La Belgique investira 369 millions dans le projet de défense européenne

Charles Michel © Belga
Charles Michel © Belga

Comme pressenti de longue date, le conseil des ministres restreint a sélectionné le chasseur furtif américain F-35A pour succéder au cours des prochaines décennies aux F-16 de la force aérienne. Plus étonnant, en optant pour l’achat de 34 appareils américains dont les premiers seront livrés en 2023, la Belgique va faire des économies par rapport au budget qu’elle s’était fixé, a commenté jeudi le Premier ministre Charles Michel qui les chiffre à 647 millions d’euros.

« Le coût pour l’investissement dans la nouvelle capacité de combat aérien s’élève finalement à 3,8 milliards d’euros, explique Steven Vandeput, ministre N-VA de la Défense. Les paiements seront effectués sur une période de plus de 12 ans. Pour compenser l’évolution des taux de change, une provision supplémentaire de 5 %, soit 200 millions euros, est prévue. Cela porte le coût d’investissement à 4,011 milliards. C’est 647 millions d’euros de moins que prévu dans la vision stratégique. Pour ce montant, notre pays reçoit 34 F-35A du block 4, deux centres de simulation de vol, le matériel et les systèmes ICT pour l’appui opérationnel et technique des avions sur la base et durant leurs déploiements, ainsi que des systèmes de casque haute technologie pour les pilotes. Pour la période 2018-2030, ce montant d’investissement couvre également, entre autres, les coûts de la poursuite des évolutions du système d’arme ainsi que du recyclage des pilotes et du personnel technique. Sur les 40 ans de vie estimée de l’avion, le coût total prévu est donc de 12,4 milliards au lieu des 15 annoncés. »

« L’évaluation des offres était sans équivoque : l’achat du F-35 constitue le meilleur choix pour notre pays sur le plan financier, opérationnel et industriel, a ajouté Steven Vandeput. C’est l’avion le plus avancé du monde occidental pour le meilleur prix. Et c’est la procédure choisie qui a permis de réduire le prix. »

Moins cher que ce qu’ont payé l’Italie et les Pays-Bas

La Belgique va donc payer ses avions moins cher que les pays comme l’Italie, la Norvège et les Pays-Bas qui ont pris part dès le début au développement de l’avion de chasse américain. Lors d’une présentation, ce jeudi, le chef du projet, le colonel Harold Van Pee a notamment expliqué que les Etats-Unis ont exonéré la Belgique de sa participation aux frais de développement historiques et futurs de l’avion, soit plusieurs centaines de millions d’euros.

Quoi qu’il en soit, le Premier ministre sait déjà ce qu’il va faire des 647 millions économisés. Jusqu’à 300 millions d’euros serviront au préfinancement des retours sociétaux. À savoir, aider les entreprises à investir. Les 369 autres millions seront injectés dans un futur projet de défense européen. Reste à savoir lequel. Le Scaf, un projet surtout aérien porté par le duo franco-allemand ou son concurrent anglo-italien ? Aucune réponse à ce stade.

Cette Europe de la Défense, Charles Michel a tenu à rappeler qu’il y tient. « Trente pour cent des composants du F-35 sont fabriqués en Europe, a-t-il dit. Nous avons des engagements pour que 4-5 % des pièces de nos avions soient produites en Belgique. » Globalement, « on choisit d’investir en faveur d’une défense qui s’insère à la fois dans le cadre de l’Otan et dans le cadre européen », a ponctué le Premier ministre, parlant de « double démarche ».

Cette double démarche se retrouve dans l’annonce de l’achat de deux systèmes de drones Male (Medium Altitude, Long Endurance) de type Reaper et un partenariat avec la France pour l’achat de 442 véhicules blindés pour les unités de combat de la composante Terre. « En termes de montant des achats, en euros, nous sommes en équilibre entre acquisitions européennes et américaines », précise une source gouvernementale. Sans surprise, l’annonce et les explications gouvernementales relatives à ces achats n’ont pas convaincu les partis d’opposition.

La Belgique «tue l’Europe de la Défense»

Par J. Kz

La décision belge a déchaîné un feu nourri de réactions prévisibles, mais particulièrement violentes, du côté français. Et c’est au nom du projet européen que des voix, ne représentant pas formellement l’Etat mais parlant sans nul doute pour le « complexe militaro-industriel » hexagonal, ont dégainé rapidement. Comme dans cette tribune publiée jeudi dans le quotidien libéral L’Opinion par un sénateur et un chercheur, accusant la Belgique de « tuer l’Europe de la Défense » en « faisant preuve d’un vrai zèle à l’égard des Etats-Unis, (…) une attitude incompréhensible (…) et pour tout dire peu digne ». L’argument : « Le choix belge est un coup décisif à la constitution d’une aviation de combat européenne sans laquelle (…) il n’y a pas d’indépendance militaire possible ».

Il est vrai que, contexte géopolitique oblige, l’UE a pris en 2017 la décision stratégique, sous l’impulsion forte de la France, d’initier une « coopération structurée permanente » en matière militaire (la « Pesco » dans son acronyme anglais). Elle regroupe 25 Etats, dont la Belgique. Mais il est piquant de rappeler que la France aurait voulu lancer cette initiative avec un groupe limité d’Etats de l’UE disposant de capacités militaires ou économiques majeures. Les petits pays, dont la Belgique, ont fait le forcing pour en être également, entraînant finalement la majorité des Etats de l’Union. Axe principal de cette « Pesco » : la coordination en matière d’achats militaires et de programmes de développement d’armement…

Si on peut suspecter la France de cacher derrière l’ambition d’une Europe de la Défense sa frustration quant à la perte d’un marché, ses critiques ne sont pas isolées. Un diplomate d’un autre pays important participant à la Pesco confiait au Soir que la décision belge « constitue un recul par rapport à notre engagement collectif pour renforcer l’industrie européenne de la défense ». Même si, poursuivait-il en demandant de respecter son anonymat, « on sait bien que la Belgique suit traditionnellement les Pays-Bas dans ses politiques d’acquisitions d’équipements militaires. »

Le F-35, un furtif qui dispose d’une vision à 360 degrés

Par Frédéric Delepierre et F.De.

Lancé en 1996, le projet de développement du F-35 a abouti à la mise en service de la première version de l’avion de chasse en 2016. C’est un appareil multirôle de cinquième génération, il est donc furtif. Il s’agit d’un monoréacteur équipé d’un moteur Pratt & Whitney F135. L’une de ses particularités est qu’il dispose d’un système de détection électronique optique à 360° et d’un radar à antenne à balayage électronique actif (E-Scan). Le chasseur peut atteindre la vitesse maximale de 1,6 Mach, soit 1.950 km/h. Son rayon d’action est de 1.135 km, sur carburant interne. Pour embarquer son armement, le F-35 dispose de deux soutes dans lesquelles des missiles peuvent être embarqués. En externe, ce sont 6,8 tonnes d’armes qui peuvent être emportées : une centaine de missiles de courte portée et autant de longue portée, notamment.

 
 
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