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Comment vend-on un album posthume de Johnny?

« Mon pays c’est l’amour » s’est vendu à cent mille exemplaires avant sa sortie ce vendredi. La stratégie marketing de Warner, qui propose d’emblée 800.000 exemplaires à la vente, est imparable.

Décodage - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Il n’a pas fallu attendre le 5 décembre 2017, date de la mort de Johnny Hallyday, à l’âge de 74 ans, pour savoir que l’album qu’il enregistrait depuis le mois de mars allait être un succès. Tout le monde savait qu’il était gravement malade et qu’il s’agissait là sans doute de son dernier. Flanqué de son ami et producteur Maxim Nucci (Yodelice), avec qui il travaillait depuis l’album Rester vivant (2014), Johnny a participé activement au choix des chansons, aux arrangements et à l’enregistrement.

Au lendemain de sa mort, les fans se sont vite posé la question de savoir où en était l’avancement du disque et surtout quand il sortirait. Sébastien Farran, le manager de Johnny (et très très proche de Laeticia Hallyday, à en croire rumeur et témoignages), s’est empressé de rassurer celles et ceux qui ont pleuré le jour de l’hommage populaire rendu à leur idole. Le disque serait bien terminé par Nucci et les musiciens de Johnny. Et puis « l’affaire de l’héritage » est venue tout perturber. Laeticia d’un côté, Laura et David de l’autre, se déchirent pour contester le testament du chanteur. Il en faut plus pour enrayer la machine Warner Music, qui compte bien tirer profit de l’émotion nationale avec ce disque posthume qui s’annonce déjà comme la vente de l’année.

Dix chansons, pas plus

Les informations sont donc tombées au compte-gouttes, savamment distillées dans l’esprit de tous ces fans éplorés qui pour rien au monde ne voudraient manquer cette nouvelle pièce à leur collection. La firme de disques de Johnny ne veut pas attendre que les juges statuent sur le fond du différend entre les héritiers. Le 6 septembre dernier, Warner dévoile la pochette, le titre de l’album et sa date de sortie. Ce sera Mon pays c’est l’amour. Un choix très « mamour », comme disait sans cesse affectueusement Laeticia, catapultée directrice artistique. Le 15, la liste des titres est dévoilée et la précommande lancée sur internet. Les comptes Twitter, Facebook et Instagram de Johnny sont également réactivés, avec une nouvelle biographie et les informations commerciales sur le disque.

Dans sa stratégie, Warner décide de ne livrer aucun single, histoire de mieux préserver le suspense : un cadeau de Saint-Nicolas ou de Noël ne s’ouvre que le jour même. Très soucieuse de ne pas se mettre les fans (réputés sanguins) à dos, la firme de disques ne les oublie pas au moment de convier la presse, ce lundi 15, à une écoute unique du disque dans les locaux parisiens du groupe. Une conférence de presse suit l’écoute avec casque, animée par Thierry Chassagne (PDG de Warner Music France), son épouse Hélène-Rose Chassagne (directrice du label), le musicien Maxim Nucci, le manager Sébastien Farran et le directeur artistique de Warner, Bertrand Lambot. Ce dernier confirme que, sur les vingt-deux compositions initialement retenues et enregistrées, Johnny n’en avait gardé que dix pour les chanter. « Il n’y aura pas d’autres chansons que les dix de l’album », soutient-il.

Maxim Nucci précise que « Johnny a fait peu de prises pour chaque chanson ». C’est après sa mort qu’a été réalisé un montage des meilleures parties de sa voix. Les arrangements de cordes et vents, sous la direction d’Yvan Cassar, qui a souvent travaillé avec Johnny, ainsi que les ajouts instrumentaux par Nucci, Yarol Poupaud et les musiciens de Johnny, ont été décidés du vivant du chanteur mais réalisés après sa mort.

100.000 préventes

L’album, enregistré à Los Angeles, a été finalisé fin janvier 2018 avec le mixage du célèbre Bob Clearmountain, un autre familier de l’œuvre de Johnny. Ce vendredi, à 0 h 01, ce 51e  album studio de Johnny Hallyday est disponible à la vente sur toutes les plateformes digitales. Certains magasins ont d’ailleurs ouvert leur porte à minuit pour l’occasion. Sur le premier tirage de 800.000 albums mis en place, 100.000 ont déjà été vendus préalablement. Mon pays c’est l’amour est déjà disque platine avant même sa sortie.

Et Laeticia dans tout ça ? Pendant que les avocats des deux parties, nous dit-on, tentent de trouver un accord à l’amiable concernant l’héritage, la veuve de Johnny est rentrée à Paris pour assurer la promotion du disque. Elle sera ce vendredi au JT de TF1 et sur RTL, samedi entre 10 et 11 heures. Et c’est bien sûr à Paris Match qu’elle s’est confiée dans l’édition parue ce jeudi. Les partenaires historiques de Johnny ont été trop contents de répondre présents à l’événement. Est-il besoin de rappeler que, bon ou mauvais, ce disque sera le plus vendu cette année en France ? Non merci…

 

«Mon pays c’est l’amour», l’album posthume de Johnny: une voix intacte

Musicalement, c’est un album qui mêle la passion du chanteur pour le rock’n’roll et la country américaine.

Critique - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 2 min

Johnny a donc choisi lui-même les dix chansons retenues parmi les dizaines qu’il a l’habitude de recevoir pour chaque album. Pour la musique, il a tenu à faire confiance à Maxim Nucci dont il n’avait pas eu à se plaindre pour Rester vivant et surtout De l’amour, ces deux derniers albums à avoir dépassé la barre des trois cent mille pièces vendues.

Pour la musique, Yodelice et Yarol Poupaud se sont partagé le boulot. En plus de l’interlude instrumental d’Yvan Cassar et la reprise à laquelle Johnny tenait beaucoup, « Let The Good Time Rolls », de JD McPherson, adaptée en français par Pierre-Do Burgaud en « Made in rock’n’roll ». Une chanson qui devait donner son titre à l’album mais Laeticia et Warner en ont décidé autrement.

Musicalement, Johnny et Maxim ont voulu un album très « Johnny », mêlant sa passion pour le rock’n’roll et la country américaine. Alors que les albums précédents avaient préservé un certain équilibre entre titres rock et ballades, ici la volonté est clairement du côté de l’énergie rock. Johnny tenait à prouver qu’il était encore capable d’envoyer, avec une voix intacte. Les fans présents lundi à la séance d’écoute sont unanimes : la voix est là, forte et puissante. Émouvante, donc…

Côté textes, on se pousse au portillon, à côté des fidèles Miossec (« Back in L.A. ») et Pierre Jouishomme (le fort à propos « J’en parlerai au diable »).

Notons tout de même que certains des élus (Yohann Mallory, Hervé Le Sourd, Katia Leandras, Pierre-Yves Lebert ou encore un fan, Boris Lanneau) ont écrit par le passé pour Florent Pagny, Pascal Obispo, Mareva Galanter, Jenifer, Mickaël Miro ou Louane. « Bref, du petit niveau », comme dit Sophie Delassein dans « L’Obs ». « Le Figaro » parle d’un « bon cru », alors que « Le Monde », sans trop se mouiller, parle d’une « couleur rock affirmée ». « Télérama » le juge « inégal, mais une voix toujours saisissante ».

De toute façon, aucune critique ne changera quoi que ce soit à l’affaire. Chacun voudra son exemplaire pour le chérir à tout jamais.

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