Martine Vanden Driessche, ex-journaliste du «Soir», nous a quittés

Martine Vanden Driessche s’est éteinte à 68 ans.
Martine Vanden Driessche s’est éteinte à 68 ans. - D. R.

Tout qui a croisé son chemin vous le dira : cette femme était un volcan. Avec ce que cela suppose d’embrasements, d’explosions, d’éruptions – avec répliques –, de fertilisation et de dégâts collatéraux. La première fois que vous la rencontriez, vous le mesuriez d’emblée : pas une seconde passée en sa compagnie ne serait banale, d’autant que, de sa voix de basse incomparable, elle maniait un vocabulaire aussi râpeux à l’oral qu’il était châtié à l’écrit.

C’est Yvon Toussaint, le rédacteur en chef du Soir de l’époque qui était allé chercher cette jeune femme très élégante, aux cheveux noirs de jais, diplômée en journaliste de l’ULB et qui écrivait alors pour le magazine « Spécial ». Ses scoops monopolisaient la revue de presse matinale radio de la RTBF, qu’elle avait d’ailleurs présentée en début de carrière. Dès son arrivée au Soir, en 1982, elle contribua à renforcer une équipe économique naissante : les journalistes étaient très branchés sur la macro, Martine, elle, ne jurait que par le micro. Sa connaissance du secteur de la grande distribution, des entreprises belges et des hommes qui les dirigeaient, a tout de suite donné au Soir un poids sur ce terrain. Mais plus que sa connaissance, ce furent sa pugnacité, son audace, sa manière d’aller chercher l’information et de forcer des chefs d’entreprise pourtant peu bavards à « cracher le morceau » (pour parler le « Vanden Driessche »), qui étaient exceptionnels.

L’OPA sur la Générale de Belgique, en 1988, assiéra définitivement sa réputation dans notre profession. Durant des jours et des nuits, elle suivra cette saga historique pour la Belgique, en révélant les moindres soubresauts sans se soucier de se fâcher avec quiconque. Elle écrira dans la foulée « Poker d’enfer » paru chez Fayard, qui fut un best-seller immédiat.

Papoose

Après la Générale, la bouillante journaliste eut envie de faire les choses elle-même, et non plus seulement de les raconter. Elle proposa d’abord un MBO aux propriétaires du Soir, mais ne rencontra pas d’intérêt pour ce projet mené avec Jean-Jacques Coppée, banquier chez Duménil-Leblé qu’elle avait croisé dans l’entourage de Carlo De Benedetti durant la fameuse OPA. Elle quitta alors la rédaction pour créer le magazine pour enfants Papoose. Ses enfants, Frédéric et Anne-Sophie, étaient alors devenus l’autre centre de sa vie. Papoose ne vivra guère et Martine deviendra alors la propriétaire et patronne de Macadam, le gratuit français pour les sans-abri. Elle devra renoncer quelques années plus tard : son projet suscitait une forte polémique dans un secteur où business et charité ne font pas bon ménage. Elle mettra alors un terme à sa vie professionnelle, ouvrant durant quelques années à Watermael-Boitsfort, un magasin d’objets du monde qu’elle ramenait de ses grands périples réguliers. Elle lisait Le Soir avec voracité et férocité, comme toujours, la porte ouverte à ses amis de l’époque.

Je me dois ici de rendre à « MVdd » – les initiales de sa signature – un hommage personnel : je lui dois le peu que je sais de la traque à l’info et quelques insultes jouissives qui figurent désormais dans mon vocabulaire. Martine Vanden Driessche était une femme libre, dotée d’un tempérament de feu. Pour le meilleur et pour le pire.

La rédaction et la direction du Soir présentent leurs condoléances à ses enfants Frédéric et Anne Sophie, ainsi qu’à sa sœur Annette et à leur famille. Les obsèques ont eu lieu ce vendredi 28 septembre à 14h30 dans l’intimité.

 
 
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