La magie «Beistegui» fait encore recette!

Dans la famille Beistegui, il y avait aussi Juan, « Johnny » pour les intimes, disparu il y a quelques mois à 87 ans. L’époux d’Annick de Rohan Chabot, qui préface le catalogue, avec Maryvonne Pinault, l’épouse du propriétaire de Christie’s, était surtout un collectionneur de dessins anciens. Mais bon sang ne peut mentir et Juan était le digne neveu de Charles de Beistegui (1895-1970), dont l’œuvre fut l’aménagement du château de Grousset en région parisienne, maison qu’il acquit en 1938, dix ans avant l’achat du palais Labia sur le Grand Canal de Venise. Adepte de la grande décoration, homme du monde, Charles pouvait s’offrir ce faste grâce à l’importante fortune familiale héritée de ses grands-parents, propriétaires de mines d’argent au Mexique, mais qui durent le quitter après la chute en 1867 du règne de l’empereur Maximilien, époux de la princesse Charlotte de Belgique. En juin 1999, la dispersion des collections de Charles de Beistegui reste dans toutes les mémoires. Cette vente phare de la fin du XXe siècle incluait également des objets acquis par Juan…

Vestiges

Bien que comportant quelques lots de premier choix, la vente Juan de Beistegui ne pouvait rivaliser avec celle de son oncle. Elle rapporta près de 7,8 millions d’euros dans son ensemble, un résultat qui correspond aux attentes de Christie’s. Ces objets de grande décoration, plus à la mode entre 1950 et 1970, ne constituent plus la priorité de la plupart des collectionneurs d’aujourd’hui, mais ils gardent fort heureusement encore leurs amateurs. Prudente, Christie’s avait demandé à un galeriste d’art contemporain, que l’on dit proche de François Pinault, de donner un coup de pied dans la fourmilière. Un gentil coup de pied cela dit, avec des œuvres pas bien agressives, des jolies choses qui ne perturbaient pas le côté feutré des salons de la maison de ventes de l’avenue Matignon. Un peu d’art contemporain décoratif ne fait jamais de tort…

Enchères

Le meilleur prix de la vacation, soit 727.500 euros, alla à une paire de gaines d’époque Louis XIV par André Charles Boulle datant du début du XVIIIe siècle. Hautes de 129 cm, elles étaient préalablement estimées entre 500.000 et 800.000 euros. Également vendu dans sa fourchette d’estimation (400.000 à 600.000 euros), un bureau de pente d’époque Louis XVI estampillé par Martin Carlin vers 1780 s’est échangé contre 583.500 euros. À la troisième marche du podium vient un ensemble (le dernier en mains privées) de manuscrits sur les expéditions de Dupaix accompagné de dessins originaux de Castañeda pour lequel on offrit 439.500 euros sur la base d’une estimation de 200.000 à 300.000 euros. Datant d’environ 1821, ces documents sont les témoins de l’expédition au Mexique ordonnée par le roi d’Espagne Charles IV.

Souvenirs

Aux côtés de ces prix qui consacrent des pièces de musée, les bourses moins garnies pouvaient aussi trouver leur bonheur pour quelques milliers d’euros. Le lot le plus abordable, 750 euros, était constitué par un nécessaire de cheminée de style Louis XVI, mais datant de la fin du XIXe siècle… En faisant un petit effort, il était possible de repartir contre 2.500 euros avec une figure en terre cuite moulée haute de 34 centimètres créée en 1785 par le sculpteur français Pierre-François Berruer. Le temps d’une vente, Paris s’est souvenu des Beistegui, par ailleurs grands mécènes des musées français.

 
 
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