La rentrée de Brussels Art Auctions

La vente compte plus de 300 lots dont quelque 130 numéros issus d’une collection rassemblée au fil du temps par un couple qui a assidûment fréquenté les salles de ventes jusqu’au début des années 2000. Aujourd’hui, leur collection – dont les œuvres étaient volontiers prêtées pour des expositions – est dispersée par les héritiers qui l’ont mise entre les mains de Philippe Serck, qui se souvient leur avoir vendu certaines pièces dans d’autres murs ! Drôle de situation pour ce spécialiste dont la mémoire visuelle est impressionnante. Fier de cette manne, l’homme nous pilote d’une cimaise à l’autre de la salle de la rue Allard, passant de la peinture ancienne des maîtres du XVIIe flamand à quelques pièces rares (comme cette huile de Wiertz) ou cette exceptionnelle nature morte de Gustave Van de Woestyne, peinte vers 1930 et estimée parmi les plus chères de la vacation : 30-40.000 euros. Cette Coupe de fruits, vase de fleurs et carafe est de belle provenance (baron Paul de Launoit Marcel Wodon) comme la plupart des pièces qui ont conservé leurs étiquettes.

Chronologiquement

J. Van der Veken. Lot 155.
J. Van der Veken. Lot 155. - d.r.

On retiendra une huile sur toile de Pieter Neeffs I (1578-1656/61) reprenant son thème de prédilection puisqu’il s’agit d’un Intérieur d’église avec des personnages (estimation 6-8.000 euros). Le peintre, reçu à la Guilde d’Anvers en 1609, excella surtout dans la reproduction des monuments d’architecture (intérieur d’église) et rendit la perspective d’une manière admirable, grâce notamment à l’influence des œuvres architecturales de Hans Vredeman de Vries (1527-1609). Le travail de la couleur et de la transparence confère à l’ensemble une profondeur encore accentuée par le jeu des colonnes, retables et personnages (même un chien) qui animent la scène. Des peintres comme Teniers, Pieter Bruegel le Jeune, Sébastien et François Franck et quelques autres artistes (ici Frans Francken III d’après le monogramme) l’aidaient à exécuter les nombreux personnages qui figurent dans ses tableaux. Sa production fut très abondante et il est très difficile de la distinguer de celle de ses fils. On parle de plus de 400 tableaux qu’il réalisa avec des collaborateurs et ses deux fils Lodevick et Peeter. Des œuvres de Pieter Neeffs I sont conservées dans de nombreux musées dont celui des Beaux-Arts de Rouen, aux Offices, à la Wallace Collection ainsi qu’à la Maison Rubens. Passons ensuite à une œuvre attribuée à Louis de Caullery (c. 1580 - 1621/22) montrant Sémiramis chassant le lion à la porte de Babylone, une huile sur panneau attendue autour de 5-7.000 euros. Né à Caullery (près de Cambrai), Louis de Caullery se rend à Anvers tout jeune, vers l’âge de 15 ans, où il est probablement l’élève de Frans Francken le vieux et de Joos de Momper. Reçu maître de la Guilde de Saint-Luc d’Anvers en 1602, il voyage en Italie résidant à Venise, Florence et Rome où il a probablement fréquenté Le Caravage et Rubens. Il revient à Anvers entre 1605 et 1610. Décédé à Anvers, il possède des œuvres dans plusieurs musées dont ceux de Metz et de Cambrai. L’huile sur panneau qui lui est attribuée reprend la figure légendaire de Sémiramis, fondatrice de Babylone dont l’histoire nous est principalement rapportée par Ctésias de Cnide et Diodore de Sicile. Citons aussi une très belle et grande scène montrant La poissonnière de Jean-Baptiste De Saive (1540-1624) mentionnée dans une exposition qui s’est tenue au Musée des Beaux-Arts de Gand en 1986 et annoncée autour de 7-10.000 euros. Notons encore une scène d’auberge au crayon par Jean-Baptiste Madou de 1861 (850-1.200 euros), plusieurs Wappers, une élégante Jeune femme au petit chien d’Alfred Stevens, une étude de Guillaume Vogels… et une œuvre de l’un des plus grands faussaires de l’histoire, Van der Veken qui se prend à s’y méprendre pour R. Van der Weyden avec une Mater Dolorosa, que l’on pourra acheter 500-700 euros !

Art Moderne

Sous cette rubrique sont repris pêle-mêle un paysage de Rops, un traditionnel moulin de Jakob Smits (exposé en 2005 au musée Charlier et estimé 3-5.000 euros), un très beau Jeune gamin à la pipe de 1903 dû à Léon Frédéric, une marine au soleil couchant de Permeke, un magnifique petit Emile Claus intitulé Les Rochers rouges. Cette huile à la matière onctueuse, signée et datée de 1914, provient de la galerie Giroux. Elle se distingue par la qualité du rendu de l’eau tumultueuse et de ses embruns et pourra être acquise pour un montant de 8-12.000 euros. Relevons également plusieurs Floris Jespers dont une Scène africaine (estimation 1.500-2.000 euros) et un arlequin églomisé malheureusement irrémédiablement fêlé, un Jan Brusselmans, un F. Toussaint, un très beau paysage de Lucien Frank et des œuvres de Permeke, Somville, J.-J. Gailliard, Vandercam, Masereel ou Fini. A voir dès le 5 octobre au Sablon.

 
 
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