De l’or congolais exporté illégalement raffiné par l’usine d’Alain Goetz selon une ONG

Une mine d’or en RDC © D.R.
Une mine d’or en RDC © D.R.

De l’or extrait des régions en conflit de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pourrait se retrouver sur les marchés internationaux et alimenter de grandes entreprises américaines après avoir été affiné en Ouganda par l’intermédiaire d’un réseau contrôlé par le Belge Alain Goetz, affirme l’ONG américaine anti-corruption The Sentry dans un récent rapport.

«  Une enquête menée par The Sentry provoque d’importantes préoccupations que l’or extrait dans des zones de conflit dans l’est de la République démocratique du Congo atteint les marchés internationaux, dont la chaîne d’approvisionnement de grandes entreprises américaines et (se retrouve) dans des produits que les consommateurs utilisent au quotidien », affirme ce rapport.

Des documents examinés et des interviews conduites par The Sentry suscitent une préoccupation sérieuse que le réseau d’entreprises contrôlé par le magnat belge Alain Goetz ait raffiné de l’or exporté en contrebande de l’est du Congo à (l’usine) African Gold Refinery (AGR) en Ouganda et l’a ensuite exporté par le biais d’une série d’entreprises vers les États-Unis et l’Europe, ajoute le rapport, publié en fin de semaine dernière.

L’ONG The Sentry (littéralement La Sentinelle) a été co-fondée par l’acteur Georges Clooney.

Selon des documents qu’elle a pu consulter, AGR a exporté en 2017 de l’or, d’une valeur d’environ 377 millions de dollars à un affilié apparent de la raffinerie de (l’entreprise anversoise) Tony Goetz NV basée à Dubai.

« De nombreuses sources interviewées par The Sentry ont identifié AGR comme source d’or de conflit provenant du Congo. AGR le dément et se déclare résolue à s’abstenir de toute action contribuant au financement du conflit » dans l’est de la RDC, ajoute le rapport.

Selon les Nations unies, l’or du conflit congolais fournit la majorité de leurs revenus aux acteurs armés présents dans l’est de la RDC et de 300 à 600 millions de dollars d’or sont ainsi exportés frauduleusement du Congo chaque année.

Toujours selon le rapport, deux trafiquants importants d’or ont reconnu à The Sentry qu’ils s’étaient livrés à la contrebande d’or de l’est du Congo à destination d’AGR et d’autres courtiers régionaux ont corroboré ces propos. Quatre courtiers régionaux ont aussi indiqué à The Sentry que les trafiquants Buganda Bagalwa et Mange Namuhanda, cités dans plusieurs rapports du groupe d’experts de l’ONU sur le Congo, ont fourni de l’or à AGR en 2017. AGR nie avoir reçu de l’or de ces marchands et des quantités significatives de ce minerai sans référence d’origine d’autres sources.

Selon The Sentry, plusieurs pratiques d’AGR laissent penser qu’il pourrait s’agir de blanchiment potentiel, tel que défini par le Groupe d’action financière (GAFI, un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme).

L’or provenant de zones de conflit suit un itinéraire d’environ six étapes entre l’est de la RDC et les utilisateurs finaux, qui sont la joaillerie, les lingots d’or pour les investisseurs et les banques, ainsi que le secteur de l’électronique.

Des entreprises comme Amazon, Sony, General Electric (GE) et 280 autres sociétes américaines ont reconnu la raffinerie belge comme faisant partie de leur chaîne d’approvisionnement.

 
 
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