Boni & White une vie d’art

Paolo Boni. « Sans titre »,  1969, inox sur âme bois, 65 × 40 cm, 25.000 euros.
Paolo Boni. « Sans titre », 1969, inox sur âme bois, 65 × 40 cm, 25.000 euros. - d.r.

Ils se rencontrent à Florence en 1949 et ne se quitteront plus : voici résumée en une ligne l’histoire de ce couple hors du commun dont la vie sera entièrement vouée à l’art. Américaine, Cuchi White (1930-2013) effectue un grand tour d’Europe en compagnie de sa famille lorsqu’elle rencontre Paolo Boni (1925-2017), étudiant au « Liceo Artistico » de Florence, pris sous son aile par le sculpteur Corrado Vigni. Issu d’un milieu paysan, né dans le village toscan de Giotto et Fra Angelico, Boni a travaillé dans une usine florentine jusqu’à la fin de la guerre avant de décider de s’adonner à la peinture. Les deux jeunes artistes échangent une correspondance enflammée jusqu’à ce que Katherine White quitte les Etats-Unis pour l’Europe en 1953. Le couple se marie en Italie et, l’année suivante, s’installe à Paris. Boni y travaillera toute sa vie, se dédiant à la peinture et à la « graphisculpture », terme inventé en 1970 pour qualifier la spécificité de ses gravures. Touche-à-tout talentueux, il réalise également quelques rares sculptures, travaille le relief sur bois ou métal, le collage, réalise des commandes publiques - notamment pour la Régie Renault, en 1969 - et connaît assez rapidement le succès, sans pour autant le rechercher. Expérimentateur, solitaire et indépendant, Paolo Boni a cheminé sans faire de concessions aux tendances du marché ou à la critique de son temps. Luxuriante, abondante, son œuvre s’impose par sa richesse créative, représentative d’une vie intense dédiée au travail.

1.500 pièces en cours d’inventaire

Paolo Boni. « Sans titre »,  1969, inox sur âme bois, 65 × 40 cm, 25.000 euros.
Paolo Boni. « Sans titre », 1969, inox sur âme bois, 65 × 40 cm, 25.000 euros. - d.r.

Très indépendant, le couple se lie d’amitié avec de nombreuses personnalités de leur temps : Gino Severini, qui préface la première exposition de Boni à la Galerie Voyelle en 1956, Michel Butor, Maurice Roche et Georges Perec, avec qui Boni réalise des livres d’artistes – on en dénombre près d’une vingtaine. Comme beaucoup d’artistes, ils migrent fréquemment vers le sud, à Vallauris, et se lient d’amitié avec Christine Boumeester et Henry Goetz, artistes d’une génération antérieure et grands passeurs, qui ont notamment été les découvreurs de Nicolas de Staël. De son côté, Cuchi White poursuit sa quête personnelle par la photographie, qu’elle pratiquait déjà à la fin des années 1940 à Brooklyn. Dès 1949, elle participe à la dernière exposition de la Photo League : ses vues de Brooklyn traduisent son fantasme de bourgeoise pour les scènes de rue et la vie des quartiers populaires de New York, qu’elle abandonne progressivement au profit de ce qui l’animera toute sa vie – l’architecture, les reflets, les bateaux et les ponts, tout ce qui reflète la modernité. En 1958, elle abandonne le noir et blanc au profit de la couleur, et la figure humaine s’efface peu à peu de ses images, tout comme elle disparaît pendant un temps des tableaux de Paolo Boni, tenté, comme tous les artistes de sa génération, par l’abstraction. Il exposera même avec les peintres de l’Ecole de Paris et connaîtra le succès grâce à ses monochromes, pour ensuite réaliser que cela l’ennuie… Car cela aussi les rassemble : une farouche revendication de leur liberté esthétique, sans se cantonner à la mode ou à l’esprit du temps. Voilà sans doute ce qui explique la discrétion de Boni, bien que ses œuvres soient présentes dans de nombreux musées et collections privées, dont le MoMA, la Public Library ou la Bibliothèque nationale de France.

Après trois ans de recherches dans les archives et le fonds des deux artistes, désormais géré par leur fille unique, Carla Boni, Mathilde Hatzenberger œuvre désormais au rayonnement de ces deux figures disparues sur la pointe des pieds. Après une première exposition proposant une immersion dans l’œuvre de Boni à Paris en janvier dernier, une deuxième a ouvert ses portes à New York en mars pour présenter aussi les photographies « de jeunesse » de Cuchi White. L’ensemble réuni à Bruxelles cet automne offre un avant-goût d’une double œuvre extrêmement inventive, loin des modes et des diktats artistiques.

Correspondances. Paolo Boni & Cuchi White , jusqu’au 27 octobre, Mathilde Hatzenberger Gallery, jeudi et vendredi de 11 à 18 h, samedi de 12 à 18 h,

145 rue Washington, 1050 Bruxelles, 0478-84.89.81, www.mathildehatzenberger.eu

 
 
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