La ville rêvée des angles

Vincent Peal, «
Colonne du Congrès, Bruxelles
», 2014. Edition /10, 40 x 60 cm.
Vincent Peal, « Colonne du Congrès, Bruxelles », 2014. Edition /10, 40 x 60 cm. - Vincent Peal.

Après deux éditions précédentes ayant pour thème l’une le paysage, l’autre le portrait, c’est la ville qui est au cœur de ce troisième « PhotoBrussels Festival » prenant place au cœur du Châtelain, dans un centre d’art contemporain ouvert depuis quatre ans. Piloté par Delphine Dumont, le lieu se déploie sur près de mille mètres carrés et dessine un parcours sur les trois niveaux d’un bâtiment qui fait la part belle à la lumière naturelle.

Invitant 17 artistes émergents ou reconnus d’horizons divers – de la Belgique à la Chine, de la France au Brésil –, le festival déborde aussi dans huit autres lieux bruxellois et convie le public à une série de conférences et d’ateliers. « C’est le hasard des rencontres et la sélection des travaux qui ont donné ce panel de nationalités. Notre angle d’approche n’était pas du tout le réalisme des propositions, comme dans la Street Photography, mais bien la ville imaginaire, magnifiée. La ville fait-elle toujours rêver ? Voilà la question à laquelle nous avons tenté de répondre », explique Delphine Dumont.

La thématique n’est pas sans rappeler le récent essai publié cette année par Erik Orsenna et Nicolas Gilsoul chez Robert Laffont, Désir de villes. Petit précis de mondialisation V . Et en effet, certaines des images exposées aux cimaises du Hangar Art Center croisent le réel et l’irréel, voire le surréel. Ici, la photographie classique se mêle d’ailleurs sans réserve au photomontage et à la vidéo.

Jorge Hortua, «
Brussels
», 2018. Edition /10, 30 x 40 cm.
Jorge Hortua, « Brussels », 2018. Edition /10, 30 x 40 cm. - Jorge Hortua.

Côté jeunes talents, Benjamin Baltus, Pieter Dumoulin, Laurent Kronental et Tamara Stoffers nous racontent de belles histoires d’urbanisme et de citoyenneté. Prodige de la jeune photographie hollandaise, cette dernière plonge dans les images du passé pour créer des collages à l’ancienne donnant naissance à des scènes photographiques saugrenues. Basé à New York, Natan Dvir utilise quant à lui les couloirs du métro comme studio photo vivant en un observatoire de « l’humain » dans la ville, tandis que la Brésilienne Claudia Jaguaribe nous livre ses vues colorées et plongeantes de Rio, sa ville natale. Quant à Leon Billerbeck, lauréat Carte Blanche 2017 de ParisPhoto, il évoque la ville par le prisme du portrait de son frère, citadin et homme d’affaires.

D’Asie, deux artistes offrent des œuvres très contrastées : sélectionné par le Centre culturel coréen, Park Seung Hoon tente de montrer la complexité des villes d’aujourd’hui à travers de grands patchworks de diapositives, tandis que les Artificial Wonderlands du Chinois Yang Yongliang plongent le spectateur dans un « enfer fictif » composé de photomontages et vidéos hypnotiques. Reprenant les codes de la peinture traditionnelle chinoise, l’artiste y ajoute une multitude de composantes modernes pour un résultat époustouflant, que vous n’oublierez pas de sitôt !

Philippe Calandre, «
Bruxelles nord
», 2018. Edition /2, 150 x 300 cm.
Philippe Calandre, « Bruxelles nord », 2018. Edition /2, 150 x 300 cm. - Philippe Calandre

Bruxelles diffractée

Plusieurs projets portent un regard spécifique sur Bruxelles. En résidence durant l’été 2018, les artistes Philippe Calandre et Jean-François Rauzier dévoilent leurs images inédites, proposant de nouvelles utopies urbaines. Photographe du patrimoine architectural de l’humanité, Rauzier a poursuivi à Bruxelles son projet Hypercités, tandis que Philippe Calandre a donné suite à son travail remarqué sur Venise en réinventant les formes et les perspectives bruxelloises par une pratique combinatoire alliant photographie argentique et photomontage numérique. De son côté, le collectif bruxellois Raw7 a scruté la ville pour en faire ressortir des aspects inattendus, tandis que Pieter Dumoulin nous montre le lien entre photographie et cinéma à travers son long-métrage baptisé Etangs noirs. Un aller-retour urbain entre l’un et l’autre média. Enfin, Paul D’Haese dévoile la première étape d’une Belgopolis en construction : une cité imaginaire créée à partir de photographies prises dans les 133 villes belges !

« PhotoBrussels Festival 3. La ville fait-elle toujours rêver ? », jusqu’au 20 décembre, du mardi au samedi de 12 à 18 h, Hangar Art Center Gallery, 18 place du Châtelain, 1050 Bruxelles, 02-538.00.85. www.hangar.art

 
 
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