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Réforme de la formation des enseignants: les étudiants craignent une «élitisation» de la profession

Les avis divergent du côté des associations étudiantes, suite à l’annonce de l’allongement des études.

Temps de lecture: 3 min

Les associations étudiantes réagissent jeudi de manière plutôt mitigée à la réforme de la formation initiale des enseignants, approuvée en dernière lecture par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles hier/mercredi. Si l’Union des étudiants de la Communauté française (Unécof) salue l’allongement des études, une solution «  raisonnable », la Fédération des étudiants francophones (Fef) craint elle une «  élitisation » des études et de la profession.

Le changement le plus notable pour les étudiants sera l’allongement des études : s’ils avaient le choix entre étudier 3 ans (en haute école) ou 5 ans (à l’université), tous devront dorénavant se former en 4 ans minimum, avec deux ans de bachelier et deux de master.

Un coût plus important

Se former plus longtemps signifie un coût plus important : «  une année d’étude coûte entre 8.000 et 10.000 euros », souligne Morgane Justens, présidente de l’Unécof. Pour la Fef, cela pose un réel problème. Selon la fédération, des études plus longues éloignent un public avec un profil socio-économique moins élevé, qui ne peut se permettre de payer cette année supplémentaire.

«  Les études d’infirmier ont été allongées d’une année et on constate moins d’inscriptions et une évolution dans le profil des étudiants », explique Maxime Michiels, président de la Fef. «  Alors qu’auparavant, de nombreux étudiants étaient issus de filières professionnelles ou techniques, ils viennent désormais surtout de l’enseignement général » dont le profil socio-économique est plus élevé.

Un autre son de cloche résonne du côté de l’Unécof : même si l’allongement a suscité quelques inquiétudes auprès des étudiants, l’organisation salue la solution choisie. «  Beaucoup d’étudiants sont surchargés lors de leur formation en trois ans : il y avait trop de cours, trop de stages… Ils n’arrivaient pas à suivre le rythme très rapide. Allonger à quatre ans semble donc raisonnable », estime Mme Justens.

Point d’accord

Un autre point d’achoppement sur lequel s’accordent les deux associations : le test de diagnostic de la maîtrise de la langue française obligatoire à l’entrée des études. L’étudiant aura deux chances pour le réussir. En cas d’échec, son programme d’études sera allégé et il devra suivre une remédiation comptant pour 5 crédits au second quadrimestre. «  Ce qui obligera l’étudiant à abandonner un autre cours car il ne peut totaliser plus de 60 crédits en première année », pointe Mme Justens. « Nous sommes contents que le gouvernement ait abandonné l’idée d’un test contraignant mais ce n’est toujours pas idéal. Ce qui pêche surtout est la maîtrise de l’orthographe, qui peut s’acquérir tout au long de la formation. »

La Fef considère également qu’une « remédiation ne va pas résoudre ce qui n’a pas été fait pendant 12 ans d’enseignement obligatoire. On va juste pointer du doigt l’étudiant, qui reçoit en pleine figure qu’il ne maîtrise pas suffisamment le français », dénonce Maxime Michiels.

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30 Commentaires

  • Posté par Fabrizio Leiva-Ovalle, vendredi 19 octobre 2018, 6:53

    Futurs enseignants : des élites pédagogiques au sens de l'excellence ? OUI, deux fois OUI, car notre enseignement en a besoin ! Je suis sidéré de lire la justification selon laquelle les candidats à la formation d’enseignant n’ont pas à maitriser l’orthographe car l’enseignement suivi sur 12 ans ne les a pas bien préparé à cette compétence et donc on justifie de reproduire le problème indéfiniment.

  • Posté par Jaspers Marie, vendredi 19 octobre 2018, 0:17

    La réaction de Maxime Michiels concernant l'orthographe est tout à fait pertinente.Il y a 20 ans, une expérience a été menée à la Haute Ecole Charlemagne.Un test a été fait à l'entrée sur les bases du français.Le taux d'échecs a été de 90 %.Une formation intensive a été confiée pendant un an au spécialiste liégeois en la matière : le professeur Jean-Marc Defays de l'ULiège.A la fin de cette formation, le même test a été reproduit et les résultats ont été similaires! Non, on ne va pas apprendre en un an ce qui ne l'a pas été pendant 12 ans.En outre, les neurosciences nous apprennent que le cerveau n'oublie jamais rien, qu'il ne peut qu'inhiber! Alors, peut-on imaginer que des erreurs en tout genre commises pendant 12 ans puissent, un jour, être corrigées???

  • Posté par Mathieu Bernard, jeudi 18 octobre 2018, 23:51

    Censure...

  • Posté par Coets Jean-jacques, jeudi 18 octobre 2018, 22:22

    Je rejoins certaines réactions. Je suis enseignant depuis près de 35 ans et j'apprends que l'on pourrait commencer à maitriser l'orthographe après le secondaire !!! Mais que fout le secondaire, si cette même orthographe n'est pas maitrisée à 18 ans ?! Il faut combien d'années en plus ! La langue maternelle doit être maitrisée en fin de primaire, point ! Si ce n'est pas le cas, la faute se trouve dans notre propre enseignement, voire dans notre langue que personne ne veut rationnaliser ! Et ne pas maitriser sa propre langue maternelle, vous appelez cela comment ?! De plus, une année d'étude ne coute pas 8.000 à 10.000 euros ! C'est de la désinformation ! Une année d'étude coute un minerval, des manuels, et du matériel. Pour le reste, manger, boire, se loger, se déplacer...c'est notre lot commun ! Que je sois à la maison en train de regarder la tv ou en cours, je dois manger, consommer, me loger... Et je rappelle que les allocations, ce qui est très rare, sont allouées en Belgique jusqu'à 25 voire 27 ans ! Est-ce que travailler coute de l'argent parce que je dois manger sur place, ou parce que se rendre au travail requiert un déplacement ? Enfin, soyons sérieux ! Finalement, oui, un prof appartient à une élite... Tiens, c'est bizarre, le prof...une élite !? Oui, car transmettre un savoir, généreusement, savoureusement, avec plaisir, est une affaire d'élite ! Et je le revendique ! Tout ce que je sais, je vous l'offre mais de manière compréhensible, douce, pour que mon savoir devienne votre savoir... C'est l'oeuvre d'une élite ! Et le prof appartient à cette élite. On l'appelait Maître autrefois... Regardez une toile montrant Erasme donnant un cours, et vous comprendrez ! J'ai donné cours à une jeune femme sortie d'humanité avec un bon diplôme. Elle voulait devenir "normalienne" mais busée à Noël, en français. Forcément, elle écrivait "on ma donner"... était-ce sa faute ou celle de son école... Mais elle avait son diplôme ! Et elle a pleuré sous mes yeux : personne ne m'a jamais dit que ce serait si important...! Alors, il est temps, grand temps de se retrousser les manches, non ? Et arrêter de pinailler, c'est l'avenir de nos enfant dont on parle ici !

  • Posté par Anne Lacourt, jeudi 18 octobre 2018, 21:50

    Em Suede, les enseignants doivent faire plusieurs annees d'universites. Une fois leur diplome obtenu avec succes, ils deviennent des professionnels, avec les memes avantages et obligations imposes aux autres categories de professionnels. Apres tout ils ont la responsabilite de former les enfants afin que plutard ces derniers participent a l'economie du pays.

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