L’empire incertain du «sauveur de Leicester» après sa mort dans un crash d’hélicoptère

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À 60 ans, Vichai Srivaddhanaprabha était le cinquième homme le plus riche de Thaïlande, selon le classement de Forbes, avec une fortune estimée à près de cinq milliards de dollars. Il avait bâti en quelques décennies un empire du «  duty-free » très lucratif, King Power, en situation de monopole dans les aéroports de ce pays visité chaque année par des dizaines de millions de touristes.

«  Ce n’était pas un héritier d’une riche famille mais un vrai battant », souligne le politicien Anutin Charnvirakul, saluant le «  modèle pour la jeune génération », d’homme d’affaires avisé, incarné par Vichai.

La «  success story » du club anglais de Leicester, qu’il a réussi à faire grimper en tête du Championnat de foot anglais, a aussi beaucoup joué dans la création du mythe Vichai ces dernières années. Et contrairement au milliardaire Thaksin Shinawatra, Vichai a su rester hors des querelles politiques du royaume. Homme d’affaires très discret et fervent bouddhiste, Vichai a réussi à se ménager les faveurs des élites conservatrices, y compris du palais, qui lui a accordé le nom prestigieux de Srivaddhanaprabha.

Une entreprise familiale

En dépit de son poids économique et de ses ambitions internationales, King Power était cependant resté une entreprise très familiale. Et les quatre enfants de Vichai, deux filles et deux garçons tous trentenaires, font partie du comité exécutif du groupe. «  Je pense que Vichai a déjà préparé ses enfants » à prendre sa succession, estime Somchai Phagaphasvivat, politologue de l’université Thammasat de Bangkok.

Son plus jeune fils, Aiyawatt, âgé de 32 ans, plus connu sous le surnom de «  Top », fait figure de dauphin naturel, ayant d’importantes responsabilités à King Power et étant vice-président du club de Leicester City. Il était aussi le seul à apparaître dans les rares interviews données par le clan Srivaddhanaprabha.

Bien qu’étant un passionné de polo, Top s’affichait volontiers aux matchs de Leicester City au côté de son père, montant à bord de l’hélicoptère que Vichai aimait emprunter pour quitter le stade. Son décollage depuis le centre de la pelouse après le match était une de ses rares extravagances. Elle lui aura été fatale samedi soir.

Des connexions politiques indispensables

Malgré leur connaissance des rouages de l’entreprise, ses enfants risquent d’avoir du mal à garder le cap, faute des connexions politiques de leur père. «  Pour être compétitif en Asie du Sud-Est, les connexions politiques sont fondamentales », admet lui même le politologue Somchai. Ces connexions de Vichai ont été clef pour obtenir le monopole des duty-free en Thaïlande. Elles risquent de manquer aux héritiers quand viendra le moment de renégocier l’accord de monopole sur les duty-free des deux grands aéroports de Bangkok, qui expirent dans quelques années.

King Power a échappé de justesse le mois dernier à des poursuites judiciaires concernant les conditions d’attributions de ces monopoles par le groupe public Airports of Thailand (AOT), montrant la fragilité du marché captif sur lequel Vichai a construit l’empire King Power.

 
 
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