Accueil Sports Football Football belge Anderlecht

Footbelgate: deux Anderlechtois ont été auditionnés le jeudi 11 octobre

Outre Herman Van Holsbeeck, ancien employé de la maison mauve, deux autres membres du RSCA ont été auditionnés dans les premiers jours du Footbelgate par le parquet de Tongres.

Temps de lecture: 2 min

Katharine Viaene, management assistant (secrétaire de la direction), au club depuis 23 ans, et Bert Van Der Auwera, conseiller général, ont été entendus le jeudi 11. Ils étaient accompagnés d’un membre de Clifford Chance, bureau d’avocats qui avait déjà géré la reprise d’Anderlecht. Ils sont repartis sans charge et libres. Les enquêteurs les ont entendus comme témoins et non suspects et voulaient éclaircir certains échanges entre Viaene et Dejan Veljkovic, au centre de l’affaire du Footbelgate.

Mais l’affaire ne se termine pas là. Mardi, soit cinq jours après l’audition, Katharine Viaene était licenciée par la nouvelle direction anderlechtoise. Joint par téléphone, Viaene a reconnu les faits. « Mais, en 23 ans, je n’ai jamais parlé à la presse et je ne ferai absolument aucun commentaire. » À la question de savoir si les deux événements avaient un rapport, elle s’est bornée à dire : « Ce n’est pas lié. » Pourtant, d’après nos informations, les deux épisodes ne sont pas étrangers. Marc Coucke a fait savoir dès son arrivée qu’il ne transigerait pas avec les taupes et a très mal pris les échanges entre sa secrétaire et Veljkovic. Il lui reproche également ses contacts avec Van Holsbeeck avec lequel il est en procès. Anderlecht n’a pas voulu faire de commentaire.

Bréda: «Je suis surtout inquiet pour les arbitres amateurs»

Le championnat de D1A reprend ses droits ce week-end, en plein milieu d’un vaste scandale frappant le football belge. Plus que jamais, les faits et gestes des arbitres seront épiés et la pression sur leurs épaules sera énorme.

Entretien - Temps de lecture: 4 min

Consultant arbitrage pour nous, Stéphane Bréda prend la parole dans un climat tendu.

Monsieur Bréda, le scandale qui secoue le football belge, et notamment l’arbitrage, est encore dans les mains de la justice. Comment vivez-vous cette affaire ?

C’est dramatique pour tout le monde du foot. Cette situation fait mal à l’arbitrage. En tant qu’ancien arbitre, j’ai rencontré des gens du milieu qui sont très touchés et peinés, et c’est aussi mon cas. Surtout, j’ai beaucoup de mal à comprendre comment un garçon aussi charmant, posé, déterminé à réussir, à l’écoute des joueurs, que Sébastien Delferière peut être plongé dans cette histoire, ne serait-ce que par une imprudence. Dans le foot comme dans la société, il y a des enjeux financiers et des tentations. Je laisse la justice faire son travail et je me repose sur la présomption d’innocence qu’il ne faut pas perdre de vue.

Le dossier comporte deux volets : celui pour fraude fiscale et celui pour matches truqués. Avez-vous eu, à un moment, des doutes quelconques lors de certains matches ?

Non. J’ai beau revoir les phases jugées à polémique, je ne peux pas assurer qu’il y ait eu une tentative d’influencer le résultat (voir aussi ci-contre). Les erreurs sont humaines et j’en ai commis durant ma carrière mais comment peut-on être certain que ce n’est plus humain, justement, mais arrangé ?

Le championnat reprend ses droits ce week-end en plein milieu du scandale. Comment les arbitres, déjà sous pression en tant normal, peuvent-ils gérer un tel climat ?

Vous avez raison de parler de pression. Quand j’officiais, j’avais permis à un journaliste de vivre le match depuis la zone neutre, ce qui avait été autorisé pour l’occasion. Il m’a confié après la rencontre qu’il ne jugerait plus jamais l’arbitrage de la même manière tant il avait été outré par l’attitude des deux bancs tout au long des nonante minutes. En D1A, les arbitres sont habitués à gérer la pression, médiatique et autre. La CCA (Commission centrale d’arbitrage) et l’Union belge ont certainement abordé le sujet lors de la semaine d’entraînement à Tubize, pour tenter d’apaiser les choses. Et dans un stade comble, on entend le public crier mais on ne distingue pas les termes exacts employés. Je suis surtout inquiet pour les arbitres amateurs, ceux qui vont diriger des matches chez les jeunes le samedi ou le dimanche matin, car quand les messages sont lancés par quelques dizaines de parents, on les comprend bien.

Les arbitres ont la possibilité d’avoir recours à une aide psychologique.

Tout à fait. Je suis arrivé en Division 2 en 1999 et on avait déjà eu des échanges avec Jef Brouwers, le psychologue qui accompagnait notamment le cycliste Frank Vandenbroucke. Cela fait donc plus de vingt ans que l’Union belge et la CCA œuvrent dans le but de professionnaliser l’arbitrage et le suivi, et ils sont indiscutablement dans le bon. Je pense que c’est Frank De Bleeckere, après un match entre Anderlecht et le FC Bruges qui avait fait couler beaucoup d’encre, qui avait sollicité une aide auprès de l’Union belge, ce qui a entraîné le début de ce processus. Ce suivi peut avoir lieu sur demande ou lors des stages, des séminaires. Cela permet de mieux gérer l’approche des matches un peu plus stressants, car les joueurs sentent quand un arbitre est nerveux, et cela ne fait qu’augmenter la nervosité ambiante.

Quel message voulez-vous passer aux supporters qui se rendront au stade ce week-end ?

Que je comprends parfaitement que les supporters, qui vivent pour leur équipe, qui font des sacrifices pour aller au stade, veulent assister à des championnats qui se déroulent normalement, qu’ils n’ont pas envie que des intérêts financiers viennent tout gâcher. Mais aussi qu’il ne faut pas dresser des généralités suite à cette affaire. Ce n’est pas parce que deux arbitres sont cités que tout l’arbitrage belge est à remettre en question. Ne pas mettre tout le monde dans le même panier, c’est valable dans tous les domaines. Même si des erreurs sont commises, il faut se dire qu’elles sont humaines et ne pas y voir systématiquement une tricherie. Il faut aller de l’avant même si cette affaire va laisser des traces à long terme.

Mogi, le football belge en supension

Alors que ses concurrents tournent autour du cadavre, ses joueurs se taisent

et attendent.

Quant aux clubs,

ils vont devoir apprendre

à faire sans. Du moins dans les prochaines semaines.

Analyse - Temps de lecture: 3 min

Aujourd’hui, les loups sont lâchés. Et au final, il y aura les fidèles et les infidèles. Comme dans tout », résume Frank Defays, qui a bien connu Mogi Bayat à Charleroi lorsqu’il y officiait en tant que joueur et à Mouscron où c’est lui qui l’avait placé comme entraîneur.

Mogi Bayat avait vampirisé le football belge. Sa détention va donc, si pas ébranler et redistribuer les cartes dans le monde du football belge, au moins laisser une trace. Pourtant, autour de lui, sa garde rapprochée reste fidèle ou… muette. Seuls ses ennemis déclarés s’en donnent à cœur à joie, vidant leur sac. Pas tous sur le même mode. Certains pour récupérer une partie du gâteau ou pour se détacher de l’image désastreuse qui va désormais coller au monde des agents, d’autres pour se dédouaner d’avoir travaillé avec lui ou pour enfin trouver un écho, eux qui criaient sans être entendus depuis des années. Comme un air de « je vous l’avais bien dit ».

En coulisses, ça bouge, ça téléphone et ça attend. Certains concurrents de Mogi se sont empressés de téléphoner à Anderlecht et au Standard pour tâter le terrain concernant les deux entraîneurs. Le but : récupérer, avec l’aval des deux directions, la représentation d’Hein Vanhaezebrouck et Michel Preud’homme, tous les deux dans l’écurie Bayat. Les deux clubs ont compris la manœuvre et ont botté en touche.

Néanmoins, un dilemme pourrait se poser dans le chef des dirigeants bruxellois : Qui appeler si cela tourne mal avec Vanhaezebrouck et qu’il faut régler son licenciement ?

Mais au-delà des deux têtes de gondoles, l’absence de Mogi Bayat pose d’autres problèmes, notamment au niveau des joueurs dont il est l’agent. A ce niveau-là, la machine n’a pas encore été enclenchée. Le mercato est encore relativement loin. La donne risque d’être différente dans un mois si la situation autour de Mogi ne s’est pas décantée. En attendant, les joueurs se taisent. Les plus proches de l’agent iranien refusent de le lâcher et d’en parler, d’autres se tâtent mais attendent de voir quelle direction prend l’enquête. Les plus prévoyants ont déjà appelé des avocats pour connaître la validité du contrat les liant à Mogi Bayat.

Enfin, il y a ceux qui n’en ont cure. Car, le monde du football est ainsi fait : le joueur vit dans une bulle et rien n’arrive à atteindre ceux qui se disent – si ce n’est pas avec Mogi, ce sera avec un autre.

Néanmoins, ce ne sera qu’en janvier lors du prochain mercato que le vide laissé par Mogi sera constaté. Tant par les joueurs que par les dirigeants habitués à utiliser ses services. A moins que d’ici-là, l’affaire se soit complètement tassée.

Le football belge se réorganise sans Mogi Bayat

Des joueurs proches de Mogi Bayat ont déjà contacté d’autres agents. A l’approche du mercato hivernal, certains clubs vont revoir leur manière de fonctionner.

Analyse - Temps de lecture: 8 min

Depuis dix jours, le milieu du football belge est à l’écoute de l’évolution de l’enquête menée par la justice pour des faits de blanchiment et de matchs truqués. Avec, comme personnage central concerné par l’aspect financier, un certain Mogi Bayat, qui faisait une bonne partie de la pluie et du beau temps dans les clubs. Depuis son incarcération, il est au centre de toutes les discussions. Pour évoquer le personnage controversé. Mais aussi pour commencer à envisager une autre manière de travailler pour ceux qui, de près ou de loin, avaient un lien avec lui.

Sa personnalité dérangeante

« Mogi Bayat est un personnage sulfureux, qui se plaît à surjouer le trait. Mais c’est aussi un bourreau du travail, un bulldozer ! Il réalise des transferts avec beaucoup d’agents. Alors c’est un personnage, oui, mais il trouve toujours un club pour ses joueurs et réalise de gros deals. Cela suscite des jalousies. » Ces quelques mots d’un agent français ayant placé plusieurs joueurs en Belgique résument finalement bien le personnage qui a donné naissance au Footbelgate. Il est évident qu’au sein de la corporation des intermédiaires, Mogi Bayat ne faisait pas l’unanimité. Loin de là.

« On était arrivé à un point où on ne pouvait plus exercer notre métier sans l’accord de certains », regrette un autre intermédiaire en passe de changer de métier. « Mogi en faisait partie. Je suis fatigué de tout ça. C’est pour cette raison que je vais quitter la profession. Je l’ai expérimenté cet été. Soit tu fais partie du circuit, soit tu meurs. Moi, aujourd’hui, je ne peux plus gagner ma vie en tant qu’agent. Cet été, j’ai fini mon mercato avec un bilan de moins 10.000 euros. »

Il va donc rejoindre la liste des intermédiaires qui ont mis leur carrière d’agent entre parenthèses. Comme l’a fait Eric Depireux pendant cinq ans.

« Je gérais les intérêts de Karim Belhocine lorsque Mogi Bayat me l’a piqué en disant partout que Depireux était fini. Tout le monde tire sur lui, mais je ne le ferai pas parce que je ne veux pas que ce soit perçu comme de la jalousie. Mogi Bayat a fait gagner beaucoup d’argent à des joueurs qu’il a sorti de la merde. Au bout du compte, Belhocine, qui est un très chouette type, a bien fait de me quitter parce qu’il se retrouve aujourd’hui dans le staff professionnel d’Anderlecht. En fait, ce qui ne va pas, c’est la façon dont, avec la collaboration de certains clubs, il a réussi à fermer la porte à tous les autres agents. Après avoir travaillé avec tous les grands clubs du pays le plus correctement du monde, je me suis retrouvé dans un milieu où je n’avais plus la main. Toutes les portes se sont soudain refermées. Il y a bien une raison. La toile d’araignée était tissée. Cela dit, ce serait dommage que Bayat soit le seul à payer la note parce que tout le monde est un peu coupable. Enfin, aujourd’hui, j’ai rechargé mes accus et je revis. »

Zouhair Essikal, le CEO de Base Soccer, ne dit pas autre chose quand il évoque le rôle de Mogi Bayat. « Le marché n’est pas immense et il n’avait pas tant de joueurs que ça. Ce qui lui a surtout permis de gagner beaucoup d’argent, c’est le rôle d’intermédiaire qu’il occupait dans de nombreux transferts. »

De nombreux transferts qu’il gérait, mais aussi au sein desquels il s’immisçait. Ainsi, lors du passage de Dieumerci Mbokani d’Anderlecht au Dynamo Kiev, Herman Van Holsbeeck, Christophe Henrotay et ses interlocuteurs ukrainiens étaient à Monaco quand ils ont vu Bayat débouler en vociférant car il n’avait pas été convié au rendez-vous. Selon lui, Kiev était tombé sur Mbokani grâce au fait qu’il leur avait tuyauté Kouyaté. Et il a évidemment réclamé sa part du gâteau.

Un gâteau qui serait au cœur de ses transactions au point de ne plus l’intéresser quand il ne reste plus que des miettes si on en croit un joueur que Mogi a complètement lâché. « Je l’ai pris à un moment donné parce qu’il était le plus puissant de Belgique. Sur le plan contractuel, je n’ai rien à lui reprocher puisque rien n’a jamais été signé entre nous. Mais il m’a lâché ces derniers mois pour la bonne et simple raison que je ne pouvais plus rien lui rapporter. Quand on se prend pour le roi du monde, à un moment donné, on se brûle… »

Son portefeuille qui se disperse

Inévitablement, à l’approche du mercato hivernal va se poser la question de la gestion du portefeuille de Mogi Bayat. Pas le financier, mais le sportif évidemment. « Sans manquer de respect à qui que ce soit, les joueurs de seconde zone ne nous intéressent pas, explique Zouhair Essikal. Or Mogi travaillait avec pas mal de “petits” joueurs. Ce qui n’empêche qu’il y a bien deux ou trois éléments qui peuvent être intéressants. Mais avant de passer à l’acte, j’aimerais bien avoir la certitude qu’il soit bien inculpé. Même si j’ai déjà bel et bien été contacté par quelques-uns de ses clients, je ne suis pas un charognard. »

Jesse De Preter, l’agent de Jason Denayer, confirme l’inquiétude qui, depuis une semaine, a envahi certains joueurs du Royaume. « Effectivement, les joueurs font leur petit tour des agents depuis quelques jours. La vérité, c’est que sont eux qui, inquiets, nous contactent en raison de l’urgence du mercato hivernal, surtout pour ceux qui seront en fin de contrat en juin. Cela dit, les joueurs de Mogi ont l’habitude de ne pas avoir de nouvelles. On a d’ailleurs l’habitude de dire que Mogi appelle deux fois par an ses joueurs : à Noël, pour leur souhaiter de bonnes fêtes et, en juin, pour leur souhaiter de bonnes vacances. »

Il y a donc du changement d’écurie dans l’air, pour les joueurs comme pour certains coachs d’ailleurs puisqu’il se murmure que Vanhaezebrouck aurait déjà été approché par deux agents. Le coach du Sporting bruxellois va-t-il patienter comme pense le faire Damien Marcq ? « Franchement, je n’ai pas pensé à la suite si cela venait à se compliquer encore davantage pour Mogi Bayat, affirme le joueur de Zulte Waregem. Ce n’est pas dans un coin de ma tête. On verra dans quelques mois ou quelques années si je dois faire appel à quelqu’un d’autre. »

L’avenir des clubs sans Bayat

Quand on lui demande quel va être l’influence de l’affaire pour l’avenir des joueurs de Mogi Bayat, Jesse De Preter lance la balle dans le camp des clubs. « Quels joueurs ? Honnêtement, les joueurs qui se cherchent un agent depuis quelques jours, ce sont plutôt ceux de Walter Mortelmans ou Veljkovic que ceux de Mogi. Lui ne laisse pas de joueurs derrière lui, il laisse des clubs. »

Pour certains, en effet, ce sont surtout les clubs qui ont permis à Mogi Bayat de s’installer dans le paysage footballistique belge. « Pourquoi a-t-on laissé ces personnes fonctionner comme ça ?, s’interroge Eric Depireux. Parce que Mogi Bayat ou Dejan Veljkovic s’y connaissent mieux en football que les autres ? J’ai souvent posé la question à des dirigeants de clubs, qui me répondaient que Mogi était très efficace et faisait tout très rapidement. Moi, je m’en posais une autre : comme fait-il pour mettre un footballeur avec des pieds carrés dans tel ou tel club ? Maintenant, j’ai compris. Pour que ces individus puissent imposer ce système, c’est que cela arrangeait tout le monde. Quand je vois certaines personnalités du milieu du football s’insurger, ça me fait rire parce qu’ils savaient et qu’ils sont proches des gens qui sont derrière les barreaux. Personne ne peut tomber des nues. »

Et la meilleure analyse se trouve sans doute dans ces paroles d’un avocat : « Que l’on aime ou pas Mogi Bayat – et je crois connaître à cette heure-ci le résultat du sondage – je prédis bien des déboires à certains directeurs de clubs qui ont pris l’habitude de faire reposer leur mercato sur l’hyperactivité d’un seul agent. Ils déblatèrent sur lui aujourd’hui, mais ils étaient les premiers à lui téléphoner pour qu’il leur sorte des pieds un joueur dont ils ne voulaient plus. »

Une situation qui ne concerne pas le Standard, qui n’a pas d’agent maison, ou plus Anderlecht dont le mode de fonctionnement a changé suite au rachat du club par Marc Coucke. « Mogi Bayat a une manière de travailler totalement atypique, explique un employé d’Anderlecht. Il s’occupe du deal, mais pas des joueurs. C’est un agent de club. Il est plus préoccupé par ce que le club pense que par le bien-être de ses joueurs. D’ailleurs, même s’il n’a jamais eu de bureau à Anderlecht comme on l’a parfois entendu, quand il arrivait, il faisait comme s’il était chez lui. Il disait bonjour à tout le monde comme s’il faisait partie de la maison, comme si c’était un collègue. C’est une approche très commerciale. Il veut avant tout que le club soit content et je l’ai déjà vu s’inquiéter après coup d’un transfert en espérant ne pas avoir “déçu le club” où il avait transféré quelqu’un. »

Depuis, la direction bruxelloise se tourne plus souvent vers Frenay même si le dernier mercato a prouvé qu’Anderlecht allait aussi suivre d’autres filières. Et c’est une réflexion que d’autres clubs, où Mogi Bayat avait les portes grandes ouvertes, vont devoir entamer, à Charleroi comme ailleurs…

Foot belge: comme si de rien n’était ou presque

Les affaires n’ont pas vraiment perturbé le quotidien des clubs, encore moins celui des joueurs.

Analyse - Temps de lecture: 10 min

À Anderlecht, Marc Coucke a rapidement réagi

À Anderlecht, on se remet petit à petit du séisme qui a secoué le football belge le 10 octobre dès l’aube. « On s’est demandé ce qui nous tombait sur la tête quand tout s’est déclenché le mercredi matin », nous dit-on à Neerpede. Des questions renforcées par l’apparition rapide du nom d’Herman Van Holsbeeck dans le dossier. Toutefois, les Bruxellois n’ont pas eu le temps de trop réfléchir que les enquêteurs débarquaient. « En plus des perquisitions, les jeunes qui arrivaient à Neerpede pour s’entraîner ont été contrôlés, notamment pour vérifier leur permis de séjour. Mais personne ne joue à Anderlecht sans être en ordre à ce niveau », nous dit-on par ailleurs.

Tandis que la police quittait les lieux, le centre d’entraînement du RSCA restait pris d’assaut, comme en témoigne David Steegen : « La pression médiatique était énorme ce jour-là. Quand je suis arrivé et alors qu’on m’avait à peine dit ce qui se tramait, les journalistes présents m’ont assailli de questions. Je suis par contre étonné de la vitesse avec laquelle les choses se sont apaisées. »

Car bien que Hein Vanhaezebrouck figure dans le portefeuille de Mogi Bayat, « comme énormément de personnes », a déclaré le T1 ce vendredi, le retour à la normale a été rapide, notamment sur le terrain d’entraînement. « Dans un premier temps, tout le monde a été surpris, mais il a fallu se reconcentrer sur ce que nous avions à faire, jouer au foot. Les joueurs plus concernés sont peut-être un peu plus préoccupés, mais on doit désormais attendre le jugement et se montrer mature. C’est à la justice de faire son travail », poursuivait HVH.

Dans l’entourage de plusieurs joueurs du noyau anderlechtois, on nous confirme également que le foot est très rapidement revenu au premier plan. Dans les bureaux toutefois, il a fallu répondre aux agents qui s’inquiétaient, parfois depuis d’autres contrées. « J’ai appelé Luc Devroe pour comprendre ce qu’il se passait », nous dit l’agent d’un joueur, qui habite à l’étranger. « Mais j’ai été rapidement rassuré… »

La direction, elle, n’a pas chômé. Après avoir pris le temps de l’analyse, le président Marc Coucke faisait une sortie, deux jours plus tard, à la VRT. En tant que président de la Pro League, il tâtait le terrain et prenait le pouls des différents membres du CA. Mercredi, il sortait du bois avec des propositions claires pour réformer le milieu. Une manière de s’inscrire comme rénovateur. Malgré tout, le sentiment des dirigeants restait mitigé : entre satisfaction et soulagement de voir les pratiques du passé cesser, et crainte d’être éclaboussé d’une manière ou d’une autre par une affaire dont les événements sont antérieurs à l’arrivée du nouveau propriétaire.

Au Standard, on a suivi les événements de très loin

Le « Footbelgate » n’a pas provoqué, à Sclessin, la moindre onde de choc. Pas même lors de la perquisition du 10 octobre, qui, après deux heures, a permis aux enquêteurs de repartir avec une petite dizaine de contrats sous le bras, liés de près ou de loin à Mogi Bayat (Preud’homme, Oulare, Ndongala, Trebel, Arslanagic) et Vejan Veljkovic (Jankovic, Kosanovic, Mladenovic), les deux agents toujours sous les verrous. C’est davantage le lendemain matin ; jeudi, que le thermomètre est monté de quelques degrés, lorsqu’une « information » arrivée en ligne droite du Nord du pays, a fait état de l’arrestation du président Bruno Venanzi, qui était présent à ce moment-là… à son bureau, au cœur de la tribune 2 de Sclessin. Une « fake news » très vite maîtrisée, à la faveur d’un communiqué envoyé à Belga par la cellule Communication du club liégeois et aussitôt relayé par l’agence de presse nationale. Dans la foulée, une rumeur a prétendu que Michel Preud’homme avait été aperçu au palais de Justice de Tongres, alors qu’il se trouvait à ce moment précis très loin de là, à Bordeaux, où, profitant de la trêve internationale, il était reparti se ressourcer quelques jours en famille.

Le même jour, en début de soirée, c’est un autre communiqué que le Standard diffusait sur son site, dans la foulée d’une conférence de presse du Parquet fédéral sur l’affaire en cours. Pour préciser que s’il avait bien collaboré avec Dejan Veljkovic par le passé, « cela s’est toujours déroulé en parfaite transparence, tant vis-à-vis des instances sportives que vis-à-vis des différentes autorités publiques  ». Et d’insister sur le fait que « l’ensemble des documents y afférents ont tous fait l’objet d’une fiche fiscale 281.50 et 325 » et que « ceux-ci ont été systématiquement déclarés, tant auprès de ses auditeurs que de la Commission des Licences. Le Standard n’aurait donc pas pu travailler de manière plus transparente ».

Le « Footbelgate » n’a donc en rien modifié l’agenda du club liégeois, comme le confirme la présence d’Olivier Renard, responsable du recrutement, le week-end dernier à Bucarest où il a assisté au match entre la Roumanie et la Serbie, pas davantage que le quotidien d’une équipe qui s’apprête à nouveau à disputer 7 matches en 22 jours. « Cette affaire n’a rien perturbé du tout », lâche Michel Preud’homme, de façon très laconique.Sans ne penser à rien d’autre qu’à confirmer les excellentes dispositions affichées juste avant la trêve face au FC Bruges et de conforter sa place dans le top 6. Très loin donc des préoccupations judiciaires…

À Charleroi, la dimension humaine prend le dessus

Alors que d’aucuns ont d’emblée trouvé étrange qu’aucune perquisition n’ait été menée dans les travées du Mambourg, où l’amalgame entre les fonctions de Mehdi au club et ses liens familiaux avec Mogi n’a pas traîné à resurgir, la sérénité n’a pas quitté le Sporting ces dix derniers jours. Ou du moins sur le plan de l’enquête proprement dite, les dirigeants estimant n’avoir rien à se reprocher dans cette affaire, comme en témoigne l’absence de descente policière dans les bureaux du club.

« À aucun moment, je n’ai craint quoi que ce soit », affirme Pierre-Yves Hendrickx, le directeur administratif du club. Même son de cloche du côté de Felice Mazzù : « Mercredi dernier, j’ai entendu à la radio que des perquisitions étaient menées depuis 6h à différents endroits en Belgique. Je suis arrivé au stade vers 7h30 et j’ai de suite été rassuré en voyant que tout allait bien. »

En fait, c’est la dimension humaine qui affecte davantage les membres du club. « J’attends que tout le club, tous les joueurs et tous ceux qui vivent profondément pour le club de Charleroi soient conscients que Mehdi et sa famille traversent des moments très difficiles et qu’on doit absolument tout faire pour donner du baume au cœur à la famille Bayat. On doit montrer qu’on est heureux d’être ici et qu’on a envie de rendre, sur ce match, tout ce que Mehdi a déjà fait pour ce club. On est tous touché par l’histoire. Ça dépasse le plan professionnel, ça touche le plan humain. La chose la plus importante dans la vie, c’est la famille. »

Jusqu’ici, la principale conséquence du « Footbelgate » sur le Sporting demeure donc les quelques absences de l’administrateur-délégué lors des visites de ce dernier à son frère. « Et on ne ressort jamais indemne d’une visite en prison », affirme Pierre-Yves Hendrickx. « C’est compliqué de savoir ce que Mehdi vit et de ne pas savoir l’aider. On essaye de le faire professionnellement, mais il doit gérer d’autres choses. On essaye de le rassurer au maximum. »

Pour le reste, les joueurs n’ont, de leur côté, jamais vraiment été impactés par l’affaire. « Le groupe est resté très serein par rapport à la situation. » Seuls les joueurs dont les intérêts sont défendus par Mogi Bayat évoquent encore l’avancement de l’enquête. « Ils sont forcément plus demandeurs de nouvelles  », confirme Pierre-Yves Hendrickx.

À Mouscron, on est attentif au sort de Waasland/Beveren

Au Canonnier, la sérénité reste de mise depuis l’éclatement du « Footbelgate ». Même si la nervosité est néanmoins montée d’un cran l’espace d’un instant dans les bureaux de la direction, le 10 octobre, date à laquelle les premières têtes sont tombées. Et pour cause, un quotidien néerlandophone avait déclaré sur son site internet que Paul Allaerts était entendu par les enquêteurs à Hasselt… Or, le directeur général n’a jamais été interpellé et vaquait à ses occupations quotidiennes.

Le club hurlu a clairement été victime de son image lors des premières heures du séisme. La veille de la première communication officielle du Parquet, de nombreux observateurs avaient pointé le match disputé entre Eupen et Mouscron, lors de la dernière phase classique, comme la rencontre potentiellement arrangée. Que nenni ! À la grande stupéfaction, c’est le déroulement du match entre Malines et Waasland/Beveren qui ne s’est pas fait dans les règles de l’art, tout comme Antwerp-Eupen, une rencontre qui aurait pu être faussée par Bart Vertenten, pour faciliter le maintien de Malines.

Un sauvetage « arrangé » qui n’a finalement pas pu se réaliser, suite à la déroute de l’Excel subie au Kehrweg, qui a amené son lot de rancœurs depuis. Et malgré les lourds soupçons qui pèsent sur les différents acteurs interpellés, certains observateurs s’offusquent encore de ne pas voir Mouscron être inquiété d’une façon ou d’une autre. La direction des Frontaliers aurait pu entreprendre des démarches juridiques pour diffamation, mais elle n’en a pas l’intention. À Mouscron, les coups ont souvent tendance à être encaissés.

Ceci dit, à Mouscron, on s’interroge désormais dans quelle mesure Waasland/Beveren aurait pu participer à la volonté frauduleuse de certains Malinois. « Quelles pourraient êtres les sanctions ?  », s’interroge Bernd Storck, l’entraîneur allemand, abasourdi par les affaires qui frappent le football belge. « Votre pays recense des joueurs fantastiques. Le football est une tradition en Belgique. Comment est-ce possible ? Un arbitre aurait pu participer à l’arrangement d’un match ? C’est une honte. Il ne faut cependant pas mettre tout le monde dans le même sac et repartir du bon pied. C’est important pour le football belge. »

En Flandre

À l’exception de Bruges et de Waasland-Beveren, qui s’affrontaient vendredi, cinq autres clubs flamands de D1A (Courtrai, Gand, Genk, Lokeren, Ostende) ont été perquisitionnés dans l’affaire du « Footbelgate ». Samedi et dimanche, la reprise s’effectuera dans un contexte particulier de suspicion. De questionnements, aussi, par rapport à certaines pratiques d’agents de joueurs, de dirigeants mais aussi d’arbitres.

« Chez nous », explique Cédric Berthelin, le préparateur des gardiens de Courtrai, « cela n’a pas changé grand-chose. Lorsque le club a été perquisitionné et, durant deux bonnes heures, la semaine passée, on n’avait pas encore conscience de ce qui se tramait. Cette affaire, on l’a vécue par procuration, via les médias. Mais comme aucun de nos joueurs ou membres du staff n’a quelque chose à se reprocher, on en a juste parlé entre nous, comme on le fait avec n’importe quel autre sujet d’actualité. J’imagine qu’à Malines ou à Bruges, l’ambiance doit être différente. Ce qui nous a surtout surpris, c’est que des arbitres aient pu être impliqués dans des affaires de matchs truqués. »

En effectuant un rapide tour d’horizons des autres clubs, le constat est le même, du moins officiellement. « Les joueurs se focalisent uniquement sur leur match du week-end », nous a-t-on expliqué tant à Genk qu’à Gand ou à Ostende.

Par contre, l’ambiance est différente du côté de Malines, qui évolue désormais en D1B et recevra le Beerschot, dimanche, et qui est soupçonné, entre autres, d’avoir arrangé des matches. Son président, Johan Timmermans, a, à son tour, été auditionné jeudi, et a répété avec conviction que son club n’avait rien fait de répréhensible. L’actionnaire principal Olivier Somers ainsi que le directeur financier Thierry Steemans sont pourtant toujours derrière les barreaux. Les supporters, eux, ont peur pour l’avenir de leur club…

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Anderlecht

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

SoSoir Voir les articles de SoSoir VacancesWeb Voir les articles de VacancesWeb