Tim Cook égratine le modèle Facebook: «C’est de la surveillance»

Tim Cook a plaidé pour un RGPD à l’américaine devant le Parlement européen.
Tim Cook a plaidé pour un RGPD à l’américaine devant le Parlement européen. - Reuters

Ce n’est pas la première fois que le patron d’Apple s’en prend directement à son collègue de la Silicon Valley, Mark Zuckerberg. Le premier reproche au second de bâtir son « business model » en transformant ses clients en produits (publicitaires). Le second lui renvoie l’ascenseur en l’accusant, en gros, de ne développer des services que pour les riches. Tim Cook en a remis une couche ce mardi à Bruxelles. Invité vedette de la 40e conférence internationale sur la protection des données, dans l’enceinte du parlement européen, il a une nouvelle fois, sans le nommer, égratigné le modèle Facebook. « Ça, c’est de la surveillance », a-t-il martelé.

« Nos informations personnelles sont transformées en arsenal contre nous avec une efficacité militaire. Chaque jour, des milliards de dollars changent de mains et d’innombrables décisions sont prises en fonction de ce que nous aimons et n’aimons pas, de nos amis et familles, de nos relations et conversations, nos désirs et nos peurs, nos espoirs et nos rêves. (…) Ce profil permet à des algorithmes de vous proposer des contenus toujours plus extrêmes, transformant nos préférences en convictions endurcies ». Allusion, à peine voilée, aux campagnes de désinformation qui ont circulé, et circulent toujours, sur Facebook et ont permis d’influencer l’élection présidentielle américaine et le Brexit.

« Dans quel monde voulons-nous vivre ? »

« La vie privée est dans notre ADN », a déjà martelé Apple haut et fort à plusieurs. Sans surprise, Tim Cook a donc réitéré tout le bien qu’il pensait du Règlement de Protection de la Vie Privée, le RGPD, mis en place en Europe en mai dernier. « Dans quel monde voulons-nous vivre ? », a-t-il questionné en boucle devant un parterre acquis à la cause. En filigrane, il pointe les dangers de la technologie, « capable de faire des grandes choses ». « Mais elle ne le veut pas, elle ne le peut pas, elle ne vaut rien. On doit agir pour s’assurer qu’elle agisse pour aider l’humanité et non l’inverse ».

Dans la foulée, Tim Cook a admis la responsabilité de son entreprise en la matière. « Quand nous avons lancé cet appareil », a-t-il affirmé en brandissant son iPhone, « nous savions qu’il pouvait potentiellement mettre plus de données personnelles dans votre poche que dans votre maison ». Apple a, depuis quelques années, musclé son discours en matière de vie privée. Sincère ou non, ce positionnement est dégainé comme un argument marketing, au même titre que le design de ses produits. Et de fait, son « business model » ne repose pas sur l’exploitation des données personnelles (mais sur la vente de produits et de services). En juin dernier, dans la foulée du scandale Cambridge Analytica (et le vol de données de plus de 80 millions d’internautes à des fins frauduleuses), l’entreprise annonçait fièrement que son navigateur, Safari, bloquerait par défaut les « mouchards » de Facebook. Ses smartphones, à l’inverse des modèles Android de Google, ne tracent par ailleurs pas leurs utilisateurs.

Autant dire que, dans cet esprit, l’Europe et son RGPD sont des alliés de poids. A contre-courant des discours de ses trois collègues des Gafa (Google, Amazon et Facebook), Tim Cook a donc plaidé une nouvelle fois en faveur d’une loi sur la vie privée aux Etats-Unis. « Vous avez montré la voie », a-t-il martelé au sein du parlement européen. « Et il est temps pour le reste du monde de suivre ». « Nous aimerions voir, pas seulement les Etats-Unis, mais de nombreux autres pays suivre l’exemple de l’Europe et même les dépasser ». Tim Cook y voit même une exigence « morale ».

Le RGPD, ok. Une taxe, par contre…

Le ton très europhile du PDG d’Apple, adopté ce mardi à Bruxelles, tranchait nettement avec le discours tenu à l’égard des autorités européennes en matière de fiscalité. Intransigeant, Tim Cook a toujours rejeté fermement l’idée d’une « taxe Gafa » visant à imposer les revenus des grandes firmes technologiques, dont l’essentiel des bénéfices est rapatrié aux Etats-Unis. Hier, à Paris, Emmanuel Macron, qui tente de convaincre l’ensemble de ses partenaires européens sur l’idée d’une taxe de 3 %, a eu l’occasion de présenter ses arguments au patron d’Apple. Inflexible, il n’a évidemment pas changé son fusil d’épaule…

 
 
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