Et si on végétalisait la cour de récré?

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Si les enfants aiment autant ce lieu, c’est grâce à l’omniprésence de la nature mais aussi parce qu’on l’a construit tous ensemble.
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« Si les enfants aiment autant ce lieu, c’est grâce à l’omniprésence de la nature mais aussi parce qu’on l’a construit tous ensemble. » - Dominique Duchesnes.

Au pied des trois saules, il fait bon apprendre. Ce matin, avec les élèves de 1re et de 2e primaires dont elle est la titulaire, Mme  Cramer a construit un hôtel à insectes. Après avoir regardé quelques vidéos sur YouTube pour identifier quel substrat correspond à quel insecte et lu à haute voix le descriptif de l’activité, une dizaine d’enfants se sont regroupés autour de la structure en bois alors vide.

Des pommes de pin, de l’écorce, des briques, de la mousse, des copeaux de bois naturels. Charrié par leurs petites mains, chaque matériau a trouvé place dans une des logettes de bois, attendant désormais d’héberger une belle diversité d’insectes dont l’apprentissage des noms est tout sauf une sinécure.

Une majorité des écoliers est issue d’un milieu socioculturel défavorisé et vit dans la cité du quartier. Le vocabulaire des petits s’enrichit en même temps que la dextérité manuelle des plus grands s’affine.

« Alors que pour nombre d’enfants, l’usage de leurs mains se limite à tenir une manette de jeu électronique, l’utilisation du marteau a été un acte libérateur pour certains (rires). Viser un clou et ne pas taper à côté, ce n’est pas si facile que ça », explique Mme  Catherine, institutrice de 5e et 6e  primaires. Avec ses élèves, elle a rénové des coffres en bois qui servent désormais d’assise à l’immense banc forestier qui se tient dans le pré adjacent à la cour de récré. « Au début, ils ressentaient un peu de frustration, mais quand ils sont parvenus à clouer, ils étaient fiers de leurs réalisations. Et nous aussi. »

Mme  Schar, institutrice en 3e et 4e  primaires, abonde dans ce sens : « Ce genre d’activité manuelle met en valeur des enfants qui ne sont pas forts en maths ou en français. Ce sont eux qui servent alors d’exemples. »

L’an dernier, l’école libre des Monts à Herstal a posé sa candidature à « Ose le vert, recrée ta cour », un appel à projets lancé par GoodPlanet Belgium et Natagora. Une bourse de 1.800 euros lui a été accordée pour élargir la cour de récréation au pré adjacent et y aménager des structures apportant plus de biodiversité, de contact avec la nature et de convivialité. Une partie de l’argent servira à faire appel à un jardinier professionnel. Il creusera les tranchées nécessaires à la plantation des haies vives et au pré fleuri qui amèneront de la vie dans un espace inexploité du pré.

C’est sur les chapeaux de roue que le projet a débuté en mars dernier. Des érables anarchiques ont été abattus pour éclaircir le pré jouxtant la cour bétonnée. En empilant leurs branches d’un diamètre de quelques centimètres, les enfants ont patiemment érigé le dossier du grand canapé forestier sur lequel ils aiment particulièrement s’asseoir.

« C’est leur petit moment à eux. Si les enfants aiment tant ce lieu, c’est grâce à l’omniprésence de la nature, mais aussi parce qu’on l’a construit tous ensemble, précise Mme  Nathalie, qui y installe de temps à autre ses bambins de maternelle pour leur raconter des petites histoires. Aussi, vu qu’ils participent pleinement à la conception de leurs jeux, les enfants les respectent beaucoup plus. Ils y font attention. »

Ce tissage d’un lien avec la nature et le fait de se retrousser les manches impactent également une autre facette du comportement des enfants. Et non des moindres. Avant, il régnait une certaine violence dans la cour de récré, des coups se perdaient. Désormais, l’ambiance est pacifiée. « La plupart des enfants sont apaisés, note Mme  Cramer. On craignait qu’ils se battent avec les branches, mais il n’y a rien de cela. » Au contraire, les branchettes canalisent l’énergie et sont torsadées en bracelets ou en couronne. Quant aux bouts de bois rigides, ils servent à touiller dans la boue tout en dessinant des sourires de bonheur sur les visages.

Mettre les sens en éveil, voilà le but du sentier sensoriel que conçoivent les enfants de maternelle. A l’aide de petits sauts et de pelles, ils ont rempli de broyat un grand rectangle creusé dans le sol. D’ici peu, on marchera pieds nus dans une succession de cadres en bois contenant de la laine, des marrons ou de la boue. Ces structures, ce sont les plus grands qui les ont fabriquées, apprenant en même temps les angles droits et travaillant sur le carré. La conception des jeux est l’occasion de faire des mathématiques appliquées et des lectures fonctionnelles.

Auparavant, l’espace extérieur était plat et dénué. Aujourd’hui, avec l’ouverture de la cour sur le pré attenant et sa restauration, ces enfants du béton accèdent à un carré vert jalonné des différents modules construits en matériaux de récup sur lesquels ils peuvent enfin grimper. « C’était une chose qu’ils ne pouvaient pas faire avant, explique Mme  Cramer. La première fois qu’ils ont eu accès au pré, et sans qu’on leur ait expliqué quoi que ce soit, ils sont directement allés se percher sur les rondins de bois. » Disposés en cercle, ils serviront de chaises pour faire classe dehors une fois les tables nécessaires construites.

Alors que la joie résonne dans le pré aménagé, l’école libre des Monts vit une sorte de résurrection. En 2016, elle fut condamnée à mort. En cause : un nombre insuffisant d’enfants inscrits. « Si les parents ne s’étaient pas mobilisés, jamais on n’aurait accordé une chance de trouver des enfants supplémentaires », souffle Mme  Cramer.

Avec 20 enfants en maternelle et 46 en primaire, l’établissement est aujourd’hui dans les clous. Au cœur de la ville de Herstal, c’est une petite école qui rappelle celle de notre enfance. Mme  Catherine enseigne à la fois aux 5e et 6e primaires, soit 14 élèves. Un petit nombre qui permet d’impliquer les enfants et de réaliser des projets impossibles à mener s’ils étaient le double. « Même si on est toujours sur la corde raide, on a la chance d’être une petite école. Ici, l’enfant est réellement acteur. »

Appel à projets

Par Laetitia Theunis

« Ose le vert, recrée ta cour 3.0 » est lancé

Un nouvel appel à projets « Ose le vert, recrée ta cour » est lancé. Les écoles maternelles et primaires ainsi que les sections « instituteur primaire et préscolaire » des hautes écoles de Wallonie ont jusqu’au 30 novembre 2018 pour y répondre (1). Les projets attendus doivent viser à amener plus de biodiversité, de contact avec la nature et de convivialité dans les espaces extérieurs des écoles. Pas moins de 130 écoles fondamentales et 5 hautes écoles sont sélectionnées. Elles recevront une bourse comprise entre 1.000 et 3.500 euros et un accompagnement personnalisé de septembre 2019 à novembre 2020. Lors des deux premières éditions, 282 écoles en ont bénéficié.

(1)  www.oselevert.be

 
 
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