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La «télé poubelle» servie sur un plateau

Cyril Hanouna, Jean-Marc Morandini ou Eric Zemmour : les animateurs et invités qui font le spectacle ont la cote. Comme la téléréalité, plus scénarisée que jamais.

Temps de lecture: 4 min

Cyril Hanouna a-t-il dépassé les bornes ? Il y a quelques jours, l’animateur vedette de C8 a insulté les dirigeants de TF1. S’agaçant du supposé refus de ces derniers de voir Camille Combal, ex-C8 et nouvel animateur de « Danse avec les stars » sur TF1, être l’invité de « Touche pas à mon poste », Cyril Hanouna les a traités d’« abrutis » et de « cons comme la lune ». Résultat : plus de 70 signalements de téléspectateurs au Conseil supérieur de l’audiovisuel français. Quelques jours plus tard, ce dernier a été saisi par TF1 et a ouvert un dossier pour propos insultants. Le trublion du PAF, qui a admis « avoir pété un câble », est revenu faire le show le lendemain, comme depuis 8 saisons.

Déjà sanctionnée pour les frasques provocatrices de son animateur, C8 ne semble pas lui fixer de limite. Pire, Cyril Hanouna a signé un nouveau contrat de six ans avec la chaîne (on parle de 500 millions d’euros). Elle serait bête de ne pas le faire puisque l’animateur a fait de son émission le rendez-vous de pré-soirée. Avec une audience qui tourne autour du million de téléspectateurs depuis quelques saisons, « Touche pas à mon poste » séduit les jeunes… et les mamans. Ces ménagères chères aux annonceurs. Depuis la rentrée, Cyril Hanouna fait parler de lui, comme ses audiences plutôt moyennes. Elles sont plusieurs fois passées derrière celles de « Quotidien », l’émission de son éternel rival Yann Barthès sur TMC. Et même derrière celles d’Arte, le 7 septembre. « TPMP » n’a pas dépassé les 500.000 téléspectateurs ce jour-là. Ce qui lui a valu d’être battu par le magazine « 28 minutes » d’Arte. Après quelques modifications, le talk-show qui compile moqueries, canulars déplacés et autres buzz vulgaires a retrouvé son audience.

Adoré ou détesté, Cyril Hanouna a gagné sa place dans le paysage audiovisuel français. Comme un certain Jean-Marc Morandini, tout aussi décrié, pour ses pratiques journalistiques douteuses. Passé par Europe 1, aujourd’hui installé sur NR12, il est surtout à la tête d’un blog à son nom qui compte 2 millions de visiteurs par mois. Même s’il a l’art de transformer une rumeur en exclusivité, « JMM » est souvent sur les bons coups. L’animateur a plusieurs fois condamné la « trash TV » et se pose en chevalier blanc du petit écran. Encore un qui n’a pas sa langue dans sa poche. Amateur de spectacle, le public en redemande.

Encré dans l’ADN de la télévision d’aujourd’hui, il ne semble plus possible d’échapper, chaque année, à ce type d’émissions. C’est pour cette raison que le public attend avec impatience le retour des téléréalités à succès comme « Koh Lanta », sur TF1 (une moyenne de 600.000 téléspectateurs chez nous) ou encore « L’amour est dans le pré », sur RTL-TVi (un record à 678.000 téléspectateurs). Avec un écho exceptionnel sur les réseaux sociaux. Cette « trash-tv », qui comprend la téléréalité la moins tendre et les talk-shows comme celui d’Hanouna, frôle le degré zéro de la télévision. Celle qui n’informe pas, ne divertit pas. Elle déforme la réalité à coups de candidats scénarisés et fait passer les propos racistes, comme ceux d’Eric Zemmour dans l’émission de Thierry Ardisson, pour la normalité.

Selon François Jost, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle et directeur de la revue Télévision, la téléréalité a connu deux déplacements ces dernières années. Le premier concerne leur diffusion. « Elle est maintenant diffusée sur des chaînes qui ne font pas les plus grandes audiences. NRJ, par exemple. Elle a migré sur des plus petites chaînes pour devenir plus confidentielle », indique le professeur. La deuxième concerne son contenu. La téléréalité d’aujourd’hui est très différente de la première génération. « Elle est plus scénarisée. Les producteurs ont le dernier mot sur les objectifs et les épreuves des candidats, par exemple. Ce n’est plus fondé sur la vie filmée en direct mais sur des scénarios », estime François Jost.

La « télé-poubelle », ce sont des scénarios et des émotions servies sur un plateau aux téléspectateurs. Comme Jean-Marc Morandini l’indique dans un de ses livres, la « recette magique des 50 % de parts de marché c’est du cul, de l’angoisse et des larmes ». Même si, nous les Belges francophones, nous sommes encore épargnés des pires téléréalités (voir ci-dessous), ce que les grandes chaînes nous donnent à voir tous les soirs se rapproche de ces trois axes. « Ça tourne toujours autour de l’amour, des relations entre hommes et femmes. Cette télé s’adresse à des femmes seules et aux jeunes donc la téléréalité est diffusée dans des cases qui correspondent à ces publics », juge François Jost. Mais selon lui, la télévision est plus prude qu’il y a 20 ans. « Il n’y a plus de soirées de charme. Ça ne veut pas dire qu’on ne voit plus de poitrines à la télévision, mais moins ».

 

Les plus belles ordures de la télé-poubelle

Pauvreté, handicap, pornographie, misère sociale… la téléréalité belge francophone et française n’arrive pas à la cheville de nos voisins flamands, européens ou américains, passés maîtres dans l’art de la dramatisation des tabous. Petit tour du meilleur du pire, loin des talk-shows vulgaires ou de la téléréalité de nos écrans.

Responsable du pôle Multimédias Temps de lecture: 3 min

« Sex Tape ». La chaîne flamande Vijf en a fait le fleuron torride de sa grille de rentrée. Prétendu regard sociologique sur le couple flamand, l’émission verse dans le voyeurisme absolu en filmant la sexualité de couples ordinaires sous toutes leurs coutures. L’émission, dont la résonance sur les réseaux sociaux a gonflé le succès, a déchaîné la polémique au nord du pays sur les limites de la téléréalité.

« Go Where back you came from »(« Reviens d’où tu viens »). Programmée cet automne sur la chaîne polonaise TVN, l’émission se calque sur un concept qui a fait fureur en Australie. L’idée : faire vivre à six 6 Polonais, le parcours inverse de migrants, de Berlin au Kurdistan, en passant par la Méditerranée.

« Parovi »(« Couples », en français). Ce show serbe, ultra-trash, est diffusé 18 heures sur 24 sur Happy TV. L’idée : enfermer, pendant 6 mois minimum, dix candidats de préférence vieux, sales, bêtes et méchants, de l’ex-vedette sur le retour au trafiquant de drogue, en passant une prostituée en quête de gloire ou le président du parti radical serbe inculpé pour crimes de guerre par le TPI. L’un d’eux y est resté emprisonné 1 an et demi. A la merci de la production et du téléspectateur, ils doivent se plier à toutes les injonctions, absolument toutes…

« The undateables »(« Les incasables ») : Lancé en 2012 sur Channel 4, cette émission scabreuse met en scène les profils les plus affectivement désœuvrés inscrits dans les catalogues d’agences matrimoniales anglaises : personnes souffrant de maladies génétiques, au physique disgracieux…

« Maury ». Depuis 1991, outre-Atlantique, NBC met la vie privée à l’épreuve et en public avec ce talk-show qui invite des couples à se soumettre à des tests de paternité et au détecteur de mensonges. Le linge sale se lave en « live ».

« Entre Todos » sur, la chaîne (publique) RTVE, met en scène la misère d’Espagnols au fond du trou, en espérant susciter la générosité de téléspectateurs en larmes.

« The Sex Factor », la téléréalité américaine où 8 filles et 8 garçons sont prêts à tout pour devenir la prochaine star du porno.

« The Big Donor Show » ou comment, aux Pays-Bas, en 2007, la société de production Endemol a mis en scène une jeune femme en phase terminale d’un cancer du cerveau qui proposait à trois malades de recevoir ses reins après sa mort. Que le meilleur gagne.

Comment, enfin, ne pas évoquer ce programme de téléréalité japonais filmant une course de 20 mètres d’hommes nus avec un chien en rut sur le dos ?

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2 Commentaires

  • Posté par Deckers Björn, vendredi 21 septembre 2018, 19:23

    Martial, oui, bien évidemment, cela est raciste! Pour s'intégrer, selon les codes racistes de Zemmour, l'immigré devrait effacer son identité, son histoire. Ça, ce n'est pas de l'intégration, c'est de l'assimilation, par la force! L'immigré est obligé de se nier, de s'oublier, de s'occidentaliser pour être accepté théoriquement par les racistes. Ce qui, du reste, est totalement inutile, rien que la couleur de sa peau, contre laquelle il ne peut rien suffit de toute façon à en faire un paria pour les racistes, pour Eric Zemmour! Oui, Eric Zemmour un raciste total! Et c'est une honte que les télés et radios françaises continuent à laisser parler ce pauvre garçon que la nature n'a pas gâté et qui passe sa vie à se venger sur d'autres plus faibles que lui, avec une lâcheté confondante!

  • Posté par Watrin Martial, vendredi 21 septembre 2018, 17:47

    Quels sont les propos jugés "racistes" tenus par Zemmour? Sa conviction que les immigrants installés en France devraient donner à leurs enfants pour favoriser leur intégration des prénoms "français" plutôt que conformes à la tradition de leur propre culture? Si c'est le cas, en quoi cette opinion est-elle raciste? Imaginons la réciproque : dirait-on d'un journaliste japonais, sénégalais, etc. qu'il est raciste s'il demandait à des étrangers nouveau venus dans son pays de choisir un prénom local pour ses enfants?

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