Jusqu’à 417 heures de risque de pénurie d’électricité cet hiver

Jusqu’à 417 heures de risque de pénurie d’électricité cet hiver
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L a pénurie d’électricité, c’est comme le monstre du Loch Ness, tout le monde en parle mais personne ne l’a jamais vu », nous écrit un lecteur. Il n’est pas le seul à défendre cette théorie. Cette lassitude en fait. En considérant que, quand l’actualité est un peu creuse, quand l’hiver approche, les médias resservent chaque année la même soupe : le spectre d’une coupure de courant.

Certes, cette question n’est pas neuve. Et elle revient sur le tapis plus souvent qu’à son tour. A tort, les derniers hivers. Sauf pour l’hiver 2014-2015, année où le parc nucléaire enchaînait déjà les tuiles (sabotage, microfissures). Mais, cette fois, les chiffres sont différents. Bien pire. De quoi tirer la sonnette d’alarme.

Le Soir a en effet mis la main sur les dernières estimations d’Elia, le gestionnaire de réseau. Ces chiffres sont issus d’un document daté du vendredi 28 septembre. Ils prennent en compte les 750 MW supplémentaires dénichés la semaine dernière par la task-force spéciale, mise sur pied par la ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem.

Verdict ? Il manque entre 1.000 et 1.200 MW pour passer l’hiver à l’abri. Comprenez : pour réduire à zéro (ou presque) le risque de coupure de courant volontaire cet hiver (le délestage). Ce manque correspond à l’équivalent d’un réacteur nucléaire. Or on ne voit pas bien quelles sont les marges de manœuvre dont la Belgique dispose encore.

De 267 à 417 heures

Quid si l’on ne trouve pas ces capacités ? Il existe un risque, sérieux, de devoir actionner le plan de délestage. Les chiffres d’Elia donnent le tournis : le risque de pénurie est de 267 heures, en cas d’hiver normal. Et il grimpe à 417 heures en cas d’hiver particulièrement rude. Des chiffres liés aux informations disponibles vendredi dernier. Et qui sont encore susceptibles d’évoluer (« ils sont actualisés au jour le jour », entend-on).

Arrêtons-nous un instant sur la signification de ce chiffre. Dans le jargon, on parle du LOLE (Loss of Load Expectation). Selon la définition légale, il s’agit du « nombre prévu d’heures pendant lesquelles la charge ne pourra pas être couverte par l’ensemble des moyens de production à disposition du réseau électrique belge, tenant compte des interconnexions ». Autrement dit, le nombre d’heures durant lesquelles la consommation des Belges risque de ne pas être couverte par les moyens de production (importation comprise). Dès qu’il manque, ne fut-ce qu’un mégawatt durant une heure, le LOLE augmente. Même si une pénurie d’un MW ne devrait pas provoquer d’activation du plan de délestage. Le chiffre représente donc le nombre d’heures de risque de pénurie d’électricité. Mais pas le nombre d’heures où il sera nécessaire d’activer le plan de délestage (inférieur).

Dans la « loi électricité », il est pourtant prévu que « le niveau de sécurité d’approvisionnement est défini par (...) un calcul de LOLE inférieur à 3 heures » dans le cas d’un hiver normal. Et à 20 heures pour un hiver glacial. On explose donc complètement ce critère légal. Et c’est la première fois que la situation est à ce point critique. Les hivers précédents, la constitution d’une réserve stratégique a toujours permis de passer sous les seuils de LOLE imposés par la loi. On était donc à l’abri de toute pénurie. A l’exception de l’hiver 2014-2015. A l’époque, malgré la constitution d’une réserve stratégique, le risque de pénurie était estimé à 49 heures en cas d’hiver standard, et à 116 heures pour un hiver exceptionnel. Le début de l’hiver ayant été particulièrement doux, et un réacteur étant revenu sur le marché fin décembre 2014, le délestage a pu être évité.

Des acteurs bien silencieux

La situation actuelle est donc incomparable avec le passé. Jamais le nombre d’heures durant lesquelles l’offre électrique risque d’être insuffisante pour répondre à la demande n’a été si élevé. 267 heures en cas d’hiver normal ! C’est tout simplement énorme. En coulisses, nos interlocuteurs confirment : le risque de délestage est réel. « Il va falloir délester », assure même un cadre du secteur. Pourtant, le mot semble tabou. La ministre Marghem estime qu’il est trop tôt pour en parler. Il y a quatre ans, on lançait des campagnes de sensibilisation pour inciter les ménages à réduire leur consommation. On communiquait sur le fonctionnement du plan de délestage. Ici : rien de tout cela. Certains acteurs semblent même avoir reçu la consigne (politique) d’éviter de parler du délestage. Pour ne pas effrayer les gens. A deux semaines des élections communales, mieux vaut éviter les sujets qui fâchent.

La ligne de communication de la ministre libérale est claire : elle cherche des solutions. Son chef de parti, Olivier Chastel, embrayait dimanche sur RTL. « Je suis quasiment sûr qu’on trouvera les solutions pour éviter tout délestage en hiver ». Mais les chiffres ne trompent pas : la crise de la sécurité d’approvisionnement est là. Et bien là.

 
 
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