Les écoles de demain sortent de terre

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L’école De Brug à Bocholt, en province du Limbourg, est l’une des 165 écoles construites dans le cadre du projet «
Scholen van Morgen
» initié par le Gouvernement flamand.
L’école De Brug à Bocholt, en province du Limbourg, est l’une des 165 écoles construites dans le cadre du projet « Scholen van Morgen » initié par le Gouvernement flamand. - D.R.

En cette période de rentrée scolaire, nous nous sommes penchés sur la construction et la rénovation d’écoles. Un domaine vaste et complexe, d’autant plus d’actualité que la Belgique – et certaines villes en particulier, comme Bruxelles – doivent faire face à une croissance démographique importante.

Si, dans la capitale, les places ne manquent pourtant pas (aussi curieux que cela puisse paraître), les besoins sont malgré tout criants. Car peu de parents veulent mettre leur enfant dans les écoles où il reste de la place. Ils préfèrent une école de leur choix, cause de tous les problèmes.

Des écoles neuves, on en construit chaque année. Et dans ce domaine, la Flandre a donné l’exemple depuis plusieurs années avec un projet intitulé « Scholen van Morgen ». Partenariat entre le public et le privé, il a été initié voici déjà huit ans et concerne la création (et la rénovation, mais pour une partie infime) de 165 écoles. A ce jour, 156 ont été réceptionnées, 9 autres le seront d’ici la rentrée 2019. Et d’autres sont prévues pour plus tard.

Un tel projet a nécessité l’accord et le soutien de tous, et notamment des pouvoirs politiques flamands, qui y ont vu un projet fondamental pour le futur. Une initiative qu’il est malheureusement beaucoup plus difficile à mettre en œuvre côté bruxellois (où, par ailleurs, les terrains disponibles se comptent sur les doigts de la main) et wallon.

La palme de ce méga-projet revient au développeur AG Real Estate et à la banque BNP Paribas Fortis, sans oublier le gouvernement flamand, les trois branches que l’on retrouve à la barre de « Scholen van Morgen ».

Les écoles ont leur règlement propre. En matière de construction, c’est le cas également et les architectes y voient un terrain de jeu propice à leur imagination. Mais sur le plan de la rentabilité, c’est (beaucoup) moins évident puisqu’il ne s’agit généralement pas de bâtiments très vastes où le mètre carré rapporte gros.

Les difficultés ne manquent pas. On l’a dit, trouver un terrain n’est plus simple. Obtenir les permis demande du temps et, dans le cas d’une rénovation, on ne déloge pas des élèves comme on le ferait avec des fonctionnaires de bureaux pendant la durée des travaux.

Les écoles poussent comme des champignons en Flandre

Par Paolo Leonardi

Philippe Monserez peut être fier de sa mission dans le projet Scholen van Morgen. Un projet pharaonique dont on ne mesure pas encore toute la portée.
Philippe Monserez peut être fier de sa mission dans le projet Scholen van Morgen. Un projet pharaonique dont on ne mesure pas encore toute la portée. - D.R.

Impossible de parler de la construction d’écoles en Belgique sans évoquer un méga-projet qui a comme cour de récréation la Flandre entière. « Scholen van Morgen » – c’est son nom – concerne la construction et la rénovation de 165 établissements scolaires répartis sur tout le territoire flamand. Pour un total de 700.000 m2. Rien que ça.

Initié il y a huit ans, il est aujourd’hui en phase d’achèvement en ce qui concerne la construction puisque 156 de ces écoles ont été réceptionnées et fonctionnent normalement. Neuf sont en phase de construction et sont attendues pour fin 2019.

Scholen van Morgen ne prendra toutefois pas fin à cette date. Il y a un an et demi, le gouvernement fédéral a, en effet, baissé la TVA sur la construction d’écoles en la faisant passer de 21 à 6 %. Conclusion : 160 millions d’euros ont ainsi « atterri » d’un coup de baguette magique sur la table des dirigeants du nord du pays qui ont décidé de les réinjecter dans la construction de 17 écoles supplémentaires (82.500 m2 au total) qui sont en phase d’introduction de permis. Achèvement prévu pour 2021.

C’est à cette date, et uniquement à celle-là, qu’un homme pourra respirer un grand coup et regarder avec fierté dans le rétroviseur. Cet homme s’appelle Philippe Monserez. Il est la cheville ouvrière du projet auprès d’AG Real Estate, l’un des trois actionnaires du projet avec le Gouvernement flamand et BNP Paribas Fortis.

Depuis le début de la phase opérationnelle fin 2011-début 2012, il prend inlassablement sa craie et inscrit au tableau noir les directives destinées à l’ensemble des personnes concernées. Quelques chiffres résument à eux seuls l’ampleur du projet. Entre 2015 et 2017, Scholen van Morgen a rétribué les entrepreneurs à raison de 300 millions d’euros par an. « A une époque, 125 chantiers étaient en cours en même temps, ce qui représentait 2.800 ouvriers à pied d’œuvre, explique Philippe Monserez. A ce jour, 80 millions d’euros ont été versés aux architectes et aux bureaux d’études. À raison de 50 euros de l’heure, faites le calcul : cela fait beaucoup d’heures de travail qui ont été consacrées au projet. »

Le plus incroyable dans l’histoire est que celui-ci n’a essuyé que six recours. « À un certain moment, nous avions une personne qui s’occupait à temps plein de la communication via des séances d’information à destination des riverains, explique Philippe Monserez. Le rythme de réalisation est lui aussi très parlant. En 2016, on ouvrait 2 écoles par semaine ; en 2017, c’était 1 par semaine et cette année, c’est 1 par mois. Nous réalisons quelque chose de réellement incroyable car au début, personne n’y croyait. »

Outre les 165 écoles, Scholen van Morgen prévoyait également 80 salles de sport. Mens sana in corpore sano, que celui qui n’a pas entendu cette maxime au moins une fois dans sa carrière d’élève lève le doigt avant de répondre… « Et il s’agit de salles de sport de compétition, insiste notre interlocuteur. Ce qui veut dire que beaucoup de petites équipes qui s’entraînaient auparavant dans de petites salles le font aujourd’hui dans des infrastructures incroyables. Plus de 80 % de nos écoles sont ouvertes pour la communauté après les heures de cours et les week-ends. L’impact sociétal est énorme. »

Pour mener à bien le projet qui repose sur un partenariat public-privé (PPP), il a d’abord fallu créer la société « DBFM (pour Design Build Finance Maintain) Scholen van Morgen ». L’actionnariat est détenu à 25 % par le public, à savoir le gouvernement flamand, et à 75 % par le privé, soit à parts égales entre AG Real Estate et BNP Paribas Fortis. Si la deuxième casquette d’AG Real Estate est, on l’a dit, celle de maître d’ouvrage délégué (qui coordonne et dirige les travaux), il en a également une troisième puisqu’il agit aussi en tant que financier, un des banquiers de l’opération n’étant autre qu’AG Insurance, la partie assurance du groupe AGEAS.

La question qui brûle les lèvres est la suivante : pourquoi un plan pareil n’est-il pas possible en Wallonie et à Bruxelles ? Philippe Monserez ne peut s’empêcher de (sou)rire avant de répondre. « Les gouvernements wallon et bruxellois ainsi que différents partis politiques m’ont invité à quelques reprises pour parler de Scholen van Morgen, dit-il. Je crois simplement qu’en Wallonie et à Bruxelles on n’ose pas prendre des engagements à long terme. Ce genre de projets nécessite l’engagement d’au minimum 2 ou 3 partis, comme ce fut le cas avec l’Open VLD, le CD&V et le sp.a côté flamand à l’époque. Aujourd’hui, le projet reçoit le support du CD&V, de l’Open VLD et aussi depuis 2014 de la N-VA. C’est beaucoup plus difficile à obtenir de l’autre côté de la frontière linguistique. Une chose est sûre : si un tel projet devait voir le jour côté wallon ou à Bruxelles, AG Real Estate est dans les starting-blocks ! »

Scholen van Morgen est en quelque sorte un système de leasing. En clair, les nouvelles écoles (qui constituent 95 % du projet, les 5 % restants étant des rénovations) payent un loyer aux actionnaires pendant 30 ans. Ceux-ci se chargent de l’entretien des bâtiments pendant toute cette durée et au terme des 30 ans, les écoles deviennent propriétaires de leurs établissements.

Même si sa mission n’est pas encore achevée, Philippe Monserez est conscient de la tâche accomplie jusqu’ici. Scholen van Morgen est un projet qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa carrière professionnelle, et même au-delà. « Nous avons créé une équipe enthousiaste avec un développement individuel indéniable car beaucoup ont plus appris en quatre ans qu’ils n’auraient pu le faire n’importe où ailleurs. »

Surtout, notre homme dit avoir été confronté à une très forte motivation de la part de tous, à savoir les directeurs d’établissements, le corps enseignant et même les élèves. « À chaque réception d’une nouvelle école, la fête était incroyable, se souvient-il. Il faut dire que certains directeurs attendaient leur nouvelle école depuis 15 ans, et même plus. Par ailleurs, depuis l’ouverture des nouveaux établissements, plus modernes et bien éclairés, les conditions de travail entraînent moins de stress et de jours d’absence. Les élèves aussi sont, paraît-il, plus enthousiastes… »

 
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