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Eugene V. Thaw, un grand marchand du XXe siècle

Christie’s a consacré une vente à New York aux derniers biens du collectionneur et marchand disparu à 90 ans au début de cette année.

Temps de lecture: 3 min

Son nom revient régulièrement dans les provenances des tableaux importants qui se renégocient sur le marché de l’art. Pourtant, né dans un milieu modeste, rien ne le destinait à la profession de marchand, si ce n’est peut-être ses études en histoire de l’art à l’université de Columbia (New York). Nous sommes au début des années 1950 et le jeune homme va s’intéresser à la vie artistique du moment, particulièrement riche. L’Ecole de New York est en train de naître et Eugene V. Thaw se rapproche de Jackson Pollock grâce à la Betty Parsons Gallery. Après la disparition violente de l’artiste, il se liera d’amitié avec sa veuve Lee Krasner et il corédigera le catalogue raisonné de l’œuvre du maître du dripping. A la mort de cette dernière, en 1984, il fut son exécuteur testamentaire et il sera à l’origine de la Fondation Pollock-Krasner, qui soutient des artistes dans le besoin.

Cette petite peinture par Fragonard a déçu en changeant de main contre seulement 250.000 dollars.
Cette petite peinture par Fragonard a déçu en changeant de main contre seulement 250.000 dollars. - DR

Une ascension rapide

Thaw ouvrit en 1950 sa première galerie dans l’hôtel Algonquin sur la 44e Rue West. A ce moment, il vend ce qu’il peut, tout en essayant de monter en gamme. Il vend des estampes, des dessins, mais pas encore de tableaux, privilégiant déjà certains grands noms. Toujours proche de l’art contemporain, il propose la première exposition solo de Joan Mitchell. Quatre ans plus tard, il se retrouve sur Madison Avenue et, fidèle à son éclectisme, il s’intéresse tant à l’art ancien qu’à l’art moderne et collabore avec d’autres grands marchands new-yorkais comme Leo Castelli et Sidney Janis. Sa clientèle s’étoffe en parallèle et il vend à des musées prestigieux et à de très grands collectionneurs.

Collectionneur

Eugene V. Thaw rassembla une collection personnelle de plus de quatre cents dessins, parmi lesquels des œuvres de Goya, Mantegna, mais aussi Van Gogh, dont il fera don à la Morgan Library de New York. Très tôt, sur les conseils de son épouse, il mit de côté les pièces auxquelles il tenait le plus, évitant de les vendre, un exercice difficile pour un marchand qui doit constamment faire des liquidités pour pouvoir renouveler son stock. Thaw le fit habilement et il parvint ainsi à constituer un ensemble remarquable.

Bien que quelques œuvres plus importantes furent incluses dans les grandes ventes de la semaine dernière et malgré la présence en début de vente de quelques tableaux qui eurent du mal à convaincre, les pièces confiées à Christie’s faisaient plus partie du quotidien du couple Thaw que de leurs collections… Cela n’empêcha pas la maison de ventes du Rockefeller Center de consacrer un catalogue à cette vacation qui se tint le 30 octobre dernier.

Ce bronze attribué à Giambologna fut vendu 588.500 dollars à la surprise générale.
Ce bronze attribué à Giambologna fut vendu 588.500 dollars à la surprise générale. - D.R.

Liquidation

Si ce n’était la surprise des 588.500 dollars acquittés pour un bronze attribué à Giambologna et prudemment estimé entre 40.000 et 60.000 dollars, l’on ne peut pas écrire que l’excitation fut au rendez-vous. Les deux autres seules enchères à six chiffres vont, pour la première, à un petit tableau de Fragonard échangé contre 250.000 dollars, à moins de la moitié de son estimation basse et, pour la seconde, à un casque grec en bronze du VIe siècle avant notre ère. Payé 162.500 dollars, il a quant à lui plus que doublé son estimation haute.

Pour le reste, la vente comportait du mobilier ancien, mais aussi des objets d’art ancien et des dessins. Si le mobilier ne fut pas facile à défendre, quelques belles feuilles furent reconnues à leur juste valeur comme cette aquarelle réalisée par Delacroix vers 1845 et pour laquelle un amateur déboursa 43.750 dollars sur la base d’une estimation courant entre 30.000 et 50.000 dollars. Bref, une vente aux résultats en demi-teintes qui avait plus un goût de liquidation que d’hommage…

Le 30 octobre, un dollar valait 0,8816 euro.

 

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