Un cadeau de Louis XIV à son fils vendu plus de 7,5 millions d’euros

Cet important bronze ayant appartenu au Grand Dauphin changea de mains le 5 juillet dernier à Londres contre la somme fabuleuse de 6.758.750 livres.
Cet important bronze ayant appartenu au Grand Dauphin changea de mains le 5 juillet dernier à Londres contre la somme fabuleuse de 6.758.750 livres. - D.R.

Les experts de la maison de King Street s’étaient bien gardés de publier une estimation dans le catalogue de la vente. Pour les œuvres très rares, il est en effet difficile d’avancer des chiffres et les jours précédant la vente permettent d’affiner les prédictions en fonction du nombre d’amateurs et de leur « appétit » pour la pièce. In fine, ce ne sont pas moins de 6.758.750 livres sterling que l’acheteur a dû acquitter pour emporter cette œuvre de grande qualité.

Magie

Il est vrai que pouvoir s’offrir le présent du roi Soleil à son fils, le Grand Dauphin, peut faire tourner les têtes. Malheureusement, le père survivra de quatre années au fils qui mourut en 1711 et le bronze fut intégré dans les collections royales. Ce qui ne l’empêcha pas de passer encore une bonne partie du XVIIIe siècle au château de Meudon, domaine de « Monseigneur », qui l’avait reçu en 1681 alors âgé de vingt ans parce qu’il était de bon ton que celui-ci commençât sa propre collection qui témoignerait de son goût pour les arts.

En 1785, l’œuvre fut envoyée à Paris chez le grand sculpteur de l’époque, Jean-Antoine Houdon, avant de gagner le garde-meuble de la Couronne. L’on retrouve une dernière fois sa trace en 1796 dans un inventaire du « Conseil des Anciens », une instance révolutionnaire que l’on considère comme l’ancêtre du Sénat, une assemblée qui exista jusqu’au coup d’Etat de Napoléon Bonaparte en novembre 1799.

Ensuite, silence radio pendant près de deux siècles lorsque Sotheby’s proposa l’objet dans sa vente de juin 1989 à Monte-Carlo.

Cinq ans plus tard, mais à New York cette fois, la même maison l’adjugea à l’actuel vendeur.

Sujet

Ce bronze représente le combat entre Hercule et Acheloos (ou Achelous). Si l’on ne doit pas présenter le premier, le second est peut-être plus oublié de nos jours qu’au XVIIe siècle.

Acheloos était un dieu-fleuve, fils du titan Océan, le plus grand cours d’eau de Grèce qui se jette dans la mer Ionienne. La raison de cette querelle ? Une rivalité amoureuse ! Le plus fort devait emporter la main d’une belle et Acheloos avait le grand avantage de pouvoir se transformer à l’envi. Ici, il combat sous la forme d’un taureau. Hercule, fidèle à sa réputation de force l’emporta, non sans casser l’une des cornes de ce dernier, corne qui deviendra le symbole de l’abondance.

Auteur

Un bronze peut exister en plusieurs exemplaires sans que cela n’altère son authenticité.

Le modèle de cette œuvre est de l’artiste florentin Pietro Tacca, à qui le grand-duc de Toscane, Côme III de Médicis, passa commande aux alentours de 1614 d’une série de cinq œuvres figurant Hercule, qui ne furent jamais fondues. C’est vraisemblablement son fils Ferdinando qui réalisa le cadeau de Louis XIV. En effet, il hérita, non seulement de l’atelier de son père, mais encore du talent que ce dernier devait quant à lui à son propre apprentissage auprès de Giambologna, le grand sculpteur baroque.

Si l’art de Ferdinand Tacca est différent, la filiation est certaine et tous ces artistes ont contribué à faire de Florence un centre artistique important pour les bronzes d’art de la plus haute qualité. Il existe d’ailleurs une seconde version de cette pièce conservée par la prestigieuse Wallace Collection de Londres. Mais celle-ci est jugée de qualité inférieure par le spécialiste de Tacca. Cela étant, celle-ci ne dépare nullement le fabuleux décor de ce musée riche de tant de chefs-d’œuvre, qui consacre actuellement une très intéressante exposition à sir Richard Wallace, son fondateur…

 
 
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