Christie’s innove pour mieux vendre l’art du XIXe siècle

Effet provenance ou admiration pour le travail académique ? Sans doute un peu des deux et l’on déboursa chez Sotheby’s à Paris le 29 octobre 2,3
millions d’euros (contre une estimation de 300.000 à 500.000 euros) pour ce tableau signé Ludwig Deutsch et ayant appartenu à la collection de Pierre Bergé.
Effet provenance ou admiration pour le travail académique ? Sans doute un peu des deux et l’on déboursa chez Sotheby’s à Paris le 29 octobre 2,3 millions d’euros (contre une estimation de 300.000 à 500.000 euros) pour ce tableau signé Ludwig Deutsch et ayant appartenu à la collection de Pierre Bergé. - DR

L’art du XIXe siècle souffre, comme l’art ancien, mais dans une moindre mesure toutefois, de la désaffection des amateurs. Longtemps très apprécié du marché, tant pour ses chefs-d’œuvre, que pour ses productions les plus commerciales et les moins inspirées, il a vu se détourner de lui le grand public.

Deux bémols à cette constatation toutefois. D’une part, les œuvres importantes des grands maîtres sont toujours recherchées. D’autre part, même si les maisons de ventes en ont fait une catégorie à part, l’art impressionniste appartient bien au XIXe siècle. Son chef de file, Claude Monet, commence à peindre dans les années 1860 et la première exposition impressionniste date de 1874. Mais il est vrai que l’on oppose cet art révolutionnaire à l’académisme et que les adeptes de la touche léchée ne peuvent être mélangés avec les précurseurs. Cela étant, deux jours plus tôt, Sotheby’s obtenait à Paris un peu moins de 2,3 millions d’euros (contre une estimation de 300.000 à 500.000 euros) pour un tableau orientaliste peint à Paris en 1888 par un petit maître autrichien, Ludwig Deutsch, et appartenant à la collection de Pierre Bergé. Certaines œuvres académiques ont donc toujours un certain pouvoir de séduction…

« Thisbe » par le Britannique John William Waterhouse s’échangea contre 3.732.500 dollars, cette fois à plus du double de son estimation basse.
« Thisbe » par le Britannique John William Waterhouse s’échangea contre 3.732.500 dollars, cette fois à plus du double de son estimation basse. - DR

Nouvelle recette ?

Comment donc attirer l’attention des amateurs sur les œuvres d’art des précurseurs du XIXe siècle, une époque traversée par des mouvements aussi importants que les suites du néo-classicisme, du romantisme et du réalisme, pour ne citer que trois mouvements phares ? En créant une nouvelle catégorie de vente a pensé Christie’s, soit « European Art ». La première partie de celle-ci a rapporté un peu plus de 19,8 millions de dollars, mais le nombre d’invendus est élevé. Parmi les œuvres restées sur le carreau, l’œuvre reproduite sur la couverture du catalogue, une Femme endormie aux cheveux roux, une huile sur toile peinte par Gustave Courbet en 1864, un tableau abondamment cité dans la littérature. Christie’s en espérait entre 3,5 et 4,5 millions d’euros. Dans ce cas, l’on peut se demander si cette œuvre n’aurait pas été mieux défendue dans une vente plus importante car c’était prendre un risque que de la proposer au milieu de tableaux plus « classiques ». Encore que des enchères millionnaires furent offertes pour des tableaux d’intérêt divers.

Cette grande huile de James Tissot intitulée «
Triumph of the Will – The challenge
» fut acquise pour un peu plus de 2,4 millions de dollars.
Cette grande huile de James Tissot intitulée « Triumph of the Will – The challenge » fut acquise pour un peu plus de 2,4 millions de dollars. - DR

Succès

Le meilleur prix de la session alla à un bel intérieur de Vilhelm Hammershoi, une toile silencieuse bien caractéristique du maître. Un amateur le paya un peu plus de 5 millions de dollars, soit plus de deux fois et demie son estimation haute. Il s’agit là du deuxième résultat pour l’artiste en vente publique, dont le record culmine à un petit peu plus de 6 millions de dollars. Une représentation de « Thisbe » par le Britannique John William Waterhouse s’échangea contre 3.732.500 dollars, cette fois à plus du double de son estimation basse. Un choix incompréhensible car un collectionneur avisé aurait acquis le tableau Courbet pour cette somme.

Le troisième résultat de la vente va à une grande huile réalisée par James Tissot en 1877 et intitulée Triumph of the Will – The challenge qui fut acquise pour un peu plus de 2,4 millions de dollars. Enfin, une peinture caractéristique d’Adolphe Bouguereau représentant deux gamines récoltant des noisettes parvint à trouver preneur contre un peu plus de 1,8 million de dollars, dans sa fourchette d’estimation. Notons enfin la présence d’une œuvre sur papier de Fernand Khnopff qui a été adjugée 35.000 dollars, légèrement sous son estimation basse de 40.000 dollars. Celle-ci était bien entendu proposée dans la seconde partie de la vente qui a totalisé un peu moins de 3,5 millions d’euros.

Le 31 octobre, un dollar valait 0,8836 euro.

 
 
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