Sensualité zen

Sensualité zen
Dorian Rollin.

Originaire de Californie avant de passer dix ans à New York, Jeff Kowatch (1965) vit en Belgique depuis le début des années 2000. Représenté chez nous par la Galerie Faider et, à Paris, par la Galerie Vieille du Temple – devenue Galerie La Forest Divonne en 2015 –, c’est tout naturellement que l’artiste expose conjointement dans ces deux galeries cet automne. Chez Faider, il montre ses huiles sur toile au rendu lisse, flouté et cotonneux, tandis que chez La Forest Divonne, il expose ses œuvres sur papier : « Une partie de son travail que j’aime beaucoup, parce qu’il laisse le geste apparent et le travail matiériste visible », nous dit Jean de Malherbe, directeur du lieu. Pour cette série, Kowatch a travaillé avec des bâtons à l’huile sur panneaux « Dibond » en aluminium, en grands formats, sans vitre.

Dorian Rollin.

Plénitude picturale

Adepte de la méditation et maître zen, Jeff Kowatch œuvre à la recherche d’un subtil équilibre visuel. « D’emblée, le travail du pastel s’inscrit sous le signe de la résistance. Et, dès lors, d’une certaine violence qui n’est pas brutalité, mais enthousiasme, fougue et passion », affirme Michel Draguet dans le catalogue de l’exposition. Travaillant pendant un à deux ans sur chaque tableau, par superposition de fines couches picturales, l’artiste réitère sans cesse les mêmes mouvements, comme dans sa pratique méditative, ses œuvres naissant de l’inlassable répétition des gestes. Dans l’atelier bruxellois, « Tout respire l’ordre et la mesure, le dépouillement et la concentration. Sur le mur du fond, les dessins sont épinglés au mur, raconte Michel Draguet, habitué des lieux. La magie des couleurs étendues en champs lumineux et la ligne qui gravite perpétuellement à fleur de papier, puis sur la surface lisse de l’aluminium. Peinture et dessin : deux modalités d’expression d’une même manière d’être au monde. »

Dorian Rollin.

En s’installant à Bruxelles, Jeff Kowatch s’est rapproché du berceau de la technique de la peinture à l’huile. Il est passé maître dans l’utilisation du « glacis » si caractéristique de la peinture flamande, tout en s’inscrivant dans la grande tradition des abstraits américains, de Mark Rothko à Brice Marden, sans oublier l’Ostendais James Ensor à qui l’Américain rend hommage dans une Sortie du Christ à Bruxelles tout aussi carnavalesque et colorée que le modèle ensorien, et dont les dimensions respectent avec exactitude celles du grand tableau exilé au Getty Museum de Los Angeles, ville natale de Kowatch – tout se tient ! Un monde de lumière aux polyphonies tantôt délicates, tantôt féroces, qui happe notre regard et « évoque aussi bien le Monet tardif et ses nymphéas féeriques que le Rothko mystique qui dénoue dans ses champs de couleurs pures la diversité d’un monde voué au seul spirituel », conclut Draguet. Epoustouflant !

Dorian Rollin.

30 ans à Paris, 3 à Bruxelles

Cet automne marque aussi un anniversaire important pour la Galerie La Forest Divonne, qui a ouvert ses portes dans le Marais en 1988. A cette occasion, Marie Hélène de La Forest Divonne et son fils, Jean de Malherbe, qui dirige la galerie saint-gilloise, dressent le bilan et se penchent sur leur récente ouverture à Bruxelles. « Je veux devenir un galeriste belge ! », n’hésite pas à déclarer Jean de Malherbe.

Installé ici avec femme et enfants, le trentenaire désire faire la différence face aux autres galeries françaises implantées en Belgique qui, bien souvent, ont un manager ici et gèrent le reste depuis Paris. « Je pense que notre projet n’a de sens que si on s’inscrit dans le tissu culturel belge, y compris personnellement, pour créer une relation de confiance à long terme. On cherche à faire connaître les artistes qui nous passionnent, pas les grands noms déjà connus, et cela passe par un contact direct. On essaie d’ailleurs de travailler de plus en plus avec des artistes belges : au printemps prochain, on exposera Catherine François et, en septembre, Tinka Pittoors. On sent que Bruxelles est devenue incontournable dans l’art contemporain, en particulier pour les jeunes artistes. Ils soulignent tous l’ouverture d’esprit et la disponibilité des amateurs d’art. A Bruxelles, on est maintenant suivis par des collectionneurs importants, souvent plus libres qu’à Paris, qui n’achètent pas via un conseiller en art. »

« Jeff Kowatch. Full Circle », jusqu’au 23 décembre, Galerie La Forest Divonne, du mardi au samedi de 11 à 19 h, 66 rue de l’Hôtel des Monnaies, 1060 Bruxelles, 02-544.16.73, www.galerielaforestdivonne.fr  ;

Galerie Faider, du mercredi au samedi de 14 à 18 h,

12 rue Faider, 1050 Bruxelles, 02-538.71.18, www.galeriefaider.be . Service de navettes assuré entre les deux galeries ce jeudi 8 à l’occasion du vernissage.

 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Quatre nouvelles plaintes ont été déposées contre les pratiques publicitaires en ligne de Google et de l’IAB (Internet Advertising Bureau).

    RGPD: la pub en temps réel sur le web est-elle illégale?

  2. Song Ji Won est l’une des deux candidates à jouer le concerto de Sibelius.

    Du côté des concertos du Reine Elisabeth: concerto pour violon en ré mineur de Jean Sibelius op. 47

  3. pions

    Jeu de l’oie: comment on forme (et déforme) des gouvernements après les élections

Chroniques
  • Les enjeux du tirage au sort de citoyens

    L’idée d’instituer des parlements de citoyens tirés au sort a gagné du terrain, au point d’être reprise à des degrés divers par la plupart des partis politiques. Des listes «citoyennes» en font même un élément central de leur programme, tandis que des intellectuels au départ réticents se disent à présent favorables à ce procédé. Les sondages d’opinion, eux, montrent que la population est plus hésitante, mais il est hors de doute que l’idée a le vent en poupe.

    Il importe d’autant plus d’en clarifier le sens. On présente généralement le tirage au sort comme un moyen d’impliquer les citoyens dans la vie démocratique, de leur permettre de participer davantage à la prise de décision, et on le range souvent du côté de la démocratie directe, comme une alternative à la démocratie représentative.

    ...

    Lire la suite

  • Personne ne devrait souhaiter une guerre avec l’Iran

    Des bruits de bottes dans le Golfe ? L’expression a presque trente ans et, pourtant, elle conserve plus que jamais sa pertinence. On dira pour le moment « guerre des mots » ou « guerre froide ». La dernière crise, due au zèle une fois encore intempestif de Donald Trump, concerne évidemment l’Iran des ayatollahs. Après des années d’âpres négociations, ce pays avait signé en 2015 un accord international sur le contrôle de ses activités...

    Lire la suite