Un nouveau biomédicament contre le cancer

Un nouveau biomédicament contre le cancer

Quatorze ans de recherche sur le sujet. Sophie Lucas, professeure en immunothérapie du cancer, s’est passionnée dès sa thèse pour l’observation du système immunitaire ébranlé par un cancer. La célèbre revue Science s’intéresse au résultat qu’elle a obtenu : un médicament, qui pourrait bientôt être testé en clinique.

« Les recherches que nous conduisons au sein de l’Institut de Duve se concentrent sur des cellules très particulières, appelées “Treg,” qui portent un assemblage de protéines bloquant les réponses immunitaires chez les patients cancéreux, explique la chercheuse. Ces assemblages de protéines, que nous avions déjà identifiés il y a trois ans, font “un peu trop bien” leur travail. Ils empêchent le système immunitaire de rejeter les cellules cancéreuses. »

Des cellules trop zélées

Les « Treg » sont des lymphocytes qui protègent notre corps des maladies auto-immunitaires en bloquant l’activité des autres lymphocytes T qui peuvent être des soldats trop zélés et générer des réactions immunes excessives. Mais chez les patients atteints de cancer, ces molécules ont un comportement indésirable : ils sabotent les réponses immunitaires contre les tumeurs. Comment ? En libérant une des protéines de l’assemblage, porteuse d’un message, via un « postier » : une autre protéine portant le nom de « GARP ».

C’était en 2015, la jeune équipe de la chercheuse avait déjà identifié à l’époque un anticorps qui empêche les « Treg » d’émettre ce message inhibiteur et permet de laisser le système immunitaire faire son travail. « Avant, on ne savait pas comment l’anticorps fonctionnait, ni comment il interagissait avec les autres protéines, raconte la professeure Lucas. Depuis que notre équipe de l’UCLouvain s’est associée à celle du professeur Savvas Savvides de l’UGent, nous avons réussi à dessiner une structure en trois dimensions de l’ensemble du complexe “Garp – Treg – anticorps.” Parfait pour observer l’ensemble sous tous les angles. »

Pour ce faire, un procédé : la cristallographie aux rayons X – cette même méthode qui a permis de découvrir la structure de l’ADN. « Grâce à cette technique, nous avons pu voir les molécules de l’ensemble de l’échelle atomique, s’enthousiasme la professeure. Ce que l’on peut voir ne mesure que quelques nanomètres… C’est “nanoscopique !” Voir ces détails nous a permis de comprendre comment l’anticorps peut débloquer l’activité du système immunitaire et donc nous rendre compte que c’était possible d’agir de manière très, très ciblée. »

Un biomédicament en route

Ces recherches ont permis de mettre au point un biomédicament, nouvelle chance de survie pour les patients atteints d’un cancer. « Le biomédicament que nous avons imaginé est un anticorps monoclonal, explique la professeure Lucas. Il en existe déjà plusieurs utilisés dans les biothérapies en Belgique. La particularité de ces “anticorps,” c’est d’être produits en laboratoires mais en ayant les mêmes caractéristiques structurelles biochimiques que les anticorps de notre corps. » Désormais sous la licence d’une entreprise biopharmaceutique, la poursuite du développement clinique du biomédicament est assurée.

Pour la chercheuse ? « La suite pour nous, c’est étudier “Garp,” “ Treg” et ces autres cellules capitales dans d’autres contextes que celui du cancer, poursuit la professeure Lucas. Elles pourraient en effet avoir des rôles capitaux dans les maladies auto-immunitaires. Les perspectives sont très stimulantes. »

 
 
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