Première mondiale: un médicament cible avec succès le génome dans le cancer du sein

© Le Soir, Pierre-Yves Thienpont
© Le Soir, Pierre-Yves Thienpont

Le plus grand congrès européen de lutte contre le cancer, l’ESMO, est en cours à Munich. Parmi les innovations dévoilées, les premiers résultats très concluants d’un nouveau médicament piloté par le génome.

Présentée en conférence plénière ce samedi après-midi, l’étude de phase III (la dernière avant l’agrément du médicament par les autorités) SOLAR-1 confirme clairement le bénéfice de l’ajout de l’alpelisib au traitement des femmes en rechute d’un cancer du sein avancé hormonodépendant, un des plus fréquents cancers du sein. Pour ces femmes, la rechute de la maladie est repoussée de 5 mois et le risque de progression de la maladie est diminué de 35 %. Dans le cancer du sein, c’est la première thérapie guidée par la génomique.

« L’hormonothérapie et les inhibiteurs de CDK4 constituent la prise en charge de référence des femmes atteintes d’un cancer du sein avancé hormonodépendant. Mais la majorité des patientes présentent une résistance au bout de quelques mois ou années. À la rechute, une nouvelle classe d’hormonothérapie est initiée », explique le professeur Fabrice André, oncologue à l’hôpital Gustave Roussy à Villejuif, en banlieue parisienne et directeur de recherche Inserm. « Retrouvée dans 40 % des cancers du sein avancés hormonodépendants et en rechute, la mutation génétique PIK3CA provoque une hyperactivation de PI3 kinase, enzyme stimulant le cycle cellulaire. Cette enzyme est impliquée dans la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses, la progression des cancers ou encore le développement d’une résistance à l’hormonothérapie », décrit le professeur Fabrice André.

Un répit presque doublé !

Promue par Novartis, SOLAR-1 est une étude de phase III multicentrique, internationale, randomisée, en double aveugle contre placebo qui a inclus au total 572 patientes entre juillet 2015 et juillet 2017. Au moment de leur inclusion dans l’étude SOLAR-1, la mutation PIK3CA a été recherchée chez les patientes. 341 femmes portant la mutation PIK3CA et 231 femmes ne portant pas la mutation ont reçu par voie orale soit l’alpelisib soit un placebo pendant environ cinq mois.

Chez les femmes portant la mutation PIK3CA ayant pris l’alpelisib, la survie sans progression de la maladie est de 11 mois contre 5,7 mois pour celles sous placebo, soit plus de cinq mois gagnés sans progression de la maladie avec l’alpelisib.

Adapter la détection précoce du gène

De plus, dans le groupe des femmes non mutées, aucune différence significative entre l’alpelisib et le placebo n’a été retrouvée sur la survie sans progression de la maladie. La présence de la mutation est donc nécessaire pour retrouver une efficacité du médicament. À terme, l’enjeu sera de mettre en place la détection de la mutation PIK3CA afin de prescrire l’alpelisib uniquement aux femmes qui en auront un bénéfice.

Jusqu’à présent dans le cancer du sein, les thérapies disponibles ciblaient des récepteurs ou l’expression d’une protéine (récepteurs aux œstrogènes ou HER2). Cette étude est la première à démontrer l’efficacité d’une thérapie guidée par la génomique. Dans d’autres pathologies, des thérapies guidées par la génomique sont déjà disponibles à l’instar du crizotinib pour les patients atteints d’un cancer du poumon présentant un remaniement du gène ALK ou le vemurafenib pour les patients atteints d’un mélanome portant une mutation du gène BRAF.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous