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Emmanuelle Praet suspendue: hypocrisies et liberté de la presse

Voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 3 min

Trois préalables avant d’aller plus avant sur le sujet « chroniqueuse suspendue de RTL », qui virait hier à l’hystérie.

Préalable numéro 1. La liberté de presse et d’expression est à préserver absolument. Avec les juges, les journalistes sont les premiers à subir les pressions de pouvoirs mécontents, abusifs ou autocratiques, qui cherchent à museler ces voix indépendantes qui ne sont pas là pour servir le pouvoir en place mais pour le contrôler. Et sont, à ce titre, les garde-fous de la démocratie.

Béatrice Delvaux | LE SOIR 
PHOTO:Bruno DALIMONTE.
Béatrice Delvaux | LE SOIR PHOTO:Bruno DALIMONTE. - LESOIR

Préalable numéro 2. Les journalistes ont des droits mais aussi des devoirs. Ils sont ainsi soumis à des règles déontologiques. Le respect de celles-ci les protège des accusations de produire des « fake news », bien trop utilisées aujourd’hui par ceux qui veulent décrédibiliser ceux qui ne dansent pas comme ils sifflent. A l’inverse, le non-respect de ces règles doit être sanctionné. Un conseil de déontologie a d’ailleurs été créé en Belgique pour contrer le grief, très justement émis à l’époque, d’une profession qui réglait bien trop ses problèmes en vase clos.

Préalable numéro 3. Si un homme ou une femme politique n’est pas d’accord avec un article ou reportage d’un journaliste, il peut solliciter un droit de réponse, faire part de son différend à l’auteur ou à sa hiérarchie.

La presse belge n’est donc pas la jungle sans foi ni loi que certains dans le monde politique, projettent trop souvent. Dans ce contexte, l’« affaire » de la chroniqueuse suspendue par RTL après des propos jugés outranciers par sa chaîne, concentre son quota d’hypocrisie et d’exagérations.

Hypocrisie de l’employeur qui recourt à certains « polémistes » ou « chroniqueurs » politiques qui ont pour évidente mission de flirter avec la ligne rouge, pour in fine les dézinguer d’un coup sec sur une occasion prétexte. Et voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.

À lire aussi Guillaume Grignard, chercheur au Cevipol (ULB): «RTL a l’air de courir derrière le vent populaire»

Hypocrisie de partis qui font preuve d’indignation sélective, défendant la liberté d’expression des journalistes dont ils estiment qu’ils « servent » leur ligne, tout en étant peu avares de mesures ou d’expressions visant à décrédibiliser, déstabiliser voire ostraciser les autres. On l’a vu, à gauche autrefois comme à droite aujourd’hui : chacun défend les « siens » ou ceux qu’ils jugent un moment comme tels, alors que c’est la protection de tous, indifféremment et avec la même virulence, qu’on attend d’eux.

À lire aussi Pourquoi la droite vole à la rescousse d’Emmanuelle Praet

Hypocrisie de Theo Francken in fine qui, dès dimanche soir, instrumentalisait des éléments factuels non établis pour mettre un opposant politique dans l’embarras. « J’ai peur de ces verts » : voilà qui venait bien à propos pour faire oublier la revendication de ses inspirations d’extrême droite pour sa politique migratoire. On remarquera au passage avec quelle vitesse les indignations changent de cible.

 

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16 Commentaires

  • Posté par André Jean-paul, jeudi 29 novembre 2018, 11:40

    Hypocrisie de Mme Delvaux qui occulte totalement l'orientation politique de nos deux principaux médias télévisés francophones !!!

  • Posté par Dassy Vital, mercredi 28 novembre 2018, 17:52

    elle a dit se que je pense aussi

  • Posté par christian Leroy, mardi 27 novembre 2018, 19:09

    En ce qui concerne ce jeu politicien digne du bac à sable .... cela promet pour la campagne 2019: ça ne volera pas encore très haut!

  • Posté par Lacroix André, mardi 27 novembre 2018, 18:40

    Ce qui apparaît clairement , c'est que tous les partis , depuis le "centre-droit " jusqu'à l' "extrême droite " paniquent devant le succès croissant des écologistes . De plus en plus de gens commencent en effet à comprendre que nos gouvernants ne font quasiment rien pour éviter à leurs petits-enfants un monde invivable . Tout fait donc farine au moulin , aux obnubilés du court terme , pour attaquer les verts , et ce de façon plutôt médiocre d'ailleurs .

  • Posté par Etienne Koch, mardi 27 novembre 2018, 18:12

    Triste époque, lorsqu'on ne peut dire tout haut ce que tous le monde pense tout bas. Monsieur Deborsu a un malin plaisir à animer des débats entre personnes de QI très différents. Il fallait donc que cela arrive.

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