La Belgique parlera-t-elle un jour le MLS?

Le Congrès annuel de Federia s’est déroulé dans la salle du casino à Spa.
Le Congrès annuel de Federia s’est déroulé dans la salle du casino à Spa. - michel hocks.

MLS, trois lettres qui signifient en anglais « Multiple Listing Service ». La traduction (littérale) en français donnerait ceci : un listing de services multiples. En clair, il s’agit d’une vaste plateforme informatique mise à disposition des agents immobiliers. Cette MLS existe notamment depuis de nombreuses années aux Etats-Unis et au Canada.

De quoi parle-t-on ? Il s’agit d’un listing où sont recensés tous les biens à vendre par pays, ville voire par quartiers. Moyennant une inscription annuelle, un agent immobilier qui rentre un bien en portefeuille est obligé de l’inscrire (endéans les 48 heures) sur la liste. Celui-ci sera consultable quasiment en temps réel par tous les autres agents immobiliers, qu’ils soient vendeurs ou à la recherche d’un bien pour un client.

Complètement transparente, cette plateforme ouvre toutes grandes les portes aux multiples transactions qui peuvent ainsi être réalisées aux quatre coins d’un pays. Pour un agent immobilier vendeur, l’avantage est évident : son bien pourra être consulté par un nombre de clients potentiels bien plus vaste que ceux qu’il attirerait par ses propres canaux d’information (agence, sites internet…). Pour l’agent vendeur, ses recherches sont, elles aussi, grandement facilitées puisqu’en un coup d’œil, il a une photographie précise du marché en temps réel. Si une transaction s’opère, tant l’agent vendeur que l’agent acheteur perçoivent une commission sur la vente.

Descriptions précises

On précisera encore que les adhérents à cette MLS sont tenus d’avoir une approche très professionnelle de leur métier puisqu’il leur est, notamment, demandé d’apporter des descriptions très précises et extrêmement bien documentées de leurs biens. Ce système ouvert et collaboratif repose toutefois sur une obligation : la volonté de partager ses informations et… ses commissions.

Un tel système est-il possible en Belgique ? La question a été débattue lors du dernier Congrès annuel de Federia, la Fédération des agents immobiliers francophones de Belgique, qui s’est tenu à Spa. Face à 350 participants, un orateur québécois et un autre provenant de la Côte d’Azur (où le système a été introduit il y a une dizaine d’années) sont venus exposer les bienfaits du MLS. « Nous avons pu apprécier le professionnalisme qui se cache derrière ce système, explique Deborah Vanesse, la présidente de Federia. Sans avoir une boule de cristal, je suis persuadée que le MLS sera utilisé un jour en Belgique. Le marché évolue et si on veut garder ses parts de marché et répondre aux attentes de plus en plus grandes de nos clients, il est une excellente chose. »

Car d’ici quelque temps, ce sera peut-être au client de décider. S’il comprend que son bien a plus de chances d’être vu, et donc vendu, via le MLS que par son agent immobilier local, il n’hésitera pas longtemps à pousser ce dernier à « partager » son bien dans le système. « En Belgique, nous n’avons pas vraiment de chasseurs immobiliers qui recherchent des biens pour des clients car peu d’entre eux sont prêts à payer pour ce service, poursuit Deborah Vanesse. Avec le MLS, plus besoin de payer. Certains agents vont se spécialiser dans ce domaine. »

Surmonter la discrétion belge

L’immobilier en Belgique est un monde dont la réputation est d’être aussi hermétique qu’un port de confiture qui sort de confection. Essayer de trouver un agent qui vous communiquera le nombre de transactions qu’il a réalisées sur un an, vous n’en trouverez aucun. Et si vous leur demandez leurs gains, ils vous regarderont comme si vous leur aviez dit que la lune est carrée.

Difficile dans ce cas d’imaginer qu’ils seront prêts à divulguer leurs activités sur le MLS… « C’est vrai mais quand on est au pied du mur avec un chiffre d’affaires qui ne tourne pas comme il faut, on est plus enclin à entendre parler du MLS… », expose notre interlocutrice, propriétaire elle-même d’une agence (l’Immobilière Vanesse, à Oupeye).

A Spa, le message a-t-il été reçu cinq sur cinq ? « Je dirais que c’est du 50-50, sourit Deborah Vanesse. Après la conférence, beaucoup estimaient qu’il faut absolument mettre en place un système identique chez nous, et de toute urgence. D’autres étaient forcément plus réticents. Pourquoi iraient-ils partager leurs commissions alors que tout va bien pour eux ?… Mais par rapport à une précédente communication que nous avions faite sur le MLS, le secteur est aujourd’hui beaucoup plus réceptif. »

Federia explique qu’il a déjà évoqué la possibilité d’instaurer un MLS en Belgique avec son homologue flamand (le CIB Vlaanderen) et dit vouloir travailler en ce sens à l’avenir. De là à voir le MLS apparaître dans le microcosme immobilier belge l’an prochain, il y a un pas à ne pas franchir. « Il faudra sans doute une petite dizaine d’années encore avant de le voir apparaître et cela dépendra grandement des moyens que l’on aura à notre disposition, conclut la présidente. Mais parce qu’il est transparent et uniforme, le MLS permettrait à notre profession d’être plus professionnelle et d’avoir meilleure presse qu’aujourd’hui. »

A méditer…

 
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