, qui prennent en compte aussi bien l’employé que l’employeur. La responsabilité n’est pas seulement celle des entreprises. En effet, la pression sur les employés peut être forte. Mais chacun doit décider pour lui-même jusqu’où il veut aller et tirer à temps à la sonnette d’alarme.

Les employés doivent donner à leur personnel plus de sens de la responsabilité. Apprenez-leur à faire face à des échecs. Coachez-les individuellement. Tracez avec eux un chemin pour leur carrière et définissez des objectifs. Mais surtout : aidez-les à faire des choix et montrez-leur l’impact de ces choix. Expliquez-leur qu’ils sont eux-mêmes, en fin de course, responsables de leurs choix. C’est uniquement comme cela que nous pouvons armer notre personnel à bien surveiller la balance entre le travail et la vie privée.

Donc intervenir avant que cela aille trop loin, est aussi bien la responsabilité de l’employé que celle de l’employeur. L’employé doit bien sûr être soutenu, mais avec des initiatives sur mesure pour le rendre plus résistant. Avec quelques règles générales comme mettre obligatoirement sur pause les emails, nous n’allons que dorloter les employés. Et c’est justement cela qu’on doit éviter.

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