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Thierry Bodson (FGTB): «Les gilets jaunes apportent souvent des réponses incorrectes»

Les gilets jaunes produisent des solutions trop « partielles », selon Thierry Bodson, secrétaire général de l’interrégionale wallonne de la FGTB.

Entretien - Journaliste au service Forum Temps de lecture: 3 min

Par rapport à la revendication des gilets jaunes sur le gasoil, les syndicats ont du mal à convaincre de la justesse d’une position plus large, selon Thierry Bodson.

Le mouvement des gilets jaunes s’est étendu à la Belgique. Comment l’analysez-vous ?

Les gilets jaunes posent en partie les bonnes questions mais ils apportent souvent des réponses incorrectes et tout à fait partielles. Si l’on prend le problème du gasoil routier, évidemment que beaucoup de gens trouvent que c’est difficile voire quasi impossible de faire le plein aujourd’hui. Mais le fond du fond n’est pas le prix du gasoil, c’est un pouvoir d’achat qui a réellement diminué. Pour répondre à cela, il faut inverser cette diminution, travailler à une couverture santé qui soit meilleure, bâtir des services publics davantage accessibles. C’est cela la réponse ad hoc, une réponse qui ne se focalise pas sur un seul élément. Si on ne peut plus aujourd’hui remplir son réservoir, c’est parce qu’en amont, il y a une série d’autres dépenses qui font qu’on n’a plus d’argent.

Il y a un autre élément : je suis fort étonné de la mansuétude du pouvoir politique par rapport aux trois ou quatre piquets de ce week-end. Quand je vois comment nous, syndicats, sommes traités en termes de droit de grève, de piquets de grève, cela donne à penser à un deux poids deux mesures. J’en prends acte sans jalousie, mais en notant l’immense différence.

Tout de même, ce mouvement est né à l’écart des syndicats. N’y voyez-vous pas une forme de remise en question, une défiance ?

La difficulté des syndicats est de faire comprendre aujourd’hui que la réponse aux problèmes est globale, que la revendication doit être globale. Saucissonner les problèmes est une erreur. Lorsqu’on ne s’occupe que de la revendication autour du prix de l’essence et pas du reste, on s’affaiblit par rapport à ceux qui décident vraiment. Ne serait-il pas plus efficace de dire aujourd’hui : « Le salaire minimum aujourd’hui est à 10 euros, on veut qu’il soit à 14 euros, point à la ligne » ? Cela, c’est notre position. Mais c’est vrai que l’on a peut-être du mal à la faire passer.

Face à la majorité fédérale, les syndicats ont la vie dure. Faut-il y voir aussi une des raisons à l’apparition en Belgique des gilets jaunes ?

Les syndicats sont les dernières organisations à poser le problème de façon globale. A savoir à la lumière du rapport capital-travail. Les bibliothèques sont remplies d’analyses qui démontrent que les bénéfices de l’activité économique sont envoyés de plus en plus vers le capital et de moins en moins vers le travail. Cette analyse globale dérange. Mais puisque nous sommes les derniers à la faire, à l’intérieur des gouvernements, il y a des gens qui ont pour objectif principal d’affaiblir les syndicats et de façon plus large les corps intermédiaires. La démocratie est forte d’avoir un pouvoir et un contre-pouvoir qui se respectent l’un l’autre. Mais aujourd’hui, le pouvoir respecte très peu le contre-pouvoir…

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4 Commentaires

  • Posté par Petitjean Charles, mardi 20 novembre 2018, 18:20

    Oui, Monsieur Bodson -secrétaire général de l'interrégionale wallonne de la FGTB- a raison : le problème abordé par les gilets jaunes -le prix du carburant- est trop restrictif, car, tout étant lié, le prix du carburant est associé au réchauffement climatique, à l'injustice fiscale et sociale, aux salaires toujours compressés, aux restrictions budgétaires, à la toute-puissance des multinationales pétrolières. Le problème est donc global. Mais les gilets jaunes ont raison lorsqu'ils bloquent des points stratégiques qui touchent l'activité économique et les finances de l'Etat. Oui, les gilets jaunes ont raison lorsqu'ils paralysent les grands centres de distribution des produits pétroliers. Soyez sérieux, Monsieur Bodson, cela fait quatre ans que la population et le monde ouvrier particulièrement subissent les attaques sociales violentes venant d'un gouvernement néo-libéral. Et qu'avez-vous obtenu à travers vos manifestations-Jupiler bidons à Bruxelles ? Rien. Nada. La concertation sociale ? Vous avez constaté pendant quatre ans qu'à chacun de ses échecs le gouvernement a imposé les mesures patronales. Votre vision est sans doute globale, mais vos actions sont inefficaces. Les gilets jaunes vous montrent le chemin. Bloquez la vie du pays pendant une semaine. Je sais ce n'est pas facile : la FGTB est comme tous les syndicats gangrenée par des rivalités corporatistes, par le maintien de situations personnelles privilégiées. Quant à la CSC, elle est inféodée à sa branche flamande, elle-même sous la dépendance du CDNV. C'est pourquoi les gilets jaunes vous mettent sur la touche. Essayez tout au moins de tirer des leçons stratégiques de leur mouvement, le rapport de force, alors seulement, pourra basculer.

  • Posté par LIENARD NORBERT, mardi 20 novembre 2018, 12:28

    Alors que les syndicats eux savent pfffff

  • Posté par Mente Daniel, mardi 20 novembre 2018, 12:24

    Monsieur Thierry Bodson a parfaitement raison. Mais il ne le crie pas assez fort ou les médias ne le relaient pas assez. Ce n'est pas contre le prix de l'essence qu'il faut lutter, mais contre la croissance des inégalités, qui se traduit par la baisse du pouvoir d'achat. Notre Premier Ministre peut effectivement se vanter d'une croissance des emplois, STATISTIQUEMENT. Il peut effectivement se vanter d'une croissance du revenu, mais NOMINALE. En réalité, si mon revenu a augmenté nominalement, mon pouvoir d'achat lui a diminué. J'ai moins dans mon frigo avec plus de numéraire en compte. Cela Monsieur le Premier Ministre ne veut pas le reconnaître. Il le sait mais il le niera toujours. La croissance des inégalités traduit un pouvoir grandissant des nantis/groupes financiers par rapport aux travailleurs. Ces mêmes nantis qui n'ont jamais assez, puisque même déjà riches ils ont besoin d'encore frauder (cf. le pdg de Renault-Nissan). Présentement, avec un cinquième de sa population sous le seuil de pauvreté, le Royaume-Uni retourne droit vers le Rule Britannia style Charles Dickens du 19ème siècle, smartphone en plus. Les gilets jaunes sont simplement la traduction d'une paupérisation grandissante de la population. C'est ainsi que nos politiques doivent comprendre le mouvement. par ailleurs, si ils n'y prennent garde, les groupes financiers n'auront progressivement plus de marché pour alimenter la croissance de leurs dividendes, faute d'acheteur avec un pouvoir d'achat suffisant. A moins qu'ils ne s'arrangent pour maintenir ce marché la tête tout juste au-dessus de l'eau. Plus de riches, plus de pauvres: cela ne mènera qu'à un déséquilibre fondamental qui nuira à l'ordre social dans un sens ou dans l'autre.

  • Posté par GUY BAUCANT, mardi 20 novembre 2018, 12:06

    Si les gilets jaunes existent, c'est précisément parce que ni les syndicats, ni les politiques n'ont fait leur boulot ... je comprends que Bodson veuille défendre son bifteck, y compris quand on le met le nez devant ses insuffisances flagrantes !

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