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Footbelgate: les clés du système Mogi Bayat

L’agent est soupçonné d’avoir mis en place des constructions financières pour maximiser ses profits au détriment des clubs.

Décodage - Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Que reproche-t-on à Mogi Bayat ? Le parquet fédéral lui reproche des manipulations frauduleuses sur les transferts de joueurs afin de maximiser sa commission d’agent « portant ainsi préjudice aux intérêts des parties pour lesquelles il agit ». En résumé, on lui reproche de ne pas s’en tenir aux commissions déclarées dans le système Fifa TMS (qui officialise et reprend tous les transferts). Deux mouvements de joueur sont dans le viseur : l’un vers le Spartak de Moscou (Mogi a réalisé les transferts du Gantois Samuel Gigot cet été et celui de l’Anderlechtois Sofiane Hanni en janvier 2018) et de Henry Onyekuru d’Eupen à Everton avec location immédiate à Anderlecht en janvier également.

Des constructions financières auraient été mises en place pour cacher ces manipulations aux clubs et aux joueurs concernés. Contrairement à l’affaire Dejan Veljkovic, le parquet ne soupçonne aucune implication des clubs de D1 dans le système Mogi pour lequel l’ancien directeur général de Charleroi aurait eu recours à toute une série de prête-noms (agents de joueurs complices ou autres personnes en France, Angleterre et Luxembourg). Pour récupérer l’argent de ces commissions cachées, il utilisait le compte tiers de Laurent Denis, ex-avocat du sport, déjà condamné pour abus de biens sociaux dans le financement de La Louvière (un soubresaut de l’affaire Ye) mais qui officiait toujours, notamment pour le compte d’Anderlecht pour lequel il rédigeait les contrats de joueurs. Sa présence au sein du monde du foot belge, après avoir été mouillé dans l’un des plus grands scandales de notre football, avait déjà suscité l’incompréhension. Il n’avait pas été radié du barreau de Bruxelles qui attendait la fin de sa longue saga judiciaire. Dans celle-ci, Laurent Denis a utilisé tous les recours possibles (allant même jusqu’à la Cour de Cassation). Sa condamnation définitive n’a finalement été actée qu’en octobre 2016 ! Selon nos sources, le barreau lui a alors laissé le choix de partir avant d’être radié. Ce qu’il a fait, mettant fin à ses activités d’avocat le 1er septembre dernier.

Comme tout avocat, Laurent Denis possédait un compte tiers, à savoir un compte bien distinct de son compte professionnel sur lequel transitait de l’argent qui ne lui appartenait pas mais auquel il avait accès. Ce compte sert notamment à recevoir les dommages et intérêts éventuels de ses clients et n’est donc pas destiné à faire transiter de l’argent en sa faveur. Or, la justice le soupçonne de l’avoir utilisé pour recueillir l’argent que Mogi Bayat récupérait par la suite en espèces. Laurent Denis avait déjà utilisé ce compte tiers dans l’affaire du White Star. Ce que beaucoup avaient qualifié d’imprudence.

Carrousel à la TVA

Reste alors le volet des montres de luxe. Sans doute le plus croquignolesque de l’histoire. Le parquet soupçonne Mogi Bayat d’avoir utilisé des montres de luxe comme cadeaux d’affaires. Ils ont en effet saisi des boîtiers vides de montres de luxe pour une valeur de 8 millions d’euros. D’après le parquet, ces montres semblent avoir été frauduleusement dédouanées à plusieurs reprises afin de récupérer le montant de la TVA. Qu’entend-on par là ? Il semblerait que Mogi Bayat ait fait marcher ce qu’on appelle le carrousel TVA. Il s’agit d’une fraude impliquant plusieurs entreprises européennes d’au moins deux pays différents de l’Union. Prenons un exemple : le fraudeur crée une société bidon (A) dans un pays puis achète une montre à une société (B) établie dans un autre pays. Comme il s’agit de deux sociétés européennes, cet achat se fait hors taxe. « A » vend ensuite la montre dans une société « C » établie dans le même pays que « A ». Cette vente comprendra la TVA de 21 % qu’elle pourra récupérer via le trésor par la suite. La société « A » devra, elle, payer la TVA mais comme il s’agit d’une société bidon, elle n’existe souvent plus quand le Trésor lui réclame la TVA trois mois plus tard. Pendant ce temps, le carrousel a souvent tourné plusieurs fois entre « A », « B » et « C ». Cela peut se faire sans risques tant que le fisc n’établit pas de lien entre les sociétés. C’est pour cela que les trois sociétés sont dirigées par trois personnes différentes, dont deux prête-noms.

 

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3 Commentaires

  • Posté par Bigdeli Faramarz, vendredi 12 octobre 2018, 13:25

    C'est Bayat qui a fait le plus de transferts et est le plus médiatisé et du coup, l'amalgame est assez vite fait. Ce qu'il a fait est ce que font tous les agents même si, quand on les interviewe , ils prétendent le contraire. Mais, probablement, il a été plus imprudent que les autres agents surtout en travaillant avec l'ex avocat Denis.

  • Posté par Chique Damien, vendredi 12 octobre 2018, 12:02

    C'est lui qui a fait le moins et on ne cite que son nom, pourquoi pas autant d'articles pour ceux qui ont trafiqués le score de matchs ???

  • Posté par Monsieur Alain, vendredi 12 octobre 2018, 9:45

    C'est les supporters qui doivent être contents.

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