Les cinq finalistes du Prix Rossel : Adeline Dieudonné, Myriam Leroy, Sébastien Ministru, Etienne Verhasselt et Sandrine Willems

Le jury du prix Rossel 2018.
Le jury du prix Rossel 2018. - Mathieu Golinvaux

Le Prix Victor Rossel a été créé par Le Soir en 1938. Depuis 80 ans, il récompense chaque année le meilleur de la production littéraire belge. Son jury se réunit chaque fois en deux temps. D’abord, il choisit dans l’abondante édition des écrivains belges les cinq livres qu’il estime les meilleurs. Ensuite, il sort le lauréat de ce quinté de finalistes. Ce second temps se déroulera le jeudi 6 décembre. Le premier s’est tenu ce jeudi 15 novembre. Cette année, soixante-neuf romans, récits, recueils de nouvelles avaient été examinées par les neuf membres du jury. Qui en ont élu cinq :

Adeline Dieudonné, avec La vraie vie (L’Iconoclaste)

Myriam Leroy, avec Ariane (Don Quichotte)

Sébastien Ministru, avec Apprendre à lire (Grasset)

Etienne Verhasselt, avec Les pas perdus (Le Tripode)

Sandrine Willems, avec Devenir oiseau (Les Impressions nouvelles).

Vous pouvez découvrir, pour chaque finaliste, le pitch, la première phrase du livre et la réaction de l’auteur, et lire le premier chapitre du livre. Rendez-vous ensuite au 6 décembre.

Adeline Dieudonné: la souffrance du quotidien

Adeline Dieudonné. © Joel Saget/AFP.
Adeline Dieudonné. © Joel Saget/AFP. - Joel Saget/AFP.

Roman. La vraie vie, Adeline Dieudonné
; L’Iconoclaste
; 270 p.,17
€
; ebook 12,99 €

Le pitch. Une ado narratrice, un petit frère traumatisé, une mère amibe, ainsi l’appelle le père chasseur et tyran domestique brutal. Une pièce pour les trophées, le reste du pavillon pour brider l’épanouissement. Il reste à raconter des histoires merveilleuses pour compenser les souffrances du quotidien. Et aller, en souriant de la noirceur bien installée, vers le drame libérateur. Un premier roman qui constitue la grande révélation de la rentrée littéraire, succès public et déjà quelques prix.

La première phrase. « A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres. »

La réaction. « Je suis super contente. On n’a pas la même perception en France et en Belgique. C’est plus important pour moi d’être reconnue ici qu’en France, parce que c’est chez moi. J’étais curieuse de voir comment la Belgique accueillait le susccès du livre et je suis ravie de constater qu’ici aussi on aime. »

► Le premier chapitre du livre à découvrir ici.

Sandrine Willems: un voyage intime

Edition numérique des abonnés

Récit. Devenir oiseau, de Sandrine Willems
; Les Impressions nouvelles, 208 p., 17
€, ebook 9,99
€

Le pitch. C’est un voyage intérieur, l’itinéraire d’une femme qui abandonne son métier de psychothérapeute dans une ville dorée pour aller vers l’inconnu d’une ville blanche. Dans ce parcours spirituel et intime vers l’amour et le réenchantement du monde, l’auteure s’accompagne de balises, de cailloux : la lecture, la marche, la méditation.

La première phrase. « Ce n’est pas le compte-rendu d’une expérience, mais l’expérience elle-même. Dans une impasse, je mis à plat ce qui se présentait, comme on pose les inconnues d’une équation, comme on met cartes sur table. Les cartes d’une espèce de tarot, dans lesquelles on espère voir s’esquisser un avenir. »

La réaction. « Cette nouvelle fait d’autant plus de bien que ce livre est resté confidentiel jusqu’ici et qu’en même temps j’avais l’impression d’y avoir mis toute mon âme. Comme c’est un texte autobiographique, on a d’autant plus besoin de savoir qu’il peut faire écho chez d’autres personnes. »

► Le premier chapitre du livre à découvrir ici.

Myriam Leroy: un amour toxique

Edition numérique des abonnés

Roman. «
Ariane
», Myriam Leroy
; Don Quichotte, 206 p., 16
€, ebook 11,99
€

Le pitch. Une amitié adolescente décortiquée, découpée jusqu’à l’os. Une passion toxique entre deux filles. Un amour fou, furieux et venimeux, nourri par le plaisir d’infliger des souffrances à autrui. Ariane en ensorceleuse, la narratrice en complexée. Liées pour la vie – enfin…

La première phrase. « Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Elle est morte juste avant l’émergence des réseaux sociaux. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. »

La réaction. « Je suis ravie. Ça me fait extrêmement plaisir. Le fait d’être adoubé par des pairs. ce n’est pas rien, c’est une fierté, je ne me sens plus stagiaire dans ce monde. C’est le prix belge d’envergure et cette nomination va donner au livre un essor nouveau et attirer sans doute de nouveaux lecteurs. »

► Le premier chapitre du livre à découvrir ici.

Sébastien Ministru: le pouvoir de la lecture

Edition numérique des abonnés

Roman. Apprendre à lire, Sébastien Ministru
; Grasset, 160 p., 17
€, ebook 11,99
€

Le pitch. Antoine veut se rapprocher de son père, immigré sarde en Belgique, bourru, autoritaire et analphabète. Le père accepte à condition que le fils lui apprenne à lire. Pouvoir de la lecture et de l’écriture : le vieillard devient plus calme, se fait plus doux, réintègre en quelque sorte la société des hommes. Mais ce n’est pas Antoine qui fait le prof, c’est Ron, un jeune prostitué.

La première phrase. « Je ne suis pas beau mais je ne suis pas laid. La seule fois où je me suis vraiment effrayé en me regardant dans le miroir, c’est le jour où, jouant avec ma main pour cacher ma bouche, et fixant mon regard, j’ai cru apercevoir mon père. »

La réaction. « Pour moi, j’ai déjà gagné. Etre finaliste au Rossel, c’est donner un peu plus de légitimité encore à mon texte. Ça signifie que mon livre a été pris en considération pour ses qualités littéraires. Ce qui veut dire qu’il en a. En fait, je ne m’attendais pas à être dans le dernier quinté, parce que quand on écrit, on ne s’attend à rien. »

► Le premier chapitre du livre à découvrir ici .

Etienne Verhasselt: démonter le réel

Edition numérique des abonnés

Nouvelles. Les pas perdus, Etienne Verhasselt
; Le Tripode, 136 p., 15
€

Le pitch. Dix-neuf nouvelles insolites, absurdes, fantastiques qui démontent le réel. Le plaisir de voir le monde cul par dessus tête. Et de voir le monde à travers ce qu’il pourrait être si...

La première phrase. « Ce matin, René Desessendre est mort de la scarlatine. Hier, d’une pneumonie. Avant-hier, d’une septicémie, et le jour avant d’un cancer du pancréas. Auparavant, René Desessendre avait été emporté par la diphtérie, la méningite, la sénilité précoce, la rage, la peste noire, la liste est interminable. »

La réaction. « Je me sens honoré. Et je suis très heureux. Ce recueil n’avait pas d’autre ambition que le plaisir de partager des histoires poussant l’ordinaire à sortir de lui-même. C’est donc une récompense. Et puis ça me fait plaisir de marcher sur les pas de Bernard Quiriny, lauréat en 2008 avec ses Contes carnivores, et de promouvoir ainsi la nouvelle, qui est un genre peu couru en Belgique. »

► Le premier chapitre du livre à découvrir ici.

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