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Les «Gilets jaunes», un Mad Max finalement écologique

L’édito de Pascal Martin.

Édito - Journaliste au service Forum Temps de lecture: 3 min

La pollution nuit à l’homme et à son environnement. C’est un axiome.

Or la voiture pollue. Et parce qu’elle pollue, tout doit être mis en œuvre pour que ses impacts négatifs soient réduits au maximum. Dans ce contexte, l’augmentation des accises sur les carburants est classiquement présentée comme un frein au gâchis environnemental.

Cette évidence ne peut toutefois occulter les préoccupations des « gilets jaunes ». La hausse des taxes sur le diesel plombe les finances des ménages. C’est la goutte de pétrole qui fait déborder le vase taxatoire, disent en substance ceux qui se définissent comme un mouvement apolitique, pulsé par les réseaux sociaux et né à l’écart de la mouvance syndicale. S’ils dénoncent pêle-mêle la grimpette du coût de la vie, la réforme des retraites ou l’absence de perspectives, c’est – soulignons-le – l’augmentation du prix à la pompe qui les a décidés à protester.

Les autorités auraient tort de reléguer ces contestataires au rang d’excités.

La bagnole reste le phare de décennies nourries par une foi inébranlable en la liberté individuelle. Elle vaudrait une croisade. Les dépôts de Wandre et de Feluy en deviennent des trésors « madmaxiens », un butin arraché aux griffes des finances publiques.

Comment pourrait-il en être autrement ? Depuis les années 60, nos sociétés sont automobilo-centrées. Jusqu’au scandale VW, le diesel avait toutes les vertus. On se saignait pour acquérir cette technologie réputée moins dispendieuse. Lorsque soudain elle s’est muée en empoisonneuse. La guigne…

Cette « trahison » passe mal. Et il n’est évidemment pas simple d’admettre en sus que la transition écologique passera par l’alourdissement du coût de produits et de comportements nuisibles à la société – la diminution d’autres coûts devant logiquement suivre.

Mais la réponse du politique se fait attendre. La réforme de la fiscalité automobile et la mise en œuvre de véritables politiques d’accompagnement restent dans les limbes. Pour ne pas froisser les susceptibilités, tous les gouvernements ont maintenu la voiture de société sur son piédestal. La taxe carbone n’a fait l’objet que d’un débat timide. Au lieu de servir à accompagner la transition écologique, l’argent récolté se perd dans les tréfonds du budget. Et si au niveau régional, des zones basses émissions existent désormais, les faire respecter sera aussi une affaire d’argent. Or il ne suffit pas de taxer, il faut aussi que des solutions soient proposées. Comment en effet espérer emporter l’adhésion de celui qui avale chaque jour du bitume et s’énerve dans les embouteillages avant d’atteindre l’école, le travail ou le médecin, si un aucun autre modèle de société n’est impulsé par l’autorité publique ? Ce moment de courage politique se fait décidément attendre. Indirectement, les gilets jaunes le rappellent à leur manière.

 

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10 Commentaires

  • Posté par Dechamps Pascal , dimanche 18 novembre 2018, 13:40

    M'enfin, vous votez, non? Assumez le consumérisme maintenant.

  • Posté par Bricourt Noela, dimanche 18 novembre 2018, 9:58

    Dans nos sociétés où l'on ne fait que punir ou faire peur que ce soit au travail ou pas ,dans lesquelles les élus n'ont d'autres solutions que de taxer encore et encore sans véritables projets améliorant le bien-être de la population laquelle ne dispose même plus pour une très grande partie d'entre elle des moyens nécessaires pour faire face aux besoins les plus élémentaires de la vie de tous les jours (ne parlons même pas des loisirs) , comment s'étonner?

  • Posté par Léonard Jean-luc, samedi 17 novembre 2018, 22:14

    Un autre modèle de société? Lequel?

  • Posté par christian Leroy, samedi 17 novembre 2018, 17:09

    N'ai-je pas lu quelque part qu'en "pompant" ainsi allègrement dans la poche de ceux qui paient EUX-MEMES le carburant Michel 1er finance en partie son "fameux" tax shift???

  • Posté par Naeije Robert, samedi 17 novembre 2018, 13:52

    Comment ne pas comprendre ce mécontentement? La taxation des carburants est énorme, et le contribuable voit bien que l'écologie n'en est qu'un prétexte. Trop d'impôts, directs et indirects, nuisent à la croissance économique et à la redistribution des richesses.

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