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Sur la pente glissante du nazisme

À l’heure où un « jeune » politicien, au discours singulièrement archaïque et opportuniste, gesticule pour faire voter une loi interdisant toute comparaison entre des situations politiques contemporaines et le nazisme – afin de prouver à Theo qu’il est vraiment son copain et qu’il va le défendre –, il est sans doute plus utile que jamais de relever justement les similitudes entre ces époques : la nôtre et les années 1930.

Temps de lecture: 7 min

Je ne reviendrai pas sur l’absurdité de l’argument du « Point Godwin », dont l’inventeur a expliqué que toute référence au nazisme pour dénoncer des dérives politiques contemporaines est justifiée quand elle est argumentée .

Qui a dit ?

« Nous nous sommes mis au travail, non pas sans respecter le droit, car nous le portions en nous, mais sans respecter les lois. J’ai décidé tout de suite que si un paragraphe de loi se mettait en travers de notre route, je n’en tiendrais aucun compte et que, pour accomplir ma tâche au service du peuple, je ferais ce que ma conscience et le bon sens populaire me dicteraient » ? Heinrich Himmler, ministre de l’Intérieur du Reich nazi, grand artisan avec Reinhard Heydrich de la mise en œuvre des camps d’extermination.

Cette phrase, citée dans La Loi du sang ; penser et agir comme un nazi de Chapoutot (éditions Gallimard), illustre bien le profond mépris que les nazis avaient envers la loi. Elle résonne aujourd’hui, comme si elle rencontrait à nouveau un assentiment tant dans la population que dans le chef de responsables politiques. Certaines idées sont en train de revenir « à la mode », très proches de celles qui ont nourri l’idéologie raciste nazie. Pas exactement les mêmes, bien sûr : certaines leçons de la guerre ont porté et sans doute personne n’oserait plus en appeler aujourd’hui au meurtre massif pour se débarrasser des étrangers et des « inutiles ». Mais sur le fond, les proximités sont très inquiétantes.

Les eaux sales du populisme

L’ouvrage de Johann Chapoutot (La loi du sang : penser et agir comme un nazi, Gallimard) éclaire de manière particulièrement saisissante l’idéologie nazie. Chapoutot a tout lu : les textes de Hitler, Himmler et consorts, mais aussi ceux des juristes, professeurs, journalistes, jusqu’aux brochures distribuées aux jeunes SA et SS, voire les manuels scolaires. La lecture de son essai est une plongée en eaux boueuses, qui permet de percevoir à la fois la force des idées nazies et leur profonde imprégnation dans la population.

Prenons le point qui nous occupe ici : la loi et le droit. Pour les nazis, la loi est une invention juive, une ruse des plus faibles qui ont construit ces codes pour se sauver. Dans la « loi naturelle » (les nazis ne l’entendent pas de la même manière que nos juristes : il s’agit pour eux d’être en conformité avec les lois de la nature, autrement dit ce darwinisme social selon lequel les plus forts survivent et les plus faibles sont éliminés), ces créatures inférieures auraient été éliminées. Les nazis haïssent ces codes, ces « paragraphes » qui permettent aux dégénérés de survivre et aux criminels d’échapper au châtiment. Le droit auquel se réfère Himmler, c’est ce rapport « naturiste » à la vie que tout Germain, rétabli dans la pureté de sa race (et du coup de la pensée), connaît instinctivement, sans qu’il soit nécessaire de rédiger des codes. La sagesse populaire en est l’expression et ses principes sont simples : est juste et droit ce qui préserve la race germanique-nordique et obéit à la « loi du sang ». Est injuste tout ce qui la menace, à commencer par cette morale judéo-chrétienne qui prône l’amour, l’humilité et la pitié, mais aussi la mixité raciale, autant de valeurs qui ont affaibli la race nordique.

Le racisme contemporain

Bien sûr, le racisme sévit toujours ; il suffit d’en voir presque toutes les semaines les expressions dans les stades de foot ou sur les réseaux, et la très récente affaire des attaques répugnantes à l’encontre de Cécile Djunga. Mais il faut rappeler que le racisme est d’abord une conception (qualifiée à l’époque de scientifique), construite sur des éléments de darwinisme et de biologie (on découvre les principes de l’hérédité), selon laquelle il existe bel et bien des races, lesquelles (darwinisme oblige) sont éternellement en guerre. Contre la race nordique, les bâtards conduits par les Juifs (qui ne sont même pas une race, mais des bacilles, des germes infectieux) ont tenté de détruire la race nordique en lui imposant le libéralisme, les lois alambiquées et les valeurs altruistes dont le seul but était de conduire à l’élimination des Germains qui ont le tort d’être trop sensibles et trop tendres. Il faut donc en finir avec ces lois et rétablir la pureté et la grandeur de la race dominante, celle que les Allemands partagent avec les Grecs et les Romains de l’Antiquité, mais aussi les Indiens, les Perses, tous ces peuples mythiques qui ont fondé des civilisations (y compris les Tibétains, comme le rappelle de manière très documentée Albert Ettinger ).

Ce racisme-là n’existe plus vraiment. La science a démontré qu’il n’y a qu’une race humaine et les nazis ont démontré à quelles horreurs conduisaient ces idées. Mais ses fondements n’ont pas disparu car l’humain a peur de la différence et de l’étranger. Par nature ? Ce n’est pas certain ; par contre, cette peur est entretenue par notre éducation, par cette « sagesse populaire » qui est le plus souvent un ramassis d’imbécillités et de contradictions. Non seulement ces fondements n’ont pas disparu, mais ils sont ravivés sous une forme « moderne » et terriblement porteuse dans la population.

Le populisme : la défense des « peuples »

Les deux responsables politiques les plus dangereux aujourd’hui en Europe, Salvini et Orban, en donnent la plus forte expression : au concept de race, ils ont substitué celui de civilisation européenne, blanche et chrétienne. L’ennemi n’est plus le Juif (ce qui n’empêche pas l’antisémitisme de refleurir) mais toujours l’étranger, en l’occurrence le musulman, lui aussi accusé de vouloir détruire la « race » européenne et de mener une guerre impitoyable en vue de son extermination. Sous des formes plus ou moins atténuées, cette argumentation se retrouve chez d’autres dirigeants, qu’ils soient ou non « souverainistes » (l’autre nom du racisme). Comme le rappelle Edwy Plenel, « Emmanuel Macron est le dernier en date de ces intelligents que le présidentialisme rend bêtes. Sa sortie au Danemark sur “le Gaulois réfractaire au changement” opposé à un “peuple luthérien qui a vécu les transformations des dernières décennies” en est la toute dernière illustration. Le trait d’humour aujourd’hui invoqué n’empêche pas que c’est une double ânerie, doublée d’une mauvaise manière. Bêtise historique comme se sont empressés de le rappeler les historiens spécialistes des Gaulois. Stupidité intellectuelle, tant essentialiser un peuple, le réduire à une réalité intangible, c’est raisonner comme les racistes qui ne voient qu’une masse uniforme, homogène et invariable là où il y a des individus divers, mouvants et différents. Inélégance enfin vis-à-vis du peuple qu’Emmanuel Macron est supposé représenter et dont il parle comme s’il en était lui-même extérieur et, surtout, supérieur. »

Quand Theo Francken affirme qu’il « faut pouvoir […] trouver une manière de contourner l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'homme, et la jurisprudence doit s'y adapter », il joue la carte du rejet de la loi au profit d’un « droit » implicite, qui serait celui du « bon sens » et qui devrait trouver les moyens (par des « contournements ») de se libérer d’une loi qui profite aux criminels, ou « illégaux » (rappelons que, par définition, aucun être humain ne peut être « illégal » ; seuls des actes peuvent l’être), pour défendre le « peuple », les « légaux ».

Les droites et ce qui les rassemble

« D’une contrée à l’autre, toutefois, l’extrême droite n’a pas les mêmes contours. Parfois, ce que l’on pourrait qualifier chez nous d’extrême droite correspond simplement à la droite d’un échiquier national. À certains endroits, le registre de l’extrême droite est surtout déterminé par un discours antisystème ; ailleurs, elle joue avec un sentiment national qu’a longtemps étouffé une histoire dominée par des puissances extérieures. Mais partout, elle repose sur une hostilité, plus ou moins affichée, à l’étranger, à l’Autre, à celui qui est différent. » (Amélie Poinssot et Donatien Huet)

À travers les prochaines élections et le soutien que l’on apportera ou non à des politiques prônées par la N-VA et d’autres partis d’ultra-droite, se jouera une vision de l’humanité : soit une humanité construite sur des valeurs d’entraide, de compréhension, de partage ; soit une humanité fondée sur l’égoïsme, la haine et le rejet. Si on ajoute le paramètre écologique (mais la démission de Nicolas Hulot rappelle combien peu ce défi majeur est pris au sérieux), ce choix se corse encore ; car la défense de la « race » 2.0 est aussi une défense de privilèges scandaleux qui menacent l’avenir de la planète.

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7 Commentaires

  • Posté par François François HOUTART, mardi 11 septembre 2018, 15:17

    Bonjour (N.B. J'ai pris l'abonnement d'un jour pour répondre à cet article ... incohérent - orienté ? - et lu en entier !) - L'auteur énumère tous les poncifs et appuie sur les portes ouvertes dits de la "bien pensance", pourquoi ? Car il manque le pour et le contre, la thèse et la contre-thèse, la surface et l'explication de fond, ... celle qu'on évite ! - L'objectif n° 1 des pays ciblés, dénoncés (Hongrie, Pologne, Italie, Grèce, et tous les partis en montées en Europe) est de contrecarrer la politique économique impérialiste, en fait, sous contrôle de Wall Street et de l'État profond nord-américain et ce, depuis l'acceptation des plans de Jean Monnet et Robert Schuman (soutenus par les Agences américaines) et non l'immigration - non gérée, notamment par l'Europe - qui est une conséquence. - On peut comprendre le sentiment bizarre des citoyens européens face aux Institutions bruxelloises car elles ne reflètent pas l'intérêt ou le bien des peuples (mais bien celui de la finance mondiale dominée par Wall Street et la City) ... tout en y prétendant (pour l'étiquette) ! - L'émigration est principalement due à la politique de destruction des États riches en resources et faisant obstacle à la main mise et/ou l'économie de marché des U.S.A. et de la "culture" occidentale ... imposée par certains depuis quelques siècles. Ceux-ci sont en déficit abyssal, endettés et usent depuis les années 1970 de la "planche à billets" (monnaie sans valeur réelle et imprimée pour inonder le marché en manque de finances papier). L'Europe pratique cette "méthode" depuis quelques années au risque de réduire notre économie à rien. - La parallèle avec les années 30 est à faire ici et non dans les déclarations de Vincent Engel, soutenu par la Soir, sans aucune analyse conséquente et historique. Hitler lui-même avait dénoncé la planche à billets mise en route par la République de Weimar soutenue par la finance mondiale, rien n'y fit, le commerce inéquitable à débouché sur l'horrible cataclysme connu, via un Hitler facilement persuasif. Car, entre-temps Hitler élu, avait relevé tout le niveau économique de l'Allemagne ... Les arguments de races, de suprématie du peuple, d'idéologie mytthologico-païenne, etc. sont les plastrons mis en avant pour emballer l'intérêt profond du capitalisme qui n'ont ici que renforcé l'aberration de sa philosophico-politique. Tous les pays, oui, tous les pays sont complices à cette époque d'avoir contribué à ce cataclysme payé par les peuples, dont la Suisse, pays neutre, qui, seul, permit à Hitler de poursuivre le financement de la guerre après 1943. - Le Soir et Monsieur Engel, avec de telles analyses luxueusement présentées dans des éditions de choix, contrairement à l'objectif prétendu, ne font que renforcer la montée des idées "nazies", "racistes", "nationalistes", etc. etc. par le jeu de la dénonciation des causes, des personnes et non des sources et des auteurs véritables ... - Dès lors, ne pourrait-on faire un parallèle entre ce Soir et celui des années ... 1940 !? car peut importe l'étiquette ... du moment que l'ivresse du pognon culmine, tout est permis ! - La déstabilisation, le morcellement, la déstructuration ou la destruction du Vietnam, de l'Ukraine, de la Yougoslavie, l'Afghanistan, de l'Irak, de la Libye, de la Palestine, de la Syrie, du Vénézuela, etc. et demain de la Corée du Nord ? de l'Iran ? de la Turquie ? ... nous sont toujours présentées par une avancée des "Droits de l'Homme", de la "Démocratie", ou des mouvements humanitaires. Mais en réalité est tout autre et recouvre une vérité bien cachée qui sont les profits financiers. - Le morcellement des États et l'égalisation ou la suppression des cultures facilitent l'emprise commerciale des "forts" dont l'objectif n° 1 reste le profit et non le Bien du Peuple. C'est l'objectif des régionalistes du type N-VA, Catalogne et certains autres en Europe, le tout facilité par l'Institut européen de Bruxelles qui étudie la régionalisation et son application (du reste une idée héritée également de la Révolution française !) 1° par des subsides accordés directement aux Régions ou 2° par la mise en place de "grands traités" trans-continentaux. - Par ex. : Pourquoi les conflits ont démarrés en Syrie juste au moment où Bachar el Assad devait choisir entre le pipe line occidental ou russe !?! - De nombreux exemples peuvent être cités, à commencer par la Révolution française qui n'a fait qu'abattre les derniers obstacles (dont le Roi et l'Église catholique) à l'économie de marché alors qu'avant 1789 tous les paysans français pouvaient vendre le produit de leurs fermes "au juste prix" négocié entre les habitants présents à l'heure du marché lui-même encadré par la police "surveillant au grain" ! Les "marchands" (de métier) attendaient la fin du marché pour entrer dans le jeu et acheter les surplus. Tout cela a été détruit et "vendu" sous la "Déclaration des Droits de l'Homme" tout en orchestrant un génocide d'État, moyennant mercenaires, dans toute la France contre les "ennemis de la Patrie" ... le peuple lui-même ... Tout cela a entraîné l'État français dans une ruine profonde ... qui n'a pas touché tout le monde et qu'un Napoléon est venu arrêter en allant chercher l'or ... dans les autres pays européens !! La République française a un énorme "péché" à expier de même que les "puissances mondiales" qui poursuivent ces "politiques" avec la couverture (la bénédiction ?) d'élus démocratiquement par le peuple ! - Cette dynamique s'est étendue au monde et la Révolution bolchévique est une autre étape héritée directement de la Révolution de 1789. Ajoutez 14-18, 36-40-45-53-... avec toutes les Guerres mondiales depuis l'Espagne à la Corée ... et vous verrez que le tableau se poursuit jusqu'à nos jours. - Entre-temps, la planète et les êtres humains aimeraient simplement qu'on les observent pour les connaître, adopter un comportement de vie privés et sociale en adéquation ... pour le Bien de tous. - Après une analyse exhaustive (ou se voulant sincèrement telle), il faut désigner les causes, les méthodes, et, si blocage total, les personnes aux commandes de l'économie de marché qui fait tant souffrir une grande partie de la population et de ses cultures ... Autrement, le risque sera que l'opinion publique soit entraînée à se révolter contre les mauvaises cibles et contre ses propres structures, avec un renforcement de l'état sécuritaire, etc. et avec pour seul résultat de renforcer l'asservissement au dieu Mamon, ce qui se passe depuis 220 ans et fut préparé bien avant. - On peut toujours se tromper car la vérité est parfois bien cachée, mais, donc, merci de rectifier vos articles, d'inviter les interlocuteurs révélant l'autre face de la réalité, de raconter l'histoire réelle vue d'Occident et son contraire, de ne pas extraire les causes de leurs origines, etc. - De toute façon, l'information complète et objective est à chercher sur les réseaux d'Internet où, à côté des youtubeurs désinvoltes et farfelus, il y a de réels historiens, économistes, professeurs de géopolitique, "petits" médias, etc. qui s'acharnent à fouiller les informations historiques ou présentes en vue de donner une vision et une compréhension de l'ensemble de ces questions, d'apporter un raisonnement. ... Seulement alors, peut-être, que mon abonnement sera plus long que d'un jour ! Bonne journée

  • Posté par Naeije Robert, lundi 10 septembre 2018, 17:28

    Quelques bonnes remarques et citations, enfouies dans un recitatif lourd, mal ecrit au style « plombier-zingueur » - et parseme d’amalgames, quend ce n’est pas une citation de cette autorite incontestable (!!!) qu’est Edwy Plenel. Cette chronique demontre que les bonnes intentions ne suffisant pas a faire un bon texte!

  • Posté par Van Eylen Didier, dimanche 9 septembre 2018, 18:16

    Hitler a été fortement influencé par un gourou dont j'ai oublié le nom pour avancer ces théories fumeuses que vous avez décrites plus haut. Il a créé également une légende "arthurienne" et envoyait ses soldats dans des grottes pour créer de toutes pièces des peintures vantant cette légende. A ce point-là... Pour votre description du racisme contemporain, il circule, je le constate avec effroi, beaucoup de gens qui soutiennent que les musulmans viendraient chez nous pour nous envahir par le ventre et supplanter notre culture, un genre de grand remplacement calculé par tous les protagonistes qui seraient reliés entre eux par cette logique. Il est impossible de ne pas comparer cette folie aux années 30.

  • Posté par Van Eylen Didier, lundi 10 septembre 2018, 17:59

    Nous ne sommes pas d'accord sur la question, et loin de là: sur le concept de la pensée unique, qui est une création artificielle de l'extrême-droite, n'existe tout simplement pas: il y a un nombre d'opinions et de diversités qui remplit toutes les palettes d'avis, sauf les plus extrêmes. Je soutiens que la majorité de la population peuvent vivre ensemble et que c'est une minorité qui n'y arrive pas, mais font le plus de bruits, comme toujours. Le "vivre ensemble n'est pas un concept abstrait, mais une nécessité selon moi. Il ne s'agit pas d'ignorer, mais de chercher des solutions au quotidien, parce que nous n'avons pas le choix que de tous nous tolérer sur le territoire.

  • Posté par Weissenberg André, lundi 10 septembre 2018, 14:49

    Il y a aussi tous ceux, adeptes du politiquement correct et de la pensée unique, que gênent aux entournures les gens qui ne pensent pas comme eux, et qui vont traiter ces derniers de "fascistes" ou pis et vont disqualifier l'expression des sentiments et des craintes émises par ces gens-là en les qualifiant de "populistes". Ils posent un problème sérieux notamment pcq ils monopolisent l'accès aux médias et pcq ils ont tendance à déformer la réalité en créant une apparence artificielle de "vivre ensemble". Leur "réalité" est construite, elle est très souvent utopique, elle ressemble à un conte de fées. Elle est en tout cas très loin du vécu et de la réalité quotidienne, dont elle représente la négation, que cette expérience soit concrètement celle de "ces gens-là" évoqués plus haut, ou de celle d'autres groupes, moins souvent exposés à la différence ou en contact avec elle mais peut-être d'autant plus sensibles à celle-ci lorsqu'elle s'exprime de manière très flagrante ... Ignorer ces sentiments et ces craintes en jouant l'autruche, ou en les minimisant, est le vrai danger, car on ouvre ainsi la porte à ceux qui se saisiront de ces sentiments et de ces craintes pour les instrumentaliser à des fins peu légitimes.

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