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Pourquoi les «fake news» menacent la presse (et la démocratie)

lapresse.be, l’association des éditeurs de presse quotidienne belges francophones, lance une vaste campagne de sensibilisation contre les « fake news », perçues comme une menace pour les démocraties et le modèle économique de « l’info d’origine contrôlée ».

Responsable du pôle Multimédias Temps de lecture: 3 min

Info ou intox ? Difficile, parfois, de faire le tri. Aujourd’hui les médias de qualité rivalisent avec des sites de désinformation grossière, ce qui, selon les éditeurs de presse, met en danger leur modèle économique. C’est dans cet esprit que lapresse.be lance, ce lundi, une campagne de sensibilisation en ligne, au cinéma, en radio et dans les journaux.

Qu’est-ce qu’une « fake news »

Entre rumeur, canular, propagande, théorie du complot, faits alternatifs, ou simple faute, le mot « fake news » est souvent galvaudé. Cet usage polymorphe du concept tend parfois à en minimiser la portée. Dans le discours politique, le terme « fake news » est souvent utilisé pour désigner ce qui est davantage interprété comme une « false news », soit une fausse nouvelle. « Fake », en anglais, renvoie plutôt à l’adjectif « truqué ». Une « fake news » désigne donc une information délibérément fausse diffusée dans le but de manipuler l’opinion publique et de déstabiliser une institution, un Etat ou un processus démocratique.

Pourquoi sont-elles dangereuses pour la démocratie ?

Parce que les « fake news » ont la couleur de l’information. Mais ce n’est pas de l’information. Elles en utilisent les codes journalistiques, néanmoins réduits à un titre choc accompagné d’une image. L’efficacité de ces « pièges à clics » est redoutable. Soutenues par des algorithmes puissants, qui permettent de cibler finement leur diffusion, les « fake news » puisent leur haut potentiel viral dans la crédulité des internautes, enclins à partager des contenus émotionnels, renforçant leurs croyances. Le MIT (Massachusetts Institute of Technology) a pu démontrer qu’une « fake news » avait 70 % de chances supplémentaires d’être retweetée qu’une information vérifiée et qu’elle se répandait 6 fois plus vite.

Avec 2 milliards d’utilisateurs, Facebook est ainsi devenu le vecteur privilégié d’organisations malveillantes, parfois orchestrées directement par des Etats (comme la Russie ou la Chine). Ce fut le cas lors la présidentielle américaine de 2016 ou lors du Brexit en Grande-Bretagne, dont les résultats ont été nettement influencés par les campagnes de désinformation lancées depuis des « fermes à trolls » basées à Saint-Pétersbourg.

Comment contrer la désinformation ?

Plusieurs écoles s’affrontent. Outre les voies judiciaires classiques, actionnées aux Etats-Unis ou en Irlande, certains Etats prônent une (auto-)régulation plus serrée des réseaux sociaux (c’est le cas de la Commission européenne). D’autres se sont engagés dans une voie législative, comme en France ou la « loi anti-fake news » se heurte néanmoins à certains principes de liberté d’expression. D’aucuns, enfin, soutiennent l’idée de programmes d’éducation aux médias renforcés. La Belgique, relativement épargnée par le phénomène, a, a priori, opté pour le soutien aux initiatives de « fact checking » (vérification de faits). Charles Michel a annoncé, le 9 octobre, avoir débloqué un fonds de 1,5 million d’euros en ce sens. Les contours de l’initiative restent néanmoins à définir.

À lire aussi Charles Michel en guerre contre la «désinformation»

Pourquoi la presse se mobilise ?

Il est beaucoup moins coûteux de produire des contenus sensationnalistes par centaines que de produire des informations vérifiées et approfondies, soutiennent les éditeurs. Les « fake news » contribuent également au financement de Facebook ou Twitter, qui valorisent ces « pièges à clics » gratuits, en captant une part non négligeable des revenus publicitaires. Et ce, au détriment, de la presse de qualité, dont le modèle d’affaires évolue, lui, vers l’abonnement payant. La désinformation, insistent les éditeurs, tend donc à fragiliser le modèle de « l’info d’origine contrôlée ».

 

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6 Commentaires

  • Posté par Léonard Jean-luc, lundi 12 novembre 2018, 11:37

    Exemple de "fake news" particulièrement vicieuse: la "fake news" par omission. Ce lundi, un journal belge titre: "Le président Trump rend hommage aux 'courageux américains" de 14-18". Hier, un journal américains citait la phrase exacte du Président: "“We honor the American and French service members who shed their blood together in a horrible, horrible war". Pourquoi le journal omet-il de préciser que cet hommage était rendu aussi aux Français ? Parce que cela pourrait faire paraître Trump moins nationaliste qu'il ne l'est et surtout plus humain ?

  • Posté par Bauwens Joel, dimanche 11 novembre 2018, 19:20

    « ... parfois orchestrées directement par des États (comme la Russie ou la Chine).... » Ouais, et l’affirmation de l’existence d’armes de destructions massives en Irak, ça n’en était pas une de fake news ? Et le nuage radioactif arrivant de Tchernobyl s’arretant à la frontière française, ça n’en était pas une de fake news ? Les russes et les chinois, certainement, comme tous les autres... alors citez les aussi... ... Et tant de sites de presse (ou autres d’ailleur) qui <<exigent>> l’usage d’un compte Facebook (ci-dessus critiqué) pour pouvoir interagir, n’est-ce pas être complice, tout en se tirant une balle dans le pied ?

  • Posté par Rousseau Jean-pierre , dimanche 11 novembre 2018, 18:24

    Ce serait bien si LeSoir montrait l'exemple plutôt que de publier des articles dont le titre se veut être accrocheur mais s'avère contredit dans le corps du texte , des "informations" en grande page du genre people, des textes dans un français approximatif (je ne parle même pas de l'accord du participe passé, ni même des conso, peno, compo et autres langues de type sms chères à nombre de journaleux), des journalistes soi-disant d'investigation censés être bien introduits dans le milieu (c'est le cas de le dire) du football et qui dans le Footbelgate n'ont rien vu ni entendu (autrement ils seraient complices) et dont la rédaction préfère détourner l'attention sur un football leaks dont beaucoup d'information ne méritent pas la moindre réprobation.

  • Posté par Reginster Jean-luc , dimanche 11 novembre 2018, 17:30

    Le problème de la "grande" presse aujourd'hui, c'est la confusion des genres dans le but de contrer le populisme de ce qui se dit sur les réseaux sociaux. On voit ainsi apparaître une double réaction: d'une part, des titres sensationnalistes afin d'attirer le chaland mais qui reflètent mal le contenu des articles et en altèrent la crédibilité et, d'autre part, sous le prétexte de commenter l'info et de la contextualiser, une moralisation de cette info qui revient à engager le journaliste sur l'opportunité d'un projet sociétal donnant au lecteur la désagréable impression qu'il consulte un organe de propagande. Ce qui est attendu d'un journal de qualité, c'est qu'il se concentre d'abord sur les faits, tous les faits pas seulement ceux qui servent l'opinion de l'auteur de l'article, et qu'il rende un avis critique sans chercher à valider l'opportunité de choix politiques. C'est aux politiques qu'il appartient de proposer aux citoyens des choix sociétaux, pas aux journalistes.

  • Posté par Arnould Philippe, dimanche 11 novembre 2018, 16:09

    C'est sur que la presse mainstream ne fait pas de fakenews, est garante de la démocratie, ne se sert pas de son pouvoir d'information pour influencer l'opinion et faire valoir ses propres principes… :D La presse est trop uniforme idéologiquement, ça c'est un fait vérifié, et constaté déjà par Soljenitsyne, et le manque de diversité partisane de l'information nuit à sa qualité. Les fake news sont-ils autre chose que les biais des idéologies concurrentes. Interdire les fake news, c'est interdire la liberté de la presse. A propos des médias et de Trump, et pourquoi Trump ne peut que gagner, j'ai une petite théorie : ceux-ci sont tellement engagés politiquement contre lui que ça biaise la qualité de leur information (biais d'orientation, de mauvaise foi, de sélection, de désirs qui l'emportent sur la réalité, etc… Et pour agir contre Trump, il faut adopter des stratégies viables. Or pour adopter des stratégies, il faut prendre des décisions éclairées et cela nécessite de l'information de qualité. Celle-ci ayant perdu sa qualité par son biais anti-Trump, les anti-trump perdent.

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