Accueil Opinions Éditos

Gilets jaunes: colère des uns, salissure des autres

En Belgique comme en France, la contestation sociale a basculé dans la violence.

Édito - Journaliste au service Forum Temps de lecture: 3 min

Il y a les vrais et les faux. Les « vrais » gilets jaunes sont les grands perdants de la partie.

La violence qu’ont imposée les « faux » gilets jaunes à Feluy et à Charleroi a définitivement brisé leur aventure. Les doléances des premiers n’en restent pas moins un puissant avertissement.

Récapitulons. Le mouvement de protestation des gilets jaunes est apparu en France et a débordé en Belgique dans une moindre mesure. Les protestataires dénoncent le prix des produits pétroliers. Derrière l’incompréhension que suscite l’augmentation des accises, la réforme des retraites, la baisse du pouvoir d’achat et le manque de perspectives font nerveusement la queue.

Jusque-là, chez nous, le mouvement semblait sous contrôle.

Et puis soudain, la contestation bascule dans la violence. Les gilets jaunes pacifiques laissent la place aux casseurs. Ceux-ci occupent désormais le terrain sans que l’on sache précisément s’ils sont issus de l’extrême droite ou de l’ultra gauche, s’ils roulent pour l’un de ces gangs de motards criminels ou s’ils se castagnent les soirs de match entre hooligans.

Pour le mouvement des (vrais) gilets jaunes, les dommages sont considérables. Le cri d’une frange de la population, cette jacquerie spontanée où chacun gueule son ras-le-bol, se perd dans les fumigènes et les lancers de pavés. Sur le tarmac, la racaille a remplacé l’homme de la rue, les Robocop se sont substitués aux huissiers. L’affaire se réglera donc à la matraque.

La perspective de voir finir ainsi ce mouvement est tout sauf une bonne chose. Car sur le feu de la rancœur continue à bouillir un sentiment d’injustice qui ne s’évapore pas. Il peut faire avancer la démocratie, mais il peut aussi la gangrener.

Rien de tout cela n’est en réalité bien neuf. Gauche ou droite, le XXe siècle a été marqué par l’efflorescence de mouvements qui puisaient leur force dans le mélange du ressentiment, de l’ignorance et du manque de justice. Aujourd’hui, si ce cocktail a un goût comparable, les réseaux sociaux en décuplent l’amertume. La tentation populiste n’est jamais bien loin.

Sommes-nous capables de lui apporter un antidote ? C’est là tout le défi. Il est politique, social, économique, environnemental, médiatique. Il passe par un diagnostic en profondeur de notre société et de ses dysfonctionnements. Par une solide remise en question du « modèle ».

Pour s’en convaincre, on se remémorera la phrase malheureuse du ministre français Gérald Darmanin, lui qui dit comprendre les (vrais) gilets jaunes… « Ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros ! Pour deux personnes et sans vin »… Cette gaffe en dit long sur le fossé qui sépare le « petit homme » de ceux qui sont censés l’aider. Elle nous rappelle aussi que le changement, comme souvent, doit venir du sommet.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

6 Commentaires

  • Posté par Bricourt Noela, lundi 26 novembre 2018, 9:56

    Et hier le mépris de Monsieur Macron lorsqu'il parle de le France laborieuse et des exclus de la mondialisation..de ceux qui n'ont pas réussi .Comme d'une fatalité devant laquelle Monsieur Macron n'a aucune prise. J'avais le sentiment en l'écoutant d'un discours du 19ème siècle. Du genre: "on a ses pauvres" Monsieur Macron s'estime être à l' avant-garde. Il tient au contraire des propos d'une époque révolue et s'étonne de la réaction de la population . Il s'imagine que la population qui est pauvre, est en plus stupide. Pour Lui, on a ce que l'on mérite et tout est bien comme cela ou à tout le moins, il faut accepter son sort déterminé à l'avance.

  • Posté par Bricourt Noela, lundi 26 novembre 2018, 8:50

    Non seulement il y a un fossé entre ceux qui " s'estiment " à tort faire partie des élites ou "ceux d'en haut" ) (termes d'une suffisance et d'une bêtise insupportables ) vis à vis de tous les autres (ceux d'en bas ou les citoyens lambda comme ils disent relayé en cela par les médias ), mais en outre , comme ces pseudo élites viennent tous pratiquement du même milieu ou souhaitent en faire partie ,ils montrent une méconnaissance totale de la vie quotidienne de la population dans son ensemble. Comment n'ont-ils pas compris ? Ce qui va se passer, c'est que la prochaine fois, les électeurs se tourneront vers les partis extrémistes. Et cela aussi, les médias et les élites ne l'auront pas compris.

  • Posté par Meeus Roger, samedi 24 novembre 2018, 11:25

    Au "gilets jaunes" de virer les casseurs qui s'introduisent en catimini dans leurs groupes

  • Posté par Philippe Steemans, dimanche 25 novembre 2018, 10:26

    Facile à dire depuis son fauteuil

  • Posté par Lange Daniel, samedi 24 novembre 2018, 10:18

    Cette phrase du Ministre exprime mieux que de longues tirades, le fossé énorme qu'il y a entre une élite politique, intellectuelle et morale qui domine nos existences et la réalité des gens sur le terrain. Pourtant, il faut préparer le terrain pour de nouvelles habitudes, de nouveaux comportements, l'avenir de nos enfants passe par là aussi. Si ce fossé continue à grandir, une explosion énorme va se produire duquel je le crains les solutions ne sortiront pas.

Plus de commentaires

Aussi en Éditos

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une