Provenance Stoclet!

Estimée entre 50.000 et 60.000 euros, cette porteuse de coupe est l’œuvre du maître sculpteur Kadyaat-Kalool (lot 7).
Estimée entre 50.000 et 60.000 euros, cette porteuse de coupe est l’œuvre du maître sculpteur Kadyaat-Kalool (lot 7). - Christie’s

Qui ne connaît pas le nom d’Adolphe Stoclet, ou à tout le moins celui de son « palais », édifié sur l’avenue de Tervuren à Bruxelles par Josef Hoffmann entre 1905 et 1911 ? Joyau de l’architecture du début du XXe siècle, cette grande maison commandée par les époux Stoclet et voulue comme une prouesse d’art total est mondialement célèbre. Tel un chef d’orchestre, l’architecte a dessiné le mobilier, a choisi les tissus, etc. Pour réaliser ses projets, il s’est entouré des membres de la Wiener Werkstätte, une association d’artistes et d’artisans créée à Vienne en 1903 et il a même fait appel à Gustav Klimt pour concevoir les mosaïques qui ornent les murs de la salle à manger. C’est donc en toute logique que ce bâtiment exceptionnel a été classé en 2009 au patrimoine mondial de l’Unesco.

Cet appuie-tête yaka est estimé entre 300.000 et 500.000 euros.
Cet appuie-tête yaka est estimé entre 300.000 et 500.000 euros. - Christie’s

Collectionneur

Cet important tabouret royal luba a été prisé entre 300.000 et 500.000 euros.
Cet important tabouret royal luba a été prisé entre 300.000 et 500.000 euros. - Christie’s

Adolphe Stoclet n’a pas attendu que son merveilleux écrin soit terminé pour collectionner, et cela dans des domaines bien différents. Les tableaux anciens, et plus particulièrement les Primitifs italiens avaient déjà depuis longtemps retenu son attention, de même que les arts des premières civilisations européennes. L’on trouvait également dans ses collections des pièces chinoises ou encore égyptiennes ainsi que des œuvres du Moyen Age. Bref, Stoclet était passionné par l’art. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il s’intéressa à l’art africain et à l’art océanien. Un petit peu moins de trente lots de cet ensemble seront ainsi mis en vente fin de ce mois à Paris.

Événement

Ce beau pendentif luba en ivoire d’hippopotame est estimé entre 2.000 et 4.000 euros.
Ce beau pendentif luba en ivoire d’hippopotame est estimé entre 2.000 et 4.000 euros. - Christie’s

L’on ne peut rêver mieux comme provenance et comme gage d’ancienneté qu’une pièce ayant appartenu à ce grand collectionneur, d’autant que rares sont ceux qui ont pu les admirer par le passé. Mises en vente par des héritiers d’Adolphe Stoclet, elles sont toujours restées en mains privées, bien à l’abri du marché. Comme dans beaucoup de collections anciennes d’art africain, l’on trouve des objets d’importance diverse, ce qui est reflété par les estimations de Christie’s. L’on peut, pour quelques milliers d’euros, espérer s’offrir un beau petit ivoire luba, un peigne mbala ou une statuette teke estimée autour de 500 euros. Mais, là n’est évidemment pas le propos de la vente. Parmi les lots importants, Christie’s cite un appuie-tête yaka (Congo), « l’un des plus beaux exemples qui soient connus » selon la maison de ventes. Il est estimé entre 300.000 et 500.000 euros. Cet appuie-tête représente un léopard qui tient une proie dans sa gueule. Il est partiellement recouvert de clous de métal, un matériau d’importation, donc très précieux aux yeux des populations yakas. Pour son propriétaire, indiscutablement un personnage de haut rang, il avait d’abord pour fonction de préserver sa coiffure pendant son sommeil, mais il avait également une fonction spirituelle. Tout comme un magnifique siège à cariatide luba, qui a reçu la même estimation, l’appuie-tête fut acquis moins de dix ans avant sa mort par Adolphe Stoclet au collectionneur Gustave de Hondt. Le catalogue décrit également une porteuse de coupe kanyok attribuée au maître-sculpteur Kadyaat-Kalool. Il est intéressant de relever que bien que l’art africain nous paraisse aujourd’hui être généralement anonyme, tel n’est pas le cas pour les populations indigènes qui savent parfois encore reconnaître, et nommer, la main de tel ou tel maître actif dans leur région. L’on sait de Kadyaat-Kalool qu’il décéda vers 1920 et qu’il était actif dans la région de Kanda-Kanda. C’était d’abord et surtout le sculpteur du chef de Kanda-Kanda, Kabw-Mukalang-aa-Seey. Les Kanyoks sont voisins des Lubas et le fait qu’il s’agisse d’une porteuse de coupe, très répandue dans l’art luba, ne doit donc rien au hasard. Ces objets étaient utilisés par les devins durant des séances de divination. Gageons que ces objets se retrouveront bientôt dans des collections aussi prestigieuses que celles du propriétaire du Stocleon

 
 
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