Le ciment, bon baromètre pour la construction

Le ciment, bon baromètre pour la construction
coralie cardon.

Au niveau mondial, la production de ciment en 2016 a atteint 4,65 milliards de tonnes dont la moitié a été produite en Chine. La Belgique, avec une consommation de ciment de 6,25 millions de tonnes et 547 kg par habitant se situe dans le haut du classement des pays européens dont la moyenne de consommation s’élève à 307 kg par habitant. Ce matériau se consomme généralement localement vu les frais de transports élevés. L’année dernière, 1,24 million de tonnes ont été importés, soit environ 20 % de la production totale.

« Le poids de notre secteur est important dans la construction en Belgique puisque c’est le matériau de base de beaucoup de chantiers que ce soit dans le bâtiment résidentiel (48 %) non résidentiel (36 %) ou dans les infrastructures (16 %) », rappelle André Jasienski, directeur de Febelcem.

Le secteur cimentier belge qui comprend quatre acteurs d’envergure mondiale, Holcim (Groupe LafargeHolcim), CBR (HeidelbergCement Group), CCB (Cementir Holding) – tous trois membres de Febelcem – et VVM (CRH Group) ainsi que plusieurs importateurs. Ces entreprises se trouvent aujourd’hui confrontées à plusieurs défis.

L’objectif est d’évoluer vers une société « zéro carbone » en 2050. « Notre industrie va étudier la possibilité de stocker et de réutiliser le carbone émis puisque pour produire du ciment on doit décarbonater la roche ce qui implique une émission de CO2. A court et moyen terme, nous cherchons à développer des ciments moins énergivores avec l’ajout de laitiers, de cendres volantes, de fillers calcaires, pour réduire l’impact écologique. A l’horizon 2050, nous envisageons des techniques de stockage et de réutilisation du carbone dans d’autres applications », poursuit André Jasienski.

Des recherches sont en cours avec l’université de Mons notamment et au niveau européen avec l’European Cement Research Academy (ECRA). « Ces études progressent. A Lixhe, nous avons investi dans un système de récupération du CO2, c’est le projet Leilac (Low Emissions Intensity Lime and Cement) qui est en cours d’exécution actuellement avec toute une série de partenaires industriels autres que les cimentiers car ce sont des préoccupations qui touchent bon nombre d’entreprises », ajoute André Jasienski.

Ce qui est important lorsque l’on fait la comparaison d’un matériau avec un autre, c’est d’établir une analyse du cycle de vie. Le ciment permet de réaliser du béton. Il faut dès lors étudier le cycle de vie entier du béton, dont la durée de vie est estimée à cent ans. Si l’on fait le bilan d’un m³ de béton, le ciment, qui en constitue le liant, ne représente que 15 % de la masse de ce m³ de béton et ce dernier est 100 % recyclable en fin de vie.

Des bureaux indépendants ont démontré que sur le cycle de vie, le béton est particulièrement performant et peut donc offrir une garantie de cent ans. Eddy Fostier, président de Febelcem, cite l’exemple d’un cahier des charges pour des travaux publics dans le cadre du ring d’Anvers où la durée de vie des ouvrages a été fixée à cent ans. Il confirme que le secteur (entrepreneurs et fournisseurs) est prêt à s’engager sur une telle garantie de durée de vie, à condition que les travaux soient exécutés de manière qualitative, selon les règles de l’art.

Comment expliquer alors que nos centrales nucléaires sont aujourd’hui confrontées à des microfissures ? Dans le cas des centrales nucléaires, les bétons fissurés sont régulièrement soumis à des vapeurs d’eau chaude atteignant 170 ºC. Ces vapeurs pénètrent dans le béton, en fonction de sa porosité et de la présence de microfissures éventuelles, et finissent par atteindre les armatures. Ces dernières se corrodent et font alors éclater le béton. Selon les responsables de Febelcem, le respect des normes en matière de recouvrement des aciers et l’usage d’un béton compact, peu poreux, permet d’éviter tout problème. La qualité d’exécution est indispensable et reste donc un atout majeur.

Et André Jasienski de plaider pour que l’usage du béton soit développé dans tous les types de revêtements de sol également. « Il s’agit d’un matériau local, produit localement et dont le coût évolue très peu au fil des ans ; il est durable, écologique et 100 % recyclable en fin de vie. »

 
 
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