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La puissance du geste

Au Sablon, Pierre Hallet présente un bel ensemble d’encres et de lavis du peintre belge Antoine Mortier

Temps de lecture: 4 min

Figure incontournable de l’après-guerre en Belgique, l’homme a traversé le siècle : Antoine Mortier est né en 1908 à Saint-Gilles et s’est éteint à Auderghem en 1999. Une longue vie ancrée à Bruxelles, qu’il a toujours refusé de quitter pour Paris bien que le plus célèbre marchand d’art du 20e siècle, Daniel-Henry Kahnweiler, le lui ait proposé à trois reprises ! « Je pense qu’il se méfiait des galeries, qu’il considérait comme nécessairement suspectes. Il n’avait pourtant pas beaucoup d’argent à la fin des années 1950 », raconte Pierre Hallet. Amoureux de l’art moderne depuis de nombreuses années, celui-ci s’intéresse à l’art belge des années 1950 depuis trente ans, bien avant que la mode du mobilier vintage et l’engouement pour les tableaux de cette période aient débuté. Au Sablon, il présente de façon épurée une belle sélection d’œuvres de Mortier des années 1950 et 1960 – sa plus belle période selon les connaisseurs, époque où l’artiste se concentre sur le geste, la surface et la couleur. Aux cimaises, des encres, des lavis et quelques huiles sur toile.

Antoine Mortier - Encre de Chine / papier – Sans titre – 1955 - 75 x 60 cm.
Antoine Mortier - Encre de Chine / papier – Sans titre – 1955 - 75 x 60 cm. - courtesy Galerie Pierre Hallet.

Passionné par l’œuvre de Mortier, Pierre Hallet l’a exposé à de nombreuses reprises, déjà du vivant de l’artiste : « Il est moins célèbre que Franz Kline pour l’Amérique et Pierre Soulages pour la France, mais il est du même acabit. » S’il a toujours souhaité se définir comme un peintre figuratif, l’artiste n’en est pas moins proche, formellement, de l’expressionnisme abstrait qui dominait l’avant-garde après la Seconde Guerre mondiale. Mais il considérait plutôt son travail comme la synthèse gestuelle de la figuration : « L’abstraction belge naît d’une décantation des formes figuratives, d’une épuration, d’une recherche des lignes de force », rappelle Hallet. Elle est en cela différente de la peinture gestuelle française et américaine, mais pas tant que ça puisqu’on sait aujourd’hui que l’action painting de Jackson Pollock lui-même procédait d’une déconstruction de formes animales ou humaines héritées du surréalisme, comme le montrent ses premiers tableaux et dessins.

Antoine Mortier - Huile / toile – Peinture 55 – 1955 – 92 x 65 cm.
Antoine Mortier - Huile / toile – Peinture 55 – 1955 – 92 x 65 cm. - courtesy Galerie Pierre Hallet.

Hors des sentiers battus

Elève en cours du soir à l’Académie des beaux-arts de Bruxelles, de Saint-Josse et de Saint-Gilles dans les années 1930, Mortier expose pour la première fois en 1946 à la galerie Apollo, tenue par Robert L. Delevoy. Membre fondateur de la Jeune Peinture belge (1945-1948), il en démissionne la même année, estimant le groupe inféodé aux tendances parisiennes. Son œuvre s’impose peu à peu comme l’une des plus puissantes et des plus authentiques de sa génération, dans la lignée de l’abstraction lyrique de Georges Mathieu – même s’il s’en défendait, souhaitant demeurer libre des carcans esthétiques. Personnage discret, très pieux, Mortier faisait partie des pionniers de l’abstraction gestuelle, totalement incomprise par les critiques de son temps, tout comme par le public belge pendant longtemps ! En 1952, la Albright Art Gallery de Buffalo (USA) lui achète une peinture, suivie l’année suivante par le Guggenheim Museum de New York. À la même période, la famille Lambert lui offre de travailler dans un grand atelier de l’avenue Marnix. En 1960, il participe à la Biennale de Venise, puis expose à São Paulo et Tokyo l’année suivante. Son œuvre entre alors dans plusieurs collections publiques et privées ainsi que dans la littérature spécialisée. En 1969, le Palais des beaux-arts de Bruxelles lui offre sa première rétrospective et, en 1984, il décore la station de métro Yser, deux ans avant de bénéficier d’une autre rétrospective aux Musées royaux des beaux-arts. Ses œuvres sont aujourd’hui présentes dans des musées en Belgique, France, Amérique ainsi qu’au Brésil, aux Pays-Bas et au Japon. « De 1940 à 1947, il était également choriste au Théâtre royal de la Monnaie, où de nombreux membres du personnel lui ont servi de modèle, raconte Hallet. Un jour, il a discrètement poussé la porte de ma galerie alors que j’exposais ses œuvres, c’est comme ça que je l’ai rencontré, lui qui se méfiait tant des marchands… »

Antoine Mortier (1908-1999). Mémoires d’encre, jusqu’au 12 décembre, du mardi au dimanche, Galerie Pierre Hallet, rue Ernest Allard 33, 1000 Bruxelles (Sablon), 0475-555.831. www.galeriepierrehallet.com

 

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