Déclinaisons domestiques

Christian Hidaka, Sans titre, 2012, huile sur toile de lin, 35,7 × 51 × 2 cm, 5.700 euros.
Christian Hidaka, Sans titre, 2012, huile sur toile de lin, 35,7 × 51 × 2 cm, 5.700 euros. - Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels

Réaliste ou rêvée, fantasmée ou recréée, l’idée de la maison et de ses infinies possibilités travaille les artistes contemporains. Désireuse d’y consacrer une exposition, la galerie Michel Rein a rassemblé autour de ce thème les œuvres de neuf plasticiens avec qui elle collabore habituellement, y ajoutant une série de petites huiles sur toile de Francis Alÿs du début des années 1990, quand l’artiste découvrait New York. Présentées pour la première fois en galerie, elles sont issues de la collection d’un ami de l’artiste et figurent avec une très belle économie de moyens quelques détails architecturaux aisément reconnaissables, dans des teintes typiques de la « Grosse Pomme ».

L’ensemble graphique le plus important se compose des œuvres sur papier d’Anne-Marie Schneider, artiste française qui dessine comme elle respire, choisie par la galerie pour exposer en solo à Art on Paper le mois dernier. Explorant la mine de plomb, la gouache ou l’aquarelle, ayant consacré des années à apprendre l’art de la couleur, cette ancienne violoniste explore sans relâche la palette de ses émotions quotidiennes par le dessin.

Typologie personnelle

Les œuvres présentées établissent une typologie extrêmement personnelle et poétique allant de la « maison poumons » à la « maison enveloppe » en passant par la « maison bras ». La série la plus récente, datée de 2018, explore les combinaisons urbanistiques au moyen de cachets enfantins. Une façon de dire le monde contemporain avec évanescence, sur la pointe des pieds. Un univers à la frontière entre rêve et réalité, souvenir et fantasme, au moyen d’un vocabulaire iconographique varié, répertoire de figures, animaux et objets dont les codes et le statut sont résolument brouillés.

Franck Scurti, The Sun is OK (Supermarket), 2017, placoplâtre, nid d'abeilles, peinture, cadre bois, 129 × 54 × 7 cm, 15.000 euros.
Franck Scurti, The Sun is OK (Supermarket), 2017, placoplâtre, nid d'abeilles, peinture, cadre bois, 129 × 54 × 7 cm, 15.000 euros. - Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels

Face à elle, les œuvres sur placoplâtre de Franck Scurti apparaissent bien plus politiques, articulant la grille du dessin d’architecture et les plans d’unités d’habitation qui se ressemblent toutes et ne sont identifiables que par la taille et la mention fonctionnelle qui leur est accolée. École, banque, hôtel, supermarché. C’est un monde en nid d’abeilles, peint avec gaieté mais survivant difficilement, à la limite de la ruine, de la décrépitude, du chaos. Artiste multimédia, attentif aux signes du temps et à ses codes sociaux, Scurti emploie fréquemment des matériaux récupérés auxquels il assigne une valeur nouvelle. Avec le temps, ses œuvres résonnent entre elles pour former une possible narration faite d’associations de sens. Un récit de notre culture occidentale et de ses représentations, pétrie de règles politiques, économiques et scientifiques édictant le cadre de notre vie quotidienne.

Luca Vitone développe quant à lui un travail plus conceptuel, qui donne à voir le plan intérieur d’habitations réelles dont il extrait un objet singulier – dans ce cas précis, un métronome. Cherchant à reconstruire et à reconfigurer sa propre géographie, Vitone invente des modes de rencontre entre l’intime et le collectif dans une visée postmoderne. Il a notamment réalisé des tableaux employant la poussière accumulée dans certaines habitations. Pas si éloigné, Jordi Colomer propose une modélisation frappante de la côte espagnole sous forme d’installation composée de sérigraphies sur aluminium agencées sur et sous une table en bois. Évoquons encore la « maison beurre » d’Erwin Wurm, les photographies aux teintes explosives de Franck Christen ou le Studiolo en contreplaqué de bouleau de Raphaël Zarka pour clore cet inventaire contemporain de l’habitat, qui combine rêveries et lucidité.

Luca Vitone, Non siamo mai soli (Metronomo), 1994, dessin encadré, étagère en bois, métronome en bois, 13.000 euros.
Luca Vitone, Non siamo mai soli (Metronomo), 1994, dessin encadré, étagère en bois, métronome en bois, 13.000 euros. - Courtesy of the artist and Michel Rein, Paris/Brussels

« Houses », jusqu’au 21 décembre, du mercredi au samedi de 10 à 18 h ou sur rendez-vous, Galerie Michel Rein, 51A rue Washington, 1050 Bruxelles,

02-640.26.40, www.michelrein.com

 
 
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