Naturalisme flamboyant

Darwin, Sinke & Van Tongeren, série des «
Poses inconnues
», photographies, 40x40
cm, ou 113x90 cm.
Darwin, Sinke & Van Tongeren, série des « Poses inconnues », photographies, 40x40 cm, ou 113x90 cm. - Darwin, Sinke & van Tongeren.

Sur internet, on les découvre dans des poses et des atours d’un autre temps, fumant la pipe en compagnie de Darwin, maître auquel ils vouent une admiration suffisante pour avoir choisi de placer son patronyme avant le leur ! Voici deux artistes hautement singuliers sur la scène de l’art émergent : actifs depuis 2011, Ferry Van Tongeren et Jaap Sinke sont à la fois des créateurs et des artisans, qui ont réussi le pari de réinventer le procédé taxidermique pour créer des images et des installations sublimant leur savoir-faire. Pour la petite histoire, Damien Hirst a acquis l’entièreté des œuvres exposées lors de leur deuxième solo show londonien en 2015 ! A Bruxelles, on les avait découverts à la Galerie Desmet il y a deux ans, où ils étaient déjà présentés par Jonathan Kugel. Cette fois, c’est un somptueux solo qui leur est consacré dans la nouvelle galerie de ce dernier, alors que leur premier livre vient de paraître et qu’ils exposent également à New York au même moment.

Darwin, Sinke & van Tongeren.

Inspiré de la peinture baroque, leur sens de la composition et des couleurs renvoie à une vision intemporelle du Beau tout en dénonçant une problématique contemporaine : la disparition de la biodiversité. Sur fond blanc, les dépouilles d’animaux s’offrent au regard dans des « poses inconnues » travaillées avec précision, étrangement apprêtées dans leur bain antioxydant tandis que sur fond noir, les mêmes animaux, cette fois parfaitement empaillés, se combinent à des éléments qui font référence au Baroque avec, çà et là, un discret élément contemporain – une paire de gants en plastique oubliée là par inadvertance ? Mais rien n’est ici laissé au hasard et le souci du détail est poussé le plus loin possible : « On sent bien la grande compréhension qu’ils ont de leurs références, de la composition, de la lumière : tout est extrêmement précis et étudié », explique Jonathan Kugel, codirecteur du lieu. Dans un domaine relativement mal considéré, les deux artistes appliquent une démarche rigoureuse et proposent une « taxidermie éthique » où chaque dépouille et chaque fibre est traitée comme un matériau précieux. « Ils ont un grand respect pour les animaux ; tous sont morts de façon naturelle sur le sol européen, et la traçabilité des dépouilles garantit leur éthique. En fait, ils les sauvent de la poubelle. Aujourd’hui, certains zoos préfèrent brûler les animaux pour éviter les scandales et la taxidermie est le plus souvent mal vue. Tout est très surveillé dans ce domaine et nous documentons tout ce que nous présentons. Les pièces d’histoire naturelle, les fossiles : tout est importé dans les règles de l’art. »

Éclectisme revendiqué

Darwin, Sinke & van Tongeren.

Creusant sans relâche le même sillon, Jonathan Kugel et son associé, Nathan Uzal, défendent une vision humaniste de l’art en présentant aussi bien des œuvres d’art contemporain que des pièces anciennes, ainsi que des objets d’histoire naturelle. Leur devise : être en quête perpétuelle d’objets uniques d’où naissent des émotions et qui offrent l’opportunité de se perdre dans la contemplation. « Nous venons de nous associer avec deux spécialistes italiens experts en météorites, fossiles et os de dinosaures pour couvrir un spectre de plus en plus large dont le dénominateur commun est notre curiosité et notre passion pour les belles choses rares. C’est finalement une association tout à fait naturelle qui nous permet de mélanger les publics et de combiner nos différentes spécialités. La seule difficulté est de trouver notre place dans le monde des foires, le plus souvent spécialisées dans un seul de ces domaines, mais on va continuer à pousser la qualité pour montrer que ce qu’on fait a sa place dans le paysage artistique. Sans diversité, il est impossible de collectionner ! »

Amoureux du quartier du Sablon, Kugel était lui-même antiquaire avant de se reconvertir à l’art contemporain. Installé dans un hôtel de maître fraîchement rénové, il entend bien dépoussiérer l’image du vieil antiquaire entouré d’objets pour combiner les genres et proposer des pièces de grande qualité. « J’adore ce quartier, l’expertise des marchands qui s’y trouvent et la qualité de leurs propositions. On est ici pour y rester. »

The Angels are above. Fine Taxidermy by Darwin, Sinke & Van Tongeren , jusqu’au 27 octobre, du mardi au samedi de 10h30 à 18 h, Galerie Art Sablon, 16 rue Watteu, 1000 Bruxelles. www.artsablon.com

 
 
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