Les promoteurs s’intéressent au crowdlending

Pour Peter Wilhelm, la formule du crowd lending convient surtout pour des projets modestes à moyen.
Pour Peter Wilhelm, la formule du crowd lending convient surtout pour des projets modestes à moyen.

Vingt-et-une secondes. C’est le temps qu’il a fallu à Wilhelm&Co, le promoteur qui a développé L’Esplanade à Louvain-la-Neuve ou de Médiacité à Liège, pour lever 530.000 euros sur la plate-forme de crowdlending Look&Fin. En tout, 179 particuliers et investisseurs ont participé à l’opération. En retour, ils vont recevoir des intérêts chaque mois au taux annuel de 7,5 % brut. Le remboursement de leurs engagements, lui, se fera à l’échéance du prêt, dans 24 mois.

Pour le groupe bruxellois, ces moyens vont compléter un financement destiné à un projet de rénovation à Nivelles. Celui-ci consiste à racheter une ancienne maison de repos et à la transformer en 31 appartements. L’investissement global est de 6,3 millions d’euros : 4,1 millions proviendront de crédits bancaires, 1,1 million de la prévente des appartements et 1,1 million du crowdlending (une seconde levée de fonds – de 570.000 euros – se tiendra d’ici la fin de l’année).

Les exemples se multiplient

Avant lui, d’autres promoteurs ont aussi utilisé cette variante du crowdfunding qui consiste donc en des prêts rémunérés. La SPRL Alpha Line y a recouru pour un immeuble de 29 appartements à Uccle (500.000 euros levés sur un budget de 10,8 millions). FK Immo s’en est servi pour un ensemble dans le centre de Mons comprenant 69 appartements (400.000 euros sur un budget de 6,5 millions). Le groupe bruxellois Urbanity a fait de même pour une future villa de luxe 4 façades à Rhode-St-Genèse. Etc.

Qu’est-ce qui pousse ces acteurs à recourir à une telle formule ? « En ce qui nous concerne, il s’agissait d’un test, répond Peter Wilhelm, le CEO de Wilhelm&Co. On parle beaucoup de ce concept de crowdlending. Nous nous intéressons à toutes les formes d’innovation ; nous avons donc voulu essayer. Comme nous avions ce petit projet à Nivelles, l’opportunité était idéale ».

« Une place marginale mais intéressante »

Pour quel verdict ? « Le concept est éminemment intéressant. C’est facile, rapide et simple à utiliser. Cela permet aussi d’être en contact avec le public, de tester le produit auprès de tout le monde… Ceci étant, cette voie de financement reste marginale. Dans le cas de notre opération, la contribution du crowdlending s’élève à 1 million. Une telle somme est assez dérisoire dans notre secteur, qui est très intensif en capital. La formule convient surtout pour des projets assez modestes, donc plutôt éloignés de notre cœur de métier ».

Le crowdlending peut quand même trouver sa niche. « En immobilier professionnel, un financement est généralement constitué de deux ou trois parts. D’abord, des fonds propres sont apportés par le promoteur. Ensuite, des crédits sont négociés auprès des banques. Enfin, il arrive qu’un complément de capitaux viennent s’intercaler entre les deux : ce sont les crédits mezzanine, souscrits auprès de fonds spécialisés. Le crowdlending, lui, est du même niveau que ces crédits mezzanine. Globalement, il pratique les mêmes taux d’intérêt. Donc, il pourrait très bien se développer sur ce créneau ».

« Nous répondons à une demande »

Du côté de Look&Fin, le nº1 du crowdlending belge avec une part de marché de 90 %, on souligne un autre avantage. « Lorsque les promoteurs immobiliers mènent plusieurs projets de front, il est parfois lourd pour eux de mobiliser à chaque fois des fonds propres, explique Frédéric Levy Morelle, le CEO de la plate-forme. Le crowdlending peut venir soulager leurs efforts. Les prêts participatifs sont accordés sans demander de garanties. Ils peuvent donc s’apparenter à ces capitaux propres. Et en augmentant la part de ceux-ci, ils aident à négocier de meilleurs taux pour les crédits auprès des banques ».

Ce spécialiste de la fintech est convaincu d’une croissance du crowdlending dans ce domaine de l’immobilier. « Nous répondons à une vraie demande. Depuis notre lancement en 2012, nous avons structuré des prêts participatifs pour onze projets immobiliers représentant un montant cumulé de 5 millions d’euros. Et ce n’est pas fini. D’ici la fin octobre, trois autres dossiers vont être soumis à nos affiliés investisseurs pour un montant cumulé de 3,3 millions. Ce segment est clairement en train de bouger ».

 
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