Isabelle Poncelet (CDH) quitte la politique: «J’en ai assez, je suis déçue»

Déçue par la politique en général, sans que son parti soit en cause, Isabelle Poncelet jette l’éponge.
Déçue par la politique en général, sans que son parti soit en cause, Isabelle Poncelet jette l’éponge. - Belga.

Elle en a « ras-le-bol ». C’est vite dit, mais c’est bien cela. Isabelle Poncelet, 51 ans, bourgmestre de Habay, dans la province de Luxembourg, députée fédérale depuis 2014, laisse béton. « Je quitte la Chambre, je ne serai pas là lors de la séance de rentrée le 20 septembre. Au niveau communal, je pousserai la liste de mon parti à Habay le 14 octobre prochain, pour ne pas laisser tomber les amis tout à coup, mais c’est vraisemblablement ma dernière campagne et ma dernière élection. Je retourne dans l’enseignement, je donnerai cours à l’école normale de Bastogne, dans le secondaire, c’est ma formation, ma profession, c’est ce que j’aime faire ».

Une passion qui chasse l’autre, pour la politique, qui s’est consumée doucement ces dernières années, puis s’est éteinte : « J’en ai assez de la politique, je suis déçue, je l’avoue. Les relations humaines, la sobriété dans l’action, j’ai le sentiment que tout cela ne compte plus vraiment, ou plus assez. Ce sont ceux qui crient le plus fort qui dominent, et les gens veulent tout, tout de suite. Je dirais même : ils veulent tout et son contraire… ». L’élue locale se lâche : « On veut refaire une route ? On la répare à la demande générale, puis les mêmes trouvent qu’on roule trop vite, et qu’il faut des casse-vitesse, que ça ne va pas, et ainsi de suite. C’est juste un exemple basique, pour comprendre. On perd une énergie de dingue dans tout ça, et il y a énormément d’ingratitude au bout du compte, ça m’insupporte, franchement. Vous savez, j’ai constaté une dégradation dans ce que l’on appelle la citoyenneté, la bienveillance, j’ose le dire, depuis que les gens passent leur temps sur internet. L’impatience a monté, il n’y a plus le sens de la durée, de la continuité… J’ajoute, par ailleurs, que l’action politique elle-même est devenue problématique : les procédures se sont complexifiées, c’est de plus en plus difficile de poser des actes. La politique est un terrain jonché d’épines, ça fait mal, plus grand-chose n’y pousse, ou alors ça ne pousse pas bien… ».

Isabelle Poncelet ne veut pas, pour autant, désespérer les nouvelles générations, à commencer par tous ces jeunes qui, le 14 octobre prochain aux communales et le 26 mai 2019 aux législatives, seront appelés à se prononcer : « Les grandes formations politiques doivent réfléchir à leur fonctionnement, se renouveler, c’est vrai, mais là encore, je me demande dans quelle mesure l’omniprésence des réseaux sociaux ne finit pas par détourner les jeunes de l’engagement politique, même de l’intérêt pour la politique, qui est une affaire de long terme, de profondeur historique, de débat d’idées, de prise de responsabilités. Cela dit, je vois aussi que beaucoup de jeunes n’hésitent pas à s’engager dans des démarches citoyennes en tous genres, c’est plutôt réconfortant, j’ai de l’espoir, nous verrons, mais la politique dans tout cela ? Ils s’éloignent, c’est inquiétant ».

Véronique Salvi à Charleroi a elle aussi décroché récemment, renonçant à la politique active, tout cela dans un parti, le CDH, pas en toute grande forme… Alors ? « Cela n’a rien à voir avec ma décision. Je vous l’ai dit, je suis déçue dans ma vie politique en général, mon parti n’est pas en cause. D’ailleurs, cette décision, je l’ai prise après en avoir parlé avec mes amis au CDH, avec Benoît Lutgen évidemment, que je connais bien, on est de la même région, on se comprend parfaitement ». A la Chambre, Isabelle Poncelet sera remplacée, dès le 20 septembre, par Anne-Catherine Goffinet, échevine à Arlon : « Je lui souhaite bonne chance ».

 
 
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