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Le PTB, au carnaval du communisme

Les questions d’alliance, mais aussi de cordon sanitaire autour du PTB restent très présentes, notamment suite à l’accord de majorité à Zelzate. Le CDH explique pourquoi, tout en partageant certaines indignations avec le PTB, il ne peut imaginer ouvrir à la porte à des négociations avec ce parti.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Le PTB est clairement un mouvement populiste. Son analyse de la situation sociale ou économique est systématiquement basée sur l’opposition entre le « eux » et le « nous ». Eux, les patrons, les capitalistes, l’establishment, les institutions internationales. Nous, le peuple en colère. Présenté comme cela, le monde paraît simple. Le bonheur pour le plus grand nombre ne sera atteint que lorsque ces ennemis du peuple seront vaincus. Une présentation simpliste du monde et une excitation des peurs populaires, voilà les recettes du populisme de gauche.

Des indignations partagées

Nous, humanistes, partageons certaines indignations que le PTB répète à l’envi. En revanche, nous ne voulons d’aucune de ses solutions. Oui, nous pensons que l’augmentation des inégalités est indigne, et nécessite de rééquilibrer les forces économiques. Oui, nous pensons que l’impôt ne parvient pas suffisamment à mettre à contribution tous les revenus de manière équitable. Oui, nous sommes inquiets de l’augmentation de la précarité, en particulier parmi les femmes. Mais nous savons aussi que les solutions apportées à ces problèmes par le PTB ne sont ni pertinentes, ni réalistes, ni efficaces.

Le rejet de toute alliance

Si nous comprenons les revendications portées par ceux qui ont porté leur choix électoral sur le PTB, notre désaccord avec lui est profond. Le CDH est d’ailleurs le seul parti qui, de longue date, rejette systématiquement et clairement le PTB. Pas pour établir un cordon sanitaire médiatique et l’empêcher de prendre la parole. Mais pour rejeter clairement toute alliance avec ce parti.

Dans les quelques jours qui ont suivi les élections communales de cet octobre, les partis de gauche, Ecolo et le Parti socialiste, se sont déclarés ouverts à discuter avec le PTB afin de constituer des majorités au sein de différentes grandes villes : Liège, Charleroi, Molenbeek, Seraing. Dans un triste carnaval romantique, le monde de gauche s’est emballé pour ce qu’il présentait de manière fallacieuse comme un grand rassemblement de la gauche.

Un remake de 1917

Pour nous, humanistes, cette démarche est insupportable aux yeux de l’Histoire, et incompatible avec les valeurs que nous défendons.

Comment, en effet, s’allier avec un parti qui se revendique du marxisme-léninisme, qui vantait jusqu’il y a peu le projet mis en place au Venezuela, qui ne renie rien du maoïsme ? Un parti qui, encore en 2008, dans ses statuts, saluait la création de l’Union soviétique par Lénine, évoque la révolution socialiste, portée par une lutte acharnée des couches populaires contre la démocratie actuelle, et l’expropriation sans dédommagement des capitalistes ? Un remake de 1917, cent ans plus tard, en couleur et stéréo surround.

Une insulte à l’Histoire

Se revendiquer d’un tel projet à l’issue d’un 20e siècle qui a connu des désastres humains aussi gigantesques au nom du communisme est une insulte à l’Histoire. Des goulags de l’URSS aux famines du Grand Bond en Avant chinois, des déportations cambodgiennes aux crimes de la Corée du Nord, de l’insurrection de Budapest au Printemps de Prague, les victimes du communisme se comptent par dizaines de millions.

Bien sûr, chacune de ces situations a connu des origines, des natures, des organisations différentes. Les morts violentes causées par la police secrète est-allemande n’ont pas la même origine que les victimes des famines connues en Corée, en Chine, en URSS.

Le totalitarisme dans les gènes

Toutefois, le fait que les régimes communistes aient systématiquement dérivé en régimes autoritaristes et totalitaires n’est pas un hasard. Tous les régimes communistes ont en effet en commun le rejet de la propriété privée, et considèrent que seule la propriété publique est de nature à répondre à l’intérêt général. Les dirigeants communistes croient qu’il est possible de diriger un pays comme un kibboutz, par une mise en commun de l’ensemble des biens et une gestion participative de tous. Mais l’absence de propriété privée implique également l’absence d’initiative privée. Plus aucune organisation n’a d’existence en dehors de l’État. Des dérives en découlent systématiquement : répression de toute opposition, bannissement de la presse libre, corruption d’une classe dirigeante… Le totalitarisme est donc dans les gènes, dans l’ADN même du communisme. Le PTB n’y fait pas exception : le Parti du Travail est un parti d’action. Dans la lutte contre l’ennemi, le parti a besoin d’un centralisme inébranlable et d’une unité de volonté et d’action (art. 25, Statuts du PTB, 2002). L’individu est subordonné à l’organisation (art. 29). Le projet du PTB traduit également cette volonté : suppression de la liberté d’enseignement, mise à mal du pluralisme associatif…

Derrière l’étendard, la famine

Défendre la bonne gouvernance au nom du marxisme-léninisme prête, au mieux, à sourire. Cela ne devrait pas étonner non plus que, en Italie, l’extrême gauche s’allie à l’extrême droite. Certes, les victimes du communisme sont, pour beaucoup, des morts économiques, victimes d’une précarité à échelle industrielle. Mais conduire massivement des populations entières à la famine est aussi un crime contre l’humanité, aussi généreux soit l’idéal qui sert d’étendard.

Nous, humanistes, refusons que cette issue soit celle de Bruxelles, de la Wallonie ou du Pays. Nous sommes déterminés à agir au niveau local, régional, belge et européen pour avancer vers un monde plus solidaire, qui recherche l’épanouissement de chacun et remette les forces économiques à leur juste place dans la recherche de la qualité de vie pour chacun. Parce que c’est la qualité de vie de chaque citoyen qui détermine l’atteinte de nos objectifs politiques, et non le capital qu’il possède. Mais nous ne l’imposerons pas par la force, en opposant les uns aux autres. 30 après la chute du mur de Berlin, apprenons de nos erreurs.

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2 Commentaires

  • Posté par Brasseur Michel, mardi 27 novembre 2018, 7:45

    Il esr effectivement temps d apprendre de nos erreurs! L austérité stérile qui dure depuis 40 ans doit cesser chez nous! Un gouvernement qui soutient à ce point le capital pour un bilan de santé publique et de réduction du chômage insignifiant, ne doit en aucun cas être reconduit. Et le cdh de Lutgen n'a pas vraiment prouver sa volonté de changer les choses...

  • Posté par Brasseur Michel, mardi 27 novembre 2018, 7:30

    Je pense que nous sommes encore loin de la vision "communisto-totalitaire" sue vous nous peignez grossièrement. Je serais très surpris que les autres partis et le peuple lui-même se laisse opprimer et affamer par le PTB, le jour où celui-ci aurait le pouvoir. En outre, montrez-nous le passage dans les statuts et programme du PTB qui indique vouloir mener les Belges à la famine! Soyons sérieux...

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